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Procès en appel de Ngenzi et Barahira. Jeudi 28 juin 2018. J34

Après avoir versé plusieurs pièces au dossier, madame la présidente demande de passer outre pour trois témoins qui n’ont pu être entendus :

Théophile TWAGIRAMUNGU/Prosper MUGIRANEZA/Tite MUGABO MUTABAZI

La fin de l’audience consacrée à l’audition de Justin KANAMUGIRE est retranscrite au mercredi 27 juin.

 

Audition de Marcel KABANDA, président d’IBUKA France.

Cérémonie du 7 avril 2018
Cérémonie du 7 avril 2018 (photo : ibuka-france.org – D.R.)

 

Le témoin commence par dire qu’il pense aux victimes, aux rescapés, à ceux de Kabarondo et ceux de tout le Rwanda qui souffrent moralement et physiquement. Il remercie aussi le CPCR qui, par son travail, a rendu ce procès possible. Ce qu’il demande, c’est la vérité, pas la tête des accusés.

Le témoin explique les objectifs de l’association IBUKA, mémoire et soutien aux rescapés. Il récuse les différentes critiques que l’on fait à cette association, celle en particulier d’être à la solde du FPR : « Les témoins n’ont pas besoin du FPR ».

Sur questions de madame la présidente, monsieur KABANDA précise que son association est « partie civile incidente » dans cette affaire : ils sont entrés dans la procédure après la plainte initiée par le CPCR. IBUKA assure aussi un soutien psychologique aux rescapés.

Sur questions de maître PARUELLE, le témoin souligne l’importance de la mémoire pour les rescapés qui ont besoin de savoir pour se reconstruire. Il rappelle aussi le rôle fondamental de la justice qui donne son statut à la victime : « La justice participe à la reconstruction des rescapés ». Il poursuit en parlant des « Justes » qui sont reconnus au Rwanda, ceux qui n’étaient pas menacés et qui ont pris des risques en cachant des Tutsi. De revenir ensuite sur les relations d’IBUKA avec le pouvoir rwandais : les objectifs de l’association, c’est lutter contre le déni, permettre que les victimes de viol soient soignées, aider les rescapés et combattre l’idéologie qui a conduit au génocide. La prochaine mission d’IBUKA, c’est la préparation de la 25ème commémoration.

Maître GISAGARA aborde la question essentielle du soutien psychologique aux victimes, ce qui permet au témoin de rappeler la mémoire de Nasson MUNYANDAMUTSA, un psychiatre qui a beaucoup aidé à former des psychologues. Il s’agit aussi de briser l’isolement dans lequel se renferment les rescapés. Il ne faudra pas oublier aussi les nouvelles générations, les enfants et petits enfants des victimes. L’association peut être fière d’avoir obtenu l’érection de stèles par plusieurs municipalités en France, à la mémoire des victimes du génocide perpétré contre les Tutsi. Sans oublier des interventions dans le milieu scolaire.

Monsieur l’avocat général revient sur la question des enfants nés après le génocide ou ceux qui ont touché la mort de près. IBUKA a commencé à élaborer des projets, à organiser des rencontres mais elle n’a pas assez de moyens pour faire plus. Et quand on parle des enfants, il s’agit des enfants des victimes et ceux des tueurs. Au Rwanda, un gros travail se fait pour que tous les gens aient conscience d’appartenir à la même nation. Sans oublier le rôle des familles !

Madame la présidente évoque le viol comme arme du génocide, jamais abordé dans ce procès. Que sont devenus les enfants nés du viol ? C’est étonnant que cette question n’ait pas été abordée, mais c’est lié à la culture rwandaise où le sujet est tabou. Les femmes ont pu faire le choix d’avorter sans qu’elles soient poursuivies. Il faudrait des programmes spécifiques pour traiter cette question.

Pour la défense, maître BOURGEOT demande au témoin comment on peut expliquer les contradictions de ceux qui sont venus témoigner. Marcel KABANDA évoque ses propres enquêtes au Rwanda. Il est vrai que les événements sont rapportés de façon différente. Il ne faut pas s’en tenir à un seul témoignage mais mettre bout à bout l’ensemble des témoignages. Et puis, le témoin évolue et le fait de parler aux assisses débloque parfois des souvenirs. C’est trop facile de les traiter de menteurs !

Madame la présidente fait remarquer que la contradiction n’est pas un mensonge.

Maître BOURGEOT demande au témoin s’il est facile, pour un citoyen ordinaire, d’aller en prison pour interroger un tueur. « Je suppose qu’il faut une autorisation. Des journalistes le font, des documentaristes le font ». Et les PV d’enquêtes déjà rédigés, il est facile de les obtenir ? « Il y a des procédures à suivre ! » (NDR. Toutes ces questions visent bien sûr les démarches du CPCR pour l’élaboration des plaintes). Quant aux pressions qui seraient exercées par le GFTU [1] et le Service de protection des victimes pour que des témoins ne soient pas entendus, le président d’IBUKA dit que ce n’est pas de sa compétence. Et s’il y a des pressions, elles sont surtout exercées sur les témoins à charge.

