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RWANDA . Repères
historiques.
1885 : partage de l’Afrique entre puissances européennes.
Attribution du Rwanda à l’Empire allemand.
1900 : fondation de la première mission catholique par les
Pères Blancs à Save, dans le Sud du pays.
1918 : le Rwanda passe sous occupation belge, mandat accordé
par la S.D.N.
(Société des Nations).
1930-1932 : commencement d’une politique d’épuration et de
remodelage des pouvoirs coutumiers. Le Mwami (roi) est déposé car opposé à
l’Eglise et remplacé par son fils Mutara III Rudahigwa, converti au catholicisme.
1931 : introduction de la carte d’identité
mentionnant l’ethnie.
1946 : passage du Ruanda-Urundi sous le statut de la Tutelle belge au nom de
l’ONU.
1954 : Grégoire KAYIBANDA, ancien séminariste, est nommé
rédacteur en chef du Journal Kinyamateka, édité par
les Pères Blancs.
Le roi Mutara III affirme ses
orientations nationalistes (à replacer dans le contexte africain de la
revendication d’indépendance).
1955 : Mgr. PERRAUDIN, Père Blanc suisse, est nommé Vicaire
Apostolique de Kabgayi puis Archeveque
de Kigali, avec Grégoire KAYIBANDA comme secrétaire particulier.
1957 : publication du Manifeste des Bahutu
avec l’aide de missionnaires catholiques. Le Tutsi y est désigné comme une
race étrangère. Aide des P.B. et du Mouvement ouvrier chrétien belge à la
« révolution hutu ».
1959 : Kayibanda fonde le
PARMEHUTU, parti du mouvement de l’émancipation du Hutu.
25 juillet :
mort suspecte du Roi à Bujumbura.
28 juillet :
intronisation de KIGERI V, dernier roi du Rwanda.
La Toussaint Rwandaise :
premiers massacres de Tutsi (20 000 morts) ; leurs biens sont
pillés, leurs maisons brûlées. Exil vers les pays limitrophes. Regroupement
des rescapés dans des camps dans le Sud-Est du
pays.
Début de la « Révolution
sociale », lancée, appuyée et supervisée par l’Eglise, l’armée et
l’administration coloniale.
1961 : 28 janvier, coup d’état. Proclamation de la
République par KAYIBA NDA. Elections et victoire
du PARMEHUTU.
Nouvelle flambée de violence anti-Tutsi, massacre et exode
de milliers de Tutsi.
1962 : 1er juillet, indépendance de la République rwandaise.
Premiers raids de réfugiés Tutsi entraînant des
représailles massives sur la population civile tutsi :
milliers de morts en présence de l’armée coloniale belge.
L’appartenance
ethnique devient un élément déterminant de la vie sociale : accès à
l’emploi, à l’éducation, aux postes administratifs.
1963 : orchestration du « petit génocide » de Gikongoro par
KAYIBANDA.
Plusieurs
dizaines de milliers de victimes.
Fuite de
200 000 Tutsi vers l’Ouganda, le Zaïre, le Burundi.
« Massacre le plus horrible et le plus
systématique depuis l’extermination des Juifs par les Nazis », déclarera Bertrand RUSSEL.
1965 : élection de KAYIBANDA qui revendique 98% des
suffrages. Monopolisation du pouvoir par le Parmehutu.
Armée et police réservées exclusivement aux Hutu, particulièrement à ceux du
Sud du pays. Présence de nombreux Hutu du Nord dans l’armée, cependant.
1973 : février. Nouvelle vague de persécutions anti-
Tutsi : pogroms sanglants,
expulsion des Tutsi de l’administration, de l’éducation. Epuration ethnique
des élèves du secondaire et des étudiants de l’Université.
1973 : juillet. Coup d’Etat militaire d’un Hutu du Nord,
Juvénal HABYARIMANA. Assassinat de plus de 50 membres de l’administration et
du gouvernement.
1974 : mort de KAYIBANDA, abandonné de tous. HABYARIMANA
reprend à son compte la politique ethnique de son prédécesseur, mais en
favorisant cette fois les Hutu du Nord.
1975 : signature d’un accord d’assistance militaire entre
Giscard d’ESTAING et HABYARIMANA : fourniture d’armes par la France.
1976 : Mgr. NSENGIYUMVA, archevêque de Kigali, entre au
Comité Central du MRND, le nouveau parti unique. Il sera forcé d’en
démissionner lors de la visite de Jean-Paul II au Rwanda en 1990.
1979 : création, au Kenya, de la RANU (Rwandese
National Union), futur Front Patriotique Rwandais (FPR) en 1987.
1981 : engagement de nombreux jeunes réfugiés Tutsi dans la rébellion de
MUSEVENI en Ouganda.
1982 : Jean-Christophe MITTERRAND, fils du Président, est
nommé à la Cellule
franco-africaine de l’Elysée qu’il dirigera peu après jusqu’en 1992. Ce
dernier entretiendra de nombreuses relations avec des chefs d’état africains
et leurs enfants, dont Jean-Pierre HABYARIMANA.
Le président rwandais refoule à la frontière
80 000 Tutsi expulsés d’Ouganda par Milton OBOTE. Forte mortalité dans
les rangs de ces réfugiés affamés.
1983 : HABYARIMANA est réélu avec 99,8% des voix.
Refus d’accueillir les réfugiés Tutsi.
Naissance d’une opposition démocratique forte.
Amplification de la crise : multiplication des
arrestations d’opposants Hutu du Sud.
1990 : Erik ORSENNA rédige pour François MITTERRAND le
« Discours de la Baule ».
Il en dénoncera plus tard la politique africaine.
L’opposition armée du FPR appuie l’opposition sudiste
et démocratique
1er octobre : attaque du FPR depuis
l’Ouganda.
4 octobre 1990 : intervention française (opération Noroît)
sur décision de François MITTERRAND. 150 hommes du REP (Régiment Etranger des
Parachutistes) sont envoyés au front, suivis des Belges et des Zaïrois.
Mitterrand ajoute ensuite 450 hommes. Les 3000 Zaïrois sont renvoyés chez eux
à cause des nombreuses exactions qu’ils commettent.
Nuit du 4 au 5 octobre : simulation d’une attaque sur Kigali
avec le concours des militaires français.
5 octobre : discours d’HABYARIMANA expliquant que l’ennemi
avait attaqué la capitale : état de siège, couvre-feu intégral, appel à
la vigilance et à la délation. Arrestation de 10 000 Tutsi et
d’opposants politiques Hutu.
8 octobre : massacre de civils Tutsi, les Bahima : un millier de victimes. D’autres massacres
se poursuivront au cours des jours suivants.
Fin octobre : appui des troupes françaises repoussant le FPR
en Ouganda. Début de la guérilla.
Retrait de la Belgique du Rwanda en dénonciation des crimes
du régime Habyarimana. Seules restent les troupes françaises.
Novembre : accord par la France d’un prêt de 84
millions de francs « pour le développement », en réalité pour
l’achat d’armements.
Décembre : nouveau prêt de 49 millions de francs pour la
« réalisation de divers projets ».
Diffusion du texte raciste dit des « Dix
commandements du Hutu » dans la revue Kangura
soutenue par la belle-famille du Président. La 4ème de couverture
est ornée d’une photo de Mitterrand avec comme légende : « Les vrais amis, on les rencontre dans les
difficultés ».
1991-1992 : se produisent divers événements dans lesquels
sont impliqués les militaires français.
Reconnaissance du multipartisme, manifestations
populaires contre le gouvernement. Cessez- le- feu.
Mai 1992 :
création des milices Interahamwe.
Déplacement de 300 000 personnes en raison des
combats dans le Nord : juillet 1992.
Fin août : massacre de Tutsi dans la région de Kibuye (ouest du pays)
« Couverture » par le Crédit Lyonnais d’un
contrat égyptien de 6 millions de dollars de fourniture d’armes au Rwanda.
Livraison pour 86 millions de dollars d’armes par an
par une manufacture d’armes sud-africaine.
Novembre : HABYARIMANA parle des « Accords
d’Arusha » comme d’un « chiffon de papier ». Léon MUGESERA,
membre du MRND, prône la liquidation des Tutsi.
1993 : nouvelle offensive du FPR arrêtée aux portes de
Kigali grâce à l’appui français. Deux compagnies françaises sont envoyées au
Rwanda. Massacre de Tutsi dans le Nord du pays
Février 1993 : Paul BARRIL est engagé par le Ministre
rwandais de la Défense.
28 février : visite du ministre de la Coopération, Marcel
DEBARGE, à Kigali. Appel à un front commun contre le FPR. Habyarimana appelle
alors la population à la
« défense civile du pays ».
Mars 1993 : enquête internationale sur les massacres. Jean
CARBONNARE, membre de cette commission, affirme avoir vu des instructeurs
français dans le camp où l’on « amenait des civils par camions entiers.
Ils étaient torturés et tués ».
Dénonciation par la Commission des
pratiques de génocide au Rwanda et de la responsabilité au plus haut niveau
des autorités rwandaises.
4 août 1993 : signature des « Accords
d’Arusha » :
-
mise en place d’un état de droit sous la responsabilité d’un
gouvernement de transition à base élargie
- retour des réfugiés rwandais.
- constitution d’une armée nationale de
transition intégrant FAR et APR.
Début des émissions racistes à RTLM (Radio Télévision
des Mille Collines).
Décembre 1993 : retrait des troupes françaises.
Mise en place de la MINUAR. Le 27
décembre, la MINUAR
compte 1260 hommes
21 janvier 1994 : interception par la MINUAR à Kigali d’un
avion-cargo qui avait chargé à Châteauroux des armes pour le FAR.
Blocage
des accords d’Arusha : la faction présidentielle extrémiste refuse de
mettre en place un gouvernement de transition élargi au FPR.
Mars 1994 : la MINUAR compte 2508
hommes.
4 avril : le colonel BAGOSORA déclare que les
accords d’Arusha « n’offrent aucune garantie » et parle
« d’exterminer tous les Tutsi ».
6 avril, 20h30 : l’avion ramenant d’Arusha le
président Habyarimana et le président du Burundi est abattu à Kigali. Les
tueries commencent aussitôt.
9 avril 1994 :
Opération
Amaryllis. La France
envoie des troupes à Kigali, ainsi que la Belgique, pour évacuer les expatriés.
Evacuation
de Madame Habyarimana et des membres éminents de sa famille.
Le
Ministère de la
Coopération, sur ordre de Mitterrand, lui remet un chèque
de 200 000 francs pour ses frais personnels.
Le
Gouvernement intérimaire se constitue à l’Ambassade de France et au Ministère
de la Défense
sous la houlette de l’Ambassadeur de France et du Colonel Bagosora.
21 avril 1994 : le
Conseil de Sécurité vote la réduction de la force de la MINUAR à 450 hommes. Le
génocide peut se poursuivre.
Fin juin 1994 :
Opération Turquoise. La
France prend le contrôle d’une partie du territoire
Rwandais sous prétexte de sauver les Tutsi. Cette opération permettra en fait
d’exfiltrer nombre de génocidaires qui pourront s’enfuir par le Zaïre.
Afflux de 2 millions de Hutu
au Zaïre. Début de l’épidémie de choléra qui va émouvoir le monde entier et
passer sous silence le génocide de plus d’un million de Tutsi.
28 juin 1994 : le rapporteur spécial de la Commission des droits
de l’Homme de l’ONU, René DEGNI-SEGUI, établit dans son rapport d’enquête au
Rwanda que les massacres ont été planifiés. Il conclut que les massacres des
Tutsi sont un génocide.
21 août 1994 : fin
de l’Opération Turquoise. Les FAR se réorganisent avec l’aide de Mobutu.
Environ 500 militaires français sont au Zaïre jusqu ‘à
la fin septembre.
4 octobre 1994 : la commission d’experts formée par la
résolution 935 du 1er juillet 1994 du Conseil de Sécurité conclut,
à l’instar de DEGNI-SEGUI, qu’il y a eu génocide des Tutsi.
8 novembre 1994 : adoption par le Conseil de Sécurité de la
résolution 955 instituant le TPIR (Tribunal Pénal International pour le
Rwanda) pour juger les personnes présumées responsables d’actes de génocide
ou d’autres violations graves du droit international humanitaire commis sur
le territoire du Rwanda et les citoyens rwandais présumés responsables de
tels actes ou violations commis sur le territoire d’états voisins, entre le 1er
janvier et le 31 décembre 1994.
C’est dans ce contexte historique qu’a été mis, en
1994, un point final à l’extermination systématique des Tutsi, au génocide des Tutsi,
accompagnés dans leur mort par de nombreux Hutu démocrates. Le génocide des
Tutsi n’est pas le résultat d’une révolte spontanée de la population, mais
bien celui d’un plan mûrement réfléchi et élaboré.
Cet historique
montre assez le rôle qu’ont pu jouer, dans un passé lointain, la puissance
coloniale et l’Eglise représentée par les Pères Blancs (surtout les PB belges
néerlandophones), et dans un passé plus récent, l’Eglise encore et certaines
puissances occidentales, dont la France. Sans parler bien sûr de la faillite de
l’ONU et donc de toute la communauté internationale.
Les médias eux-mêmes n’ont pas rempli leur rôle à
l’occasion de ces événements dramatiques. Ils se sont comportés, le plus
souvent, comme une caisse de résonance des positions officielles alors qu’ils
auraient dû, comme c’est leur mission, porter un regard critique sur ces
événements. Le Journal Le Monde, dans ce domaine, s’est particulièrement
distingué. Pendant plusieurs semaines, nous avons été soumis à la plus totale
désinformation.
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