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Plaidoiries des parties civiles: 10 mars 2014

Plaidoirie de Maître Baudoin au nom de la FIDH et de la LDH

« C’est avec humilité et fierté que je me présente devant cette cour d’assises, fierté de participer à un premier procès de présumé génocidaire, une avancée pour la justice française et internationale ». C’est par ces mots que maître Baudoin commence son intervention.

Après avoir excusé maître Tubiana, avocat de la LDH, absent pour des raisons de santé, maître Patrick Baudoin va ensuite faire l’historique de ces deux associations, justifiant ainsi leur présence comme parties civiles dans ce procès. De l’affaire Dreyfus au procès des Khmers rouges… la FIDH et la LDH œuvrent depuis de longues années pour que justice soit rendue partout dans le monde.

Les crimes les plus barbares étant les moins punis, c’est la raison d’être de ce combat contre l’impunité. Il est nécessaire de « resserrer les mailles du filet pour que les bourreaux n’échappent pas à la justice. » La CPI ne jugera pas tous les bourreaux ; il faut donc avoir recours à la compétence universelle : « Juger des étrangers qui ont commis des crimes à l’étranger sur des étrangers », à condition qu’ils résident en France au moment où la plainte est déposée. « L’impunité est une menace constante pour la paix » continuera maître Baudoin.

Il faut bien reconnaître que la France, pour diverses raisons, « a été peu vertueuse en matière de compétence universelle, mais ne pas poursuivre les bourreaux, c’est continuer à les encourager. » Sans l’obstination des parties civiles, ce procès n’aurait jamais eu lieu. Et de  rappeler que la première plainte déposée en France contre l’abbé Wenceslas Munyeshyaka date de 1995 et que la France a été condamnée en juin 2004 par la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) pour retard apporté à rendre la justice… L’abbé Munyeshyaka n’est toujours pas jugé !

Maître Baudoin va alors préciser les nombreuses attentes d’un tel procès qui n’est pas le procès du génocide mais le procès d’un homme. Mais la « recherche de la responsabilité pénale d’un homme oblige à une plongée dans le génocide. » Par ses interventions, la défense a voulu semer le doute, la confusion. L’attentat contre l’avion du président Habyarimana a été « un accélérateur plus qu’un déclencheur » : « Le feu couvait, il ne manquait qu’une étincelle. » Et de rappeler qu’il n’y a eu qu’un génocide, le génocide des Tutsi. Le négationnisme professé par l’accusé est « révoltant, insupportable. »

La défense, en s’en prenant au FPR et aux exactions qu’il aurait commises, utilise une manœuvre de diversion, « tactique classique des génocidaires et des bourreaux. » En invoquant un soi-disant « défaut de procès équitable, la défense se trompe de procédure. L’instruction a duré des années, ce qui a laissé à la défense le temps d’intervenir. » Et de reconnaître que l’accusé a eu longuement la parole, que les droits de la défense ont été respectés.

Autre tactique de la défense qui doit être dénoncée : discréditer les témoins par un contre-interrogatoire agressif, sans tenir compte des problèmes de mémoire, de langue, de culture… Et d’ajouter : « L’important, c’est la substance essentielle des témoignages et non de savoir si la cuisine était à gauche ou à droite, s’il était 9 heures ou 11 heures ! »

Maître Baudoin reviendra ensuite sur la personnalité du prévenu. Pascal Simbikangwa n’a eu de cesse de se présenter comme un petit bureaucrate. Or, cette présentation « n’est pas crédible », même s’il existe des bel et bien des « criminels de bureau (Papon). Dans ses écrits, « Simbikangwa distille sa haine du Tutsi. » Et de rappeler la notion du « tueur/sauveteur » car si Simbikangwa a sauvé quelques Tutsi, il en a fait envoyer d’autres à la mort. Le prévenu est « toujours dans le déni et le mensonge de façon invraisemblable. » Il n’a jamais vu de cadavres : mais de qui se moque-t-on ? Simbikangwa est un menteur, un dissimulateur. Il se complait dans la manipulation, n’éprouve aucune compassion, ose se présenter comme un « juste ».

L’avocat de la FIDH termine sa plaidoirie en s’adressant aux jurés : « Votre cour va rendre justice au nom du peuple français, au nom de l’humanité toute entière. Le verdict sera rendu au nom de l’humanité. Tous les êtres humains sont concernés par ce crime des crimes, chaque victime de ces crimes nous concerne. Pas de vengeance, mais la justice qui est seule garante de la paix. »

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