Maître CHOUAI s’étonne que Freddy MUTANGUHA, qui fut directeur de Mémorial de Gisozi ait pu menacer de ne plus envoyer de témoins à Arusha après l’acquittement de Protais ZIGIRANYIRAZO  [2]. Il consulte l’arrêt sur son portable ! Marcel KABANDA justifie cette réaction car l’acquittement de Monsieur Z. avait été possible pour une question de procédure : le procureur n’avait pas vérifié un alibi !

Madame la présidente rappelle que ce document dont parle l’avocat n’est pas au dossier : « Une pièce qui sort d’un portable, je ne l’accepte pas ! »

Maître CHOUAI de revenir sur le livre N’épargnez pas les enfants qui rapportait que le bourgmestre de Kabarondo avait tué son épouse (page 52). Il s’indigne de la réponse qu’un des auteurs a pu faire à la fille de l’accusé. L’avocat exige du président d’IBUKA qu’il présente ses excuses à la famille de NGENZI dans la mesure où le logo d’IBUKA illustre la couverture. « Je suis le responsable d’IBUKA France ! » se contente de répondre monsieur KABANDA. (NDR. En date du 29 mai 2018, lors du témoignage de madame NGENZI, madame la présidente avait fait remarquer qu’une erreur s’était glissée dans cet ouvrage : il s’agissait du bourgmestre de Kibungo et non de Kabarondo. Il semblerait que l’avocat ait oublié ce moment d’audience !)

 

L’après-midi commence par une intervention de maître GISAGARA concernant une pièce versée au dossier : un avis de la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour laquelle il n’y a pas de violation du droit si une extradition vers le Rwanda est prononcée.

 

Interrogatoire de Tito BARAHIRA.

BARAHIRA vu par Grumbl

L’accusé reconnaît qu’il a rencontré deux experts, dont le psychologue à trois reprises. Ce dernier insistait pour qu’il parle du génocide mais pour lui il s’agissait de massacres. Le mot génocide ne faisait pas partie de son vocabulaire. Ce n’est qu’à Benako qu’il a appris qu’il s’agissait d’un génocide. Par la radio ! Il a alors consulté un dictionnaire ! D’ailleurs, l’expert n’a pas vraiment traduit ce qu’il avait dit.

Il aurait pu se faire assister d’un interprète, s’il l’avait souhaité ! En fait, c’est son avocat de l’époque qui n’a pas donné suite à sa demande. « Je répondais à tort et à travers. Le juge m’aidait à formuler mes réponses ! » ajoute l’accusé. Il met ses problèmes de mémoire sur le compte de sa dialyse, mais il connaît bien la différence entre « massacres » et « génocide ».

« Et 24 ans plus tard, poursuit madame la présidente, quelle est votre analyse ? » « L’ethnie tutsi a continué à marquer les esprits de tout le monde, répond l’accusé. J’ai continué à me demander pourquoi ça s’était passé. J’avais œuvré comme bourgmestre avec une population qui s’entendait bien. Je n’ai pas compris qu’on se retourne contre les Tutsi après la mort d’HABYARIMANA. Sans attentat, il n’y aurait pas eu de génocide. Le président avait œuvré pour la bonne entente. »

« HABYARIMANA était un père pour vous ? » « C’était un homme aimé par la population. Moi aussi je l’ai aimé. Il fallait continuer à s’entendre. HABYARIMANA avait conduit le pays dans la paix, le développement. Il a tout fait pour que la race hutu et la race tutsi s’entendent ». Madame la présidente lui rappelle quand même l’existence de la carte d’identité ethnique.

Carte d'identité "ethnique" : la mention Tutsi figure sous la photo.
Carte d’identité “ethnique” : la mention Tutsi figure sous la photo.

Et les Dix commandements des Bahutu dans KANGURA ?

Journal extrémiste Kangura n°6 (décembre 90)
Conclusion de “l’appel à la conscience des Bahutu”, page 8 de la revue Kangura n°6 publiée en décembre 90.

L’accusé n’a entendu parler de ce texte que devant la Cour. Pour lui, ce sont des commandements insupportables. Il n’en connaît pas l’origine mais cela ne vient pas du gouvernement. Peut-être des journalistes ? « Moi, j’ai travaillé avec les Tutsi. Ces commandements ont été introduits par des saboteurs, des ennemis de la paix qu’on avait au Rwanda. KANGURA n’était pas un journal du gouvernement ». Ce numéro de la revue, il ne l’a pas lu.

On aborde alors la journée du 13 avril [3]. Ce jour-là, comme il l’a toujours dit, il a vaqué à ses occupations à la maison. Alors qu’il allait chercher du foin pour ses vaches, il rencontre des gens de Byumba qui fuyaient vers la Tanzanie. Ces fuyards lui disent que de la fumée s’échappe du toit de l’église. Il demande où était cette église ! Il est alors allé se changer et est parti à Kabarondo à pieds, sa voiture étant en réparation et comme il y avait le couvre-feu, il ne pouvait pas prendre son vélo. Le centre de Kabarondo était désert. Par contre, près de l’église, il y avait beaucoup de monde le long de la route. Il apprend alors que les militaires avaient fusillé les gens de l’église le matin. Il voit des taches noires sur le toit de l’église. On lui apprend aussi qu’on a entendu des tirs : « Probablement des tirs du FPR ! » Concernant la fumée qui sortait du toit ? « Je croyais que les réfugiés faisaient la cuisine ! » (Stupeur mêlée de sourires dans la salle). Il se dit choqué, comme il avait été choqué par la mort de son ami François. Il n’est pas allé chez François pour prendre des nouvelles, c’était trop loin. Quant à l’église, il pensait que c’était à l’autorité de s’en occuper. De toutes façons, de chez lui, il n’a pas entendu le bruit des tirs, c’était trop loin.

