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Procès Simbikangwa: 27 février 2014.

Audition de Jonathan Rekeraho, gardien en 1994, aujourd’hui technicien.

Le témoin raconte que pendant le génocide il voyait Simbikangwa circuler sur la route et qui venait leur demander comment il allait. Ordre a été donné aux gardiens de ne pas rester dans les maisons mais de se tenir sur la route sinon ils seraient considérés comme des Inyenzi. Il évoque l’implantation des barrières importantes et ce qu’il appelle les “sous-barrières”. Rekeraho reconnaît qu’il a reçu un fusil de la part de Simbikangwa, arme demandée par son ami Sadala. En réalité, cette arme devait servir à défendre la barrière pour empêcher les Inyenzi de remonter jusques chez Simbikangwa. Le témoin dit aussi que Simbikangwa aurait distribué des fusils à d’autres barrières, en particulier à la barrière qui se trouvait près de la maison des Chinois, en face de chez Protais Zigiranyirazo (frère d’Agathe Habyarimana, NDLR). C’est à cette barrière que beaucoup de personnes auraient été tuées. Des corps auraient même servi à renforcer la barrière, ce qu’avait dénoncé la Croix Rouge qui passait par là.

Rekeraho rapporte aussi une tuerie qui s’est passée dans la maison d’une certaine Jeannine. Alphonse, le gardien de la maison, avait été emmené jusqu’à la barrière des Chinois pour être intimidé. De retour chez Jeannine, les Interahamwe se seraient introduits dans la maison en faisant sauter une porte à l’aide d’une grenade; ce qui provoqua la mort d’un vieillard et … d’un chien. Ensuite, trois jeunes filles Tutsi ont été débusquées et tuées sur la parcelle. Ils ont aussi exécuté le gardien Alphonse à qui ils avaient demandé auparavant de tuer les jