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La mort de Monseigneur Misago : un témoin potentiel dans l’affaire Bucyibaruta disparaît

L’évêque de Gikongoro au Rwanda, Monseigneur Augustin Misago, est décédé ce lundi 12 mars 2012. Il avait été, un temps, mis en cause pour participation au génocide des Tutsi en 1994 au Rwanda. Arrêté en avril 1999, il avait été acquitté puis libéré en juin 2000 malgré des témoignages accablants de chrétiens, de prêtres ou de religieuses. Pour beaucoup, ce procès semblait avoir été « arrangé », l’acquittement étant pour d’autres le résultat de négociations plus ou moins secrètes… Toujours est-il que cette décision était loin de faire l’unanimité. Monseigneur Augustin Misago sera donc parti avec ses secrets, acquitté, donc innocent !

La mort de ce prélat risque aussi de nuire à l’instruction de l’affaire Bucyibaruta. En effet, le préfet de Gikongoro, qui a vécu la période du génocide non loin de monseigneur Misago, est lui aussi poursuivi par la justice de notre pays. Une plainte a été déposée contre lui en 2000 et, depuis cette date, les associations qui se sont portées parties civiles dans cette affaire attendent toujours. Menacé d’extradition vers le TPIR qui le réclamait (comme l’abbé Wenceslas Munyeshyaka), monsieur Laurent Bucyibaruta a finalement bénéficié, le 20 février 2008, d’un renoncement du TPIR qui a demandé à la France de le juger. Malgré l’engagement pris par les autorités judiciaires françaises, monsieur Laurent Bucyibaruta n’a toujours pas été jugé et le TPIR a manifesté son impatience à plusieurs reprises, allant même jusqu’à menacer de reprendre en main cette affaire et celle concernant l’abbé Munyeshyaka. Le décès de monseigneur Misago souligne bien l’impérieuse nécessité de juger au plus vite tous les présumés génocidaires rwandais présents sur le sol français. Comme nous avons l’habitude de le dire et de le déplorer, le temps joue en faveur des bourreaux. Après bientôt dix-huit ans, beaucoup de témoins, victimes ou bourreaux, ne sont plus. Or, dans ce génocide des Tutsi, les témoignages sont déterminants. Ne risque-t-on pas, en attendant encore, de voir la justice française renoncer à instruire certains dossiers, soit par la disparition des témoins, voire celle des bourreaux eux-mêmes.

Le CPCR, une fois encore, demande :

  • Que la justice française soit dotée de véritables moyens pour instruire les affaires en cours : le « pôle crimes contre l’humanité » créé au TGI de Paris doit être doté d’un nombre suffisant de juges et d’enquêteurs pour que justice soit rendue aux victimes. D’après les informations qui ont été portées à notre connaissance, nous sommes loin du personnel espéré.
  • Que la justice française tienne ses engagements en poursuivant sans plus de retard les présumés génocidaires rwandais qu’elle a promis au TPIR de juger : Laurent Bucyibaruta et Wenceslas Munyeshyaka.
  • Que la justice française s’engage à juger tous les présumés génocidaires présents sur le sol français et qui sont visés par des plaintes rassemblées au TGI de Paris. Les victimes n’ont déjà que trop attendu.

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