Arrivé à l’église vers 17 heures, on lui apprend qu’il y a des morts. La porte de l’église était fermée. On l’informe aussi qu’il y a des blessés au Centre de Santé. Mais la foule l’empêche de voir le parvis de l’église. On lui fait remarquer que NGENZI est au bureau communal : c’est alors qu’arrive le chef d’Electrogaz, une panne d’électricité s’étant produite. Il accompagne le chef pour aller détecter la panne : sinon, il n’y aurait pas de courant le soir au Centre de Santé.

Madame la présidente lui demande quelle es la priorité : secourir les gens ou rétablir l’électricité ? « Les blessés ! mais il fallait rétablir l’électricité ! » Il voit 5 morts mais toujours cette obsession de la panne à réparer. Et d’ajouter : « Tout l’entourage de Kabarondo pensait que c’était les rebelles du FPR ! » Il ne sait pas si les militaires étaient encore là, mais il avait l’intention d’aller rencontrer le bourgmestre pour voir ce qu’il était possible de faire.

Que pense-t-il du choix qu’il a fait à l’époque ? Et le témoin de revenir sur sa rencontre avec le chef d’Electrogaz, sur le suicide du responsable du transformateur avec une branche de manioc retrouvée sur place. Il participe à la réparation en passant les outils à son chef, Augustin KANA. Vers 18 heures, l’électricité est rétablie ; Il aurait aimé rencontrer le bourgmestre, mais son chef était pressé. Avant de rentrer, ils sont passés par le Centre de Santé en empruntant un chemin de terre pour vérifier si l’électricité avait été rétablie. Arrivé chez lui, il échange quelques mots avec sa femme qu’il dit plus choquée que lui !

BARAHIRA redit qu’il a bien vu NGENZI entrer dans son bureau. C’est l’arrivée du chef d’Electrogaz qui l’a empêché d’aller voir le bourgmestre. Si on prétend qu’il a parlé avec lui dans le PV d’audition des juges, c’est qu’on l’a mal compris ! « Votre avocat étant pourtant là. Et vous l’avez redit en confrontation ? » poursuit la présidente. « Je ne l’ai pas dit comme ça. C’est pourquoi j’ai changé d’avocat ! Je vous demande pardon, madame la présidente » répond BARAHIRA. Cette dernière d’ajouter : « Vous n’avez pas à me demander pardon, c’est votre procès ! »

Pourquoi n’a-t-il rien fait à l’église ? Tout simplement parce qu’il n’était pas une autorité ! A la place de NGENZI, il aurait demandé aux militaires de ne pas bombarder l’église.

Aux questions qui lui seront posées ensuite par madame la présidente sur son rôle actif à l’église selon plusieurs témoins, les déclarations de l’accusé sont peu compréhensibles. Il finit par dire que les témoins sont manipulés, qu’ils fabriquent des mensonges.

Interrogé sur ce que les victimes ont à gagner en racontant ces mensonges, l’accusé poursuit : « Ça dépend ce qu’on leur a promis dans les Gacaca [4]. Ils sont manipulés par les autorités politiques. C’est un coup monté contre moi. On m’accuse à tort ». Jean-Damascène RUTAGUNGIRA, Constance MUKABAZAYIRE, KAJANAGE : tous des menteurs.

BARAHIRA n’a aucune idée sur le nombre de victimes à l’église. « Je n’ai aucune idée car ça m’a fait très peur. Je ne pouvais pas compter les morts ».

Maître PADONOU pose à l’accusé une série de questions. La foule l’empêchait bien de voir les cadavres mais pas de voir la porte fermée de l’église. Le chef d’Electrogaz n’avait pas trouvé l’électricien responsable du transformateur mais c’est lui, BARAHIRA, qui a rejoint son chef. Fuyards ? Rebelles ? Il fait la différence. « Les fuyards sont ceux qui ont quitté leurs biens pour se réfugier en Tanzanie, Hutu ou Tutsi. Les rebelles, ce sont les Rwandais qui ont fui leur pays suite à la révolution de 1959 ». Il confirme que tous ceux qui ne disent pas la même chose que lui font partie d’un complot. L’avocat s’étonne qu’il se mette à contester ce qui est dans la procédure à quelques jours de la fin du procès ! « J’étais malade pendant la procédure. Je n’avais pas mes lunettes pour lire la déposition. C’est la faute de mon avocat ! »

Sur questions de maître LINDON, il dit qu’il n’a pas parlé à NGENZI parce qu’il ne l’a pas vu. Il aurait souhaité le voir ! Il n’a pas traité Marie MUKAMUNANA de « menteuse » en confrontation. Il a dit qu’elle était « manipulée ». (Il avait bien dit « menteuse » !) Pourquoi, si son avocat et les juges ont failli, n’a-t-il pas engagé des poursuites contre eux ? Il s’est contenté de changer d’avocat.

