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Qui est Pascal SIMBIKANGWA ?

Des identités multiples

Pascal SIMBIKANGWA est né en 1959 à Rambura, dans le Nord du Rwanda, d’une famille de cultivateurs relativement aisés. Son père est Hutu, sa mère Tutsi, mais du fait de la patrilinéarité instaurée par les belges à partir de 1932, lui-même est Hutu.

Pascal SIMBIKANGWA dit être né sous l’identité de Pascal SAFARI SEYANIUKARA.
Il dit avoir, à 15 ans, changé son nom pour faciliter son entrée au Lycée et se serait  dès lors fait connaître sous le patronyme de Pascal SIMBIKANGWA.

Des informations démenties par son père, selon lequel son fils aurait été nommé Pascal SIMBIKANGWA dès la naissance.

En 1992, devenu particulièrement méfiant après une tentative d’attentat dont il réchappe de peu,  il aurait à nouveau changé d’identité et repris son nom de naissance, SAFARI, auquel il aurait adjoint celui de son grand père, SEDINAWARA.

Enfin, lors de son entrée à Mayotte, il se présente aux services de l’OPFRA sous une quatrième identité : Safari SENYAMUHARA.

Des liens « du sang et du sol » avec le président HABYARIMANA et son entourage

Le père de Pascal SIMBIKANGWA était issu du même village et du même clan que Juvénal HABYARIMANA.
Leurs grands pères étaient frères, ce qui fait de Pascal SIMBIKANGWA, selon ses propres dires, un cousin de l’ancien président, auquel il a toujours voué une loyauté et une affection sans bornes.

Pascal SIMBIKANGWA est également le beau-frère d’Elie SAGATWA, chef d’Etat major particulier du président HABYARIMANA, lequel était le cousin d‘Agathe HABYARIMANA et membre du « noyau dur » de son réseau d’influence, l’Akazu.

Une carrière militaire prometteuse, brisée à 29 ans

À l’âge de 18 ans, Pascal SIMBIKANGWA intègre l’ESM (Ecole Supérieure Militaire). Il en sort 4 ans plus tard, avec le grade de sous-lieutenant. Il poursuit ses études pendant deux années supplémentaires, à la gendarmerie de Kigali.

Durant cette période, il aurait réalisé plusieurs stages dans des prisons étrangères.

En 1983, il intègre la garde présidentielle et devient instructeur commando. Son travail consiste à assurer l’entraînement des militaires et la protection du président Juvénal HABYARIMANA au sein de l’escorte présidentielle.

Sportif accompli, un accident de la route, le 27 juillet 1986, le rend paraplégique et met un terme à son ascension professionnelle.

De l’armée au civil : de la garde présidentielle au Service Central de Renseignement (SCR)

Après un séjour d’un an à l’hôpital, en Belgique, où il se découvre un goût pour l’écriture, il est affecté au service des renseignements militaires de l’État-Major de l’armée.
En 1988, il bascule dans le civil, en tant que directeur du Service Central de Renseignement (SCR), qui était à l’époque attaché directement à la Présidence du Rwanda.
En avril 1992, à la suite de l’instauration d’un gouvernement multipartite, le renseignement intérieur est  transféré à la Primature (services du Premier ministre) : Pascal SIMBIKANGWA quitte le giron du Palais présidentiel pour travailler sous les ordres d’Augustin IYAMUREMYE, membre du PSD (parti d’opposition au régime).

Pascal SIMBIKANGWA,  dit « Le tortionnaire »

De 1988 à 1992, Pascal SIMBIKANGWA s’illustre par le surnom qui lui est donné par les opposants politiques et particulièrement les journalistes qui ont eu affaire à lui.
« Le tortionnaire » semble avoir une prédilection pour les sévices appliqués sur les membres inférieurs, et certains témoins relatent son ardeur à frapper leurs plantes de pieds, jusqu’à les empêcher de marcher.
Le changement de direction à la tête de son service, passé à l’opposition du fait du multipartisme,  permet de faire cesser la torture.
Celle-ci aurait aussi pris fin, selon l’ambassadeur français MARLAUD, grâce à l’intervention des français : informés des actes perpétrés par le colonel Pascal SIMBIKANGWA, ces derniers auraient demandé qu’il soit écarté du Centre de recherche criminelle et de documentation (CRCD).

Pascal SIMBIKANGWA, auteur, éditeur et journaliste

Pascal SIMBIKANGWA devient progressivement un idéologue, une « éminence grise » selon certains témoins, gagnant cette nouvelle dimension avec la publication, en 1989, de son premier ouvrage « L’homme et sa croix », son autobiographie, puis en 1991, de « La guerre d’octobre » sur la guerre avec le Front Patriotique Rwandais (FPR) de 1990.

Couverture de "l'homme et sa croix", écrit pat P. SIMBIKANGWA

Couverture de « l’homme et sa croix », écrit pat P. SIMBIKANGWA

Sa position privilégiée au cœur de la surveillance des médias aurait dépassé le seul travail de censure.

Il aurait participé à la création de UMURAVA Magazine, apporté un soutien financier au journal KANGURA et rejoint la rédaction du journal INTERA, qui a publié, en décembre 1990, quasi-simultanément avec KANGURA, les « dix commandements du Hutu ».
Pascal SIMBIKANGWA se serait surtout illustré par la création du journal « L’indomptable IKINANI », dont les propos étaient si violents, notamment à l’encontre de la ministre de l’enseignement de l’époque, que le premier numéro fut mis au pilon peu après son impression.

Enfin, Pascal SIMBIKANGWA faisait également partie des 50 premiers actionnaires-fondateurs de la radio-télévision des Mille Collines ( RTLM), la « radio du génocide ».

D’après un article initialement publié sur le site du site du procès de Pascal Simbikangwa conçu et réalisé à l’initiative du CPCR par Stéphanie Monsénégo (SCM Conseil) et Sophie Chaudoit.

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