Monsieur l’avocat général de revenir sur le meurtre de François qui l’a beaucoup affecté. « Je suis choqué. J’en garde encore des séquelles ! » Il reconnaît ne pas être allé voir la famille. Il avait d’autres amis Tutsi mais il ne leur a pas proposé de les héberger ? « Je pensais approcher les autorités communales et religieuses car c’était lamentable. Je ne savais pas qu’il allait se produire un drame. J’avais l’intention de quitter la maison pour me rapprocher de Kabarondo ! »

« Ma question n’est pas de savoir si vous aviez l’intention de déménager » rétorque l’avocat général. Et l’accusé d’ajouter que si un Tutsi était venu chez lui, il aurait pu l’accueillir. Quant à ses amis tutsi, ils habitaient trop loin de chez lui pour aller leur proposer un asile. Et puis, il était ancien bourgmestre et était redevenu un citoyen ordinaire.

Toujours sur question de l’avocat général, il répète qu’il habitait trop loin de l’église pour entendre les tirs, au milieu d’une forêt. L’accusation lui fait remarquer qu’un témoin qu’il a fait citer et qui habitait encore plus loin que lui a entendu des bruits de tirs. L’accusé s’embrouille, revient sur la nature de la fumée qui sortait de l’église pour évoquer de nouveau la cuisine que les rescapés auraient pu faire !

Réponse de l’avocat général : « Il y a à boire et à manger dans ce que vous dites ! »

« Vous prenez votre temps pour vous rendre à l’église ! » s’étonne encore l’avocat général.

« Dans la coutume rwandaise, que ce soit lors d’un événement heureux ou malheureux on va rendre visite. Je croyais que c’était la fumée de la cuisine ! » répète l’accusé, ne comprenant pas qu’il s’enfonce. L’avocat général lui fait remarquer qu’il n’y a pas de cohérence dans ce qu’il dit. Il s’étonne aussi que l’accusé ne soit pas entré dans le Centre de Santé après la réparation de la panne.

Madame la présidente s’étonne à son tour : « Comment se fait-il, alors que plus personne ne travaille au Centre de Santé, ou presque, que vous n’y entriez pas, que vous ne disiez pas à votre femme qu’il y a beaucoup de blessés. Le devoir de tout individu n’est-il pas de sauver son prochain ? » Pour BARAHIRA, la priorité était de rétablir l’électricité.

« Mais on ne soigne pas avec l’électricité ! » insiste la présidente.

A ce stade, l’audience est suspendue à la demande de l’avocate de BARAHIRA.

A la reprise, la présidente reprend la main « Vous avez donné une version constante des faits, sauf sur NGENZI. Quand on est accusé, la moindre contradiction peut avoir de graves conséquences ! Y aurait-il un problème culturel dans la façon de répondre ? » L’accusé prétend qu’il n’est pas capable de parler français, ce que conteste la présidente qui lui fait remarquer qu’il se débrouille très bien en Français.

L’avocat général intervient. « On a vu des fumées, vous rapporte-t-on. Sincèrement, quand vous partez à l’église, vous avez conscience qu’il s’y passe quelque chose de grave ? » Et BARAHIRA de reparler une nouvelle fois de la fumée que font les rescapés en cuisinant.

Maître BOURGEOT est désespérée. Elle interpelle son client : « Ça ne passe pas cette histoire de cuisine. Ce n’est pas la peine d’inventer des justifications qui n’ont pas de sens ! »

A la question de savoir pourquoi c’est si important de rétablir l’électricité, l’accusé s’embrouille, fait une réponse vaseuse. Avant il était revenu, à la demande de son avocate, sur la définition d’Interahamwe  [5] : « Des voyous, des bandits, des voleurs ! »

« A l’église, la foule vous empêche de voir quoi ? » questionne l’avocate. L’accusé reconnaît qu’il a commencé à bien voir lorsqu’il est monté dans la camionnette de son chef pour aller au transformateur. S’il y a une contradiction dans les propos qu’il a tenus en présence des juges et ce qu’il dit aujourd’hui, c’est qu’on a mal retranscrit ce qu’il avait dit.

Joséphine ? « C’est une dame que j’aimais, qui m’avais aidé pour mon mariage ».

KANGURA et les Dix commandements des Bahutu ? Il n’a pas lu ce numéro 6, n’en a même pas entendu parler. « Ce n’était pas un texte officiel. On aurait dû interdire ce numéro ». L’accusé se reconnaît comme un homme de la deuxième République qui a été favorable aux Tutsi.

« Le juge a-t-il poussé assez loin ses investigations ? » poursuit l’avocate. « Non. Ce qui m’a tué, ce sont les menteurs, les manipulateurs. Pourquoi continuent-ils à s’acharner. Je ne comprends toujours pas. »

Si on a fait de lui un portrait peu flatteur, cela ne correspond pas à la réalité. « Je ne parle pas beaucoup, c’est vrai. Mais j’ai le sentiment de faire le bien. Je déteste le mal. Mon tempérament ne va pas jusqu’à la violence. Je n’exprime pas beaucoup mes émotions, c’est vrai. C’est mon caractère. Je n’ai pas besoin de parler à tout le monde. »

Madame la présidente revient sur le fait qu’il n’a pas vu l’abbé INCIMATATA, s’étonne qu’il soit resté chez lui le 13. Elle revient sur les « fouilles », les perquisitions, les rafles. Il n’en a entendu parler que sur le chemin de l’exil à Benako par Jean Damascène RUZIBUKIRA qui n’a pas parlé de NGENZI. Quant aux accusations qu’on porte contre lui, elles sont fausses. Pour lui, les perquisitions n’ont pas eu lieu. Les témoins mentent. Il n’était pas chez KAREKEZI, légalement, c’était interdit.  NGENZI lui a parlé des personnes embarquées à Benako, mais pas de Papias.

 

Il est déjà tard, mais décision est prise de projeter le film de la BBC : Un untold story. Après la projection, elle souhaite entendre le président du CPCR.

 

Audition d’Alain GAUTHIER, président du CPCR.
Compte-rendu rédigé à partir des notes d’un adhérent du CPCR.

Portrait © Francine Mayran
Portrait © Francine Mayran, collection “PORTRAITS MÉMOIRES DU GÉNOCIDE DES TUTSI AU RWANDA”

« Je voudrais commencer mon intervention par préciser que je ne peux dissocier ma vie personnelle du génocide perpétré contre les Tutsi du Rwanda. J’interviens en tant que président du Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda mais aussi comme famille de victimes, mon épouse ayant perdu une grande partie des siens.

 Permettez-moi donc de commencer par l’année 1970. En effet, mon premier contact avec le Rwanda date du début septembre 1970. Alors que j’ai fait le choix de partir en coopération, je suis envoyé comme professeur de Français à Save, à une dizaine de Kilomètres de Butare, la ville universitaire de l’époque, au sud du pays.

Je vais apprendre assez vite que l’évêque du lieu, monseigneur Jean-Baptiste GAHAMANYI, m’a nommé au petit séminaire de Save pour tenter de réconcilier deux groupes qui vivent là : les professeurs rwandais et les membres d’une communauté religieuse flamande, les Frères Vandales. Très vite, je me rendrai compte que je ne peux en aucune façon faire l’intermédiaire entre les deux groupes. Je serai rejeté par les religieux dans le groupe des enseignants rwandais.

Un épisode important marquera mon séjour. Le 1er mai 1972, j’entre au Burundi pour y disputer un match de football. C’est le jour où un coup d’État a été déjoué : beaucoup de Burundais seront tués. Je pourrai revenir au Rwanda au bout d’une semaine, escortés que nous sommes par l’armée en direction de la frontière zaïroise : Uvira, Bukavu puis entrée au Rwanda par Cyangugu.

Juillet 1972, je rentre en France où j’entreprends des études de Lettres modernes, renonçant aux études de Théologie que j’avais commencées à l’Université de Strasbourg.

Été 1974, le Père BLANCHARD, curé de Save avec qui j’étais devenu ami, me signale qu’une jeune fille rwandaise que j’avais connue à Save vient lui rentre visite à Ambierle, petite ville près de Roanne. Je viens donc à mon tour la rencontrer. Fin 1994, ce sera le commencement d’une aventure qui dure depuis plus de quarante ans. Mariés en 1977, nous aurons trois enfants. Jusqu’en 1990, nous menons la vie ordinaire d’une famille classique. Nous essayons de nous rendre au Rwanda chaque fois que nous le pouvons, jusqu’en 1989, date de notre dernier voyage.

Le 1 octobre 1990, c’est l’attaque du FPR en provenance d’Ouganda. Cet événement nous inquiète dans la mesure où nous avons la conviction que les Tutsi de l’intérieur risquent d’en subir de graves conséquences. En janvier 1993, nous sommes interpellés par la déclaration de Jean CARBONARE sur Antenne 2 au cours du Journal du 20 heures animé par Bruno MASURE. Le président de Survie, de retour du Rwanda, alerte la population française : des massacres ont été commis au Rwanda. Il ne faudrait pas laisser la situation se détériorer.

J’écris au président MITTERAND pour lui demander d’intervenir auprès de son homologue le président Rwandais. Copie de mon courrier est adressé au Ministre des Affaires étrangères. Réponses me seront faites que la France fait son maximum pour que la paix revienne dans le pays. Le 4 août, nous fêtons les accords d’Arusha.

Fin février 1994, mon épouse se rend au Rwanda pour visiter sa maman. La situation étant dramatique, elle reviendra au plus vite, sur l’insistance de sa mère. Elle sait qu’elles ne se reverront plus.

Le 7 avril au matin, nous apprendrons l’attentat contre l’avion du président HABYARIMANA et nous sommes bien évidemment inquiets. Le vendredi 8, alors que je cherche à avoir des nouvelles des nôtres, j’appelle la paroisse Saint-André à Nyamirambo, un quartier populaire de Kigali, où le Père BLANCHARD a été nommé curé. Son collègue allemand me répond que le curé se repose : je dois rappeler plus tard. En fin d’après-midi, avant de quitter mon bureau du Collège Jeanne d’Arc que je dirige à Reims, je rappelle et Henri BLANCHARD m’annonce que la maman de mon épouse a été tuée le matin même dans la cour de l’église. Me reste l’impérieux devoir de l’annoncer à la famille. Notre fils de 11 ans se contentera de dire : « Maman, je te vengerai ! »

Nous passerons les trois mois du génocide à chercher à savoir qui peut bien être encore en vie. Nous tentons d’alerter en écrivant des articles. Nous organisons même une manifestation à Reims mi-juin. Un seul slogan : « Rwanda, la Honte ».

Ce n’est qu’a l’été 1996 que nous reviendrons au pays : l’absence des nôtres, de nos amis se fait sentir. L’année suivante, nous commençons de recueillir les témoignages de plusieurs rescapés de l’église de la Sainte-Famille de Kigali, une de nos cousines étant elle-même rescapée. Ces témoignages concernent le rôle de l’abbé MUNYESHYAKA, vicaire de la paroisse.

Au printemps 2001 se déroule à Bruxelles le premier grand procès contre des personnes soupçonnées d’avoir participé au génocide : un directeur d’usine, ancien ministre, un professeur d’université et deux religieuses. A l’issue du procès, un ami nous lance : « Et vous, qu’est-ce que vous faites en France ? » Nous décidons alors de créer le Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda et déposons les statuts en novembre 2001.

Les statuts du CPCR précisent le premier objectif : « Poursuivre en justice les personnes soupçonnées d’avoir participé au génocide des Tutsi et qui vivent en France ». Nous prévoyons aussi, le jour où nous le pouvons, de venir en aide concrètement aux rescapés.

N’ayant pu enquêter encore nous-mêmes, nous décidons de nous porter partie civile incidente dans trois plaintes déjà déposées contre l’abbé Wenceslas MUNYESHYAKA, contre le docteur Sosthène MUNYEMANA et contre Laurent BUCYIBARUTA, ex-préfet de Gikongoro. Nous déposerons nous-mêmes environ 25 plaintes auprès des autorités judiciaires françaises. Depuis, deux non-lieux ont été prononcés, une personne a été extradée vers la Belgique où elle sera jugée et un prévenu est décédé.

Concernant l’affaire de Kabarondo, je me suis rendu seul sur les lieux du crime pour y recueillir le témoignage de victimes et de tueurs. Un OPJ du GFTU [1] m’accompagnait pour me servir d’interprète. Une dizaine de victimes décident de se constituer parties civiles à nos côtés.

Pour chacune des affaires que nous avons initiées, nous procédons de la même manière. Dès que nous avons connaissance de la présence en France d’une personne qui serait soupçonnée d’avoir participé au génocide, nous nous rendons sur les lieux pour recueillir les témoignages qu’une fois traduits nous remettons à nos avocats qui se chargent de rédiger la plainte. Depuis 2012, date de la création du pôle crimes contre l’humanité au TGI de Paris, c’est là que nous déposons nos plaintes.

Comme la question me sera posée par la défense, je signale que j’ai obtenu la nationalité rwandaise en 2009, tous les membres de ma famille, enfants, petits-enfants étant déjà Rwandais. Mon épouse et moi-même avons été décorés par le président Kagame le 18 novembre dernier pour en reconnaissance pour le travail de justice que nous avons entrepris. A son tour, le 3 février dernier, le maire de Reims me remettait la médaille de la Ville pour notre engagement au service de la justice.

Pour terminer ma déposition spontanée, je voudrais préciser que le CPCR vit essentiellement des dons de ses adhérents (environ 300) et de nos amis. Nous lançons aussi des appels sur les réseaux sociaux à chaque procès dans la mesure où nous tenons à défrayer nos avocats qui travaillent très souvent bénévolement à nos côtés depuis près de quinze ans. Nous avions bénéficié aussi de l’aide d’une Fondation, OAK Foundation, en 2016. Au Rwanda, une association, Les Amis du CPCR (ACPCR) informe sur nos activités et tente de recueillir des fonds auprès de la société civile. »

Sur questions de la présidente, le président du CPCR précise que son association est à l’origine des 25 dernières plaintes. Concernant les trois premières, il s’agissait de plaintes incidentes. (En fin d’audition, madame la présidente fera remarquer que dans le cadre de la plainte contre Octavien NGENZI, le CPCR s’est constitué partie civile juste après les poursuites engagées par le Parquet).

Comment a procédé le CPCR dans la plainte contre NGENZI ? Après avoir appris la présence de l’accusé à Mayotte, le président du CPCR s’est rendu au Rwanda, à Kabarondo, à la rencontre de témoins potentiels, victimes ou auteurs. Il a également eu accès aux dossiers Gacaca [4] qui, à cette époque, étaient entassés dans une armoire dans une salle fermée à clé. En feuilletant les dossiers, monsieur GAUTHIER est tombé sur le nom de Tito BARAHIRA, ce qui lui a permis, ultérieurement, d’orienter ses recherches.

Le témoin précise la façon dont procède le CPCR pour repérer les génocidaires potentiels. Il donne l’exemple d’une personne qui travaille à l’Université de Rennes et qui harcelait les étudiants Tutsi. Certains d’entre eux ont écrit à l’association qui s’est mise au travail. Alain GAUTHIER d’ajouter qu’il n’est pas rare que lui et les siens fassent l’objet de menaces graves. Il précise aussi que NGENZI lui-même ne se prive pas de poursuivre l’association en justice. Il a été débouté à trois reprises.

Un léger incident se produit dans la salle. Madame la présidente menace de de faire évacuer si cela se reproduit.

Le témoin précise qu’aujourd’hui cela ne serait plus possible puisque tous les dossiers Gacaca [4] sont entreposés à Kigali, sous bonne garde. On est en train de les numériser.

Et comment peut-on obtenir des PV d’audition ? Au GFTU [1], les autorités du parquet ont bien conscience qu’elles n’ont aucune possibilité de pouvoir poursuivre les auteurs du génocide en France, d’autant qu’à 42 reprises la Cour de cassation a refusé d’extrader vers le Rwanda. Bien sûr, cela ne serait pas possible en France. Mais nous sommes dans un autre contexte. Et puis, ce n’est pas le CPCR qui traduit les personnes soupçonnées en justice. « Nous sommes des lanceurs d’alerte ». C’est le procureur qui publie son réquisitoire et les juges d’instruction l’Ordonnance de non-lieu ou de mise en accusation.

Maître CHARRIER, l’avocat du CPCR, interroge le témoin. « Quels sont vos liens politiques avec le régime du président KAGAME ? » Si l’avocat pose cette question, c’est parce qu’il est convaincu que la défense l’aurait posée. Alain GAUTHIER commence par dire que le ministre actuel de la Défense, James KABAREBE, a épousé une cousine de son épouse. (NDR. C’est un secret de polichinelle, cette question ayant été posée par maître MATHE en première instance.)

« A Kigali, on vous livre les témoins sur un plateau ? » Pas du tout. Le CPCR a d’ailleurs longtemps travaillé seul, sur les collines. Mais il n’est pas anormal de travailler avec le GFTU [1]. « Ce ne sont pas de petits délinquants que nous poursuivons mais des génocidaires. Nous avons consacré 25 ans de notre vie à ces poursuites. Vous imaginez ce que ça représente ? »

« Et vos rapports avec les autorités judiciaires françaises, continue maître CHARRIER, sont-elles plus compliquées qu’il y a 10 ou 15 ans ? » Le témoin ne répond pas directement à la question lorsqu’il dit qu’il est de plus en plus difficile, au Rwanda, de trouver des témoins. Il revient à la question en affirmant que depuis la création du pôle crimes contre l’humanité, que le CPCR avait appelé de tous ses vœux, les choses se sont améliorées. Depuis 2012, trois juges d’instruction à temps plein ont été nommés, assistés de gendarmes lors des commissions rogatoires. Pendant trop longtemps, les juges ne restaient que quelques années et n’étaient pas déchargés des autres dossiers. Les choses ne pouvaient pas avancer. Sans oublier la période 2006/2009, qui correspond à la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays suite à l’ordonnance du juge BRUBUIERE dont les conclusions ont été contredites par le juge TREVIDIC.

Monsieur l’avocat général demande au témoin dans quel établissement scolaire il travaillait. Alain GAUTHIER confirme qu’il a été directeur d’un collège et lycée professionnel privés à Reims, l’Institution Jeanne d’Arc, avant de démissionner en 1995. Il reprendra des services de direction dans le nouvel établissement où il sera affecté.

Occasion pour le président du CPCR de dire combien son association insiste sur l’éducation. Et d’énumérer un certain d’activités qu’il mène auprès des établissements scolaires, un peu partout en France. Même pendant le procès, il a fait une intervention auprès d’un lycée parisien. Tout dernièrement, c’est l’inspecteur pédagogique d’Histoire Géographie de Rouen qui l’a contacté pour une formation des professeurs d’Histoire. Pour le CPCR, la question de l’éducation est fondamentale.

Le témoin profite d’une question concernant la réaction de son fils : « Maman, je te vengerai », pour rappeler que le CPCR a inscrit au fronton de son site la formule de Simon WISENTHAL : « Sans haine ni vengeance. » Et l’avocat général de s’intéresser au cursus universitaire d’Alain GAUTHIER qui doit précise qu’il a fait des études de Théologie avant de renoncer à son projet de vie.

Une question de la présidente, quelque peu surprenante : « Gaël FAYE est aussi membre de votre association ? » Le témoin de préciser qu’il est effectivement secrétaire du CPCR et leur gendre.

Le témoin va être soumis ensuite aux questions de la défense. C’est maître EPSTEIN qui ouvre le feu. Elle revient sur les massacres de 1972 au Burundi au cours desquels beaucoup de Hutu ont été tués. Le CPCR ne peut pas être dans tous les dossiers, en particulier dans le dossier Bonaventure MUTANGANA, frère de SIMBIKANGWA. Le CPCR n’a ni le temps ni les moyens d’être partout. Monsieur GAUTHIER n’a pas de commentaire à faire sur cette affaire.

Madame la présidente intervient. Bonaventure MUTANGANA, elle ne connaît pas, ni elle, ni la Cour.

Maître BOURGEOT revient à l’affaire qui concerne son client. Elle rappelle l’historique de cette affaire dont le témoin ne se souvent pas vraiment. Elle revient aussi sur l’obtention des PV du GFTU : « Je reconnais que cela ne pourrait pas se passer ainsi en France. Mais ce sont les juges d’instruction qui ont enquêté et qui ont déféré BARAHIRA devant la Cour d’assises.”

Maître BOJ intervient à son tour pour NGENZI. Il concentre ses questions sur l’article que le témoin a écrit dans Les Temps Modernes à l’occasion de la vingtième commémoration. Le témoin confirme tout ce qu’il a écrit dans ce texte.

« Que pensez-vous du refus de la Cour de se transporter sur les lieux ? »

« Je respecte la justice ! » se contente de répondre le témoin. Il en profite, sur question de l’avocat, qu’il confirme les propos qu’il a tenus : la défense cherche à déstabiliser les témoins. Il confirme aussi qu’il a dit qu’un procès, s’il est fait pour les victimes, est aussi fait pour les accusés. « Le procès peut être rédempteur pour les accusés, à condition qu’ils reconnaissent les faits ! »

Maître CHOUAI, revenant sur l’article des Temps Modernes, rapporte l’anecdote selon laquelle Serge KLARSFELD lui aurait dit qu’il ne croyait pas aux témoignages. Le témoin ne peut que confirmer. Que voulait-il dire ? « Je n’ai pas compris » répond Alain GAUTHIER.

« A propos de vos enquêtes en prison, vous dites qu’il faut mettre les témoins en confiance. Qu’est-ce à dire ? »

« C’est vrai. Ils doivent comprendre qu’on ne vient pas pour leur dossier. On a besoin qu’ils nous disent ce qu’ils savent. Mais ils peuvent refuser. Quant aux faux témoignages, on n’est pas à l’abri d’en recueillir. C’est à nous d’être vigilant. »

Et l’avocat de revenir sur la rencontre avec l’abbé INCIMATATA. Alain GAUTHIER parle sans problème de sa rencontre avec le responsable de Caritas à l’époque. S’il lui a envoyé un courriel un peu plus tard, c’est parce que le prêtre lui avait promis de lui envoyer son témoignage. Le président du CPCR souligne le courage qu’a pu avoir le prêtre de témoigner : ce n’est pas toujours bien vu au sein de l’Église. C’est la même chose pour Monseigneur RUKAMBA.

Maître CHOUAI veut interroger le président du CPCR sur l’identité de la fille de KAREKEZI qu’il soupçonne ne pas être le vrai témoin attendu. « Je suppose qu’au Parquet de Kigali ils ont vérifié son identité ! » L’avocat ne peut s’empêcher de critiquer le site du CPCR. Il trouve que les audiences sont mal retranscrites ! (NDR. C’est son problème. Que dire alors de celui de la famille NGENZI ?)

Il est 22 heures 20. La présidente suspend l’audience.

 

 

  1. GFTU : “Genocide Fugitive Tracking Unit”, section du parquet de Kigali en charge des fugitifs.
    Lire également les auditions de Mme Sandrine CLAMAGIRAND, officier de gendarmerie et du lieutenant Olivier GRIFFOUL qui a commandé une unité de recherches au Rwanda.
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  2. Frère d’Agathe KANZIGA, également appelé « Monsieur Z », Protais ZIGIRANYIRAZO est considéré comme le véritable patron du réseau Zéro. Désigné comme membre de l’Akazu, il aurait également été en charge de recruter des Interahamwe. En 1992, lors des massacres du Bugeresa, il est désigné par l’ambassadeur SWINNEN comme le dirigeant de l’état-major secret chargé d’exterminer tous les Tutsi. Condamné initialement à 20 ans de prison par le TPIR, la cour d’appel l’a libéré mettant en cause la gestion des preuves de la Chambre de première instance.
    Voir aussi : FOCUS – Les réseaux d’influence
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  3. Attaques du 13 avril à l’église de Kararondo : voir entre autres les auditions de l’abbé INCIMATATA, Christine MUTETERI, Marie MUKAMUNANA, Berthilde MUTEGWAMASO, Benoîte MUKAHIGIRO et Francine UWERA.
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  4. Gacaca : (se prononce « gatchatcha »)
    Tribunaux traditionnels au Rwanda, réactivés en 2001 et opérationnelles à partir de 2005, en raison de la saturation des institutions judiciaires pour juger des personnes suspectées de meurtre pendant le génocide. Composées de personnes élues pour leur bonne réputation, les Gacaca avaient une vocation judiciaire et réconciliatrice, favorisant le plaider coupable en contrepartie de réduction de peines. Près de 2 millions de dossiers ont été examinés par 12000 tribunaux gacaca avant leur clôture officielle le 18 juin 2012.
    Cf. glossaire.
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  5. Interahamwe : « Ceux qui combattent ensemble » ou « qui s’entendent », mouvement de jeunesse et milice recevant une formation militaire, créé en 1992 par le MRND, le parti du président HABYARIMANA. Voir FOCUS – Les Interahamwe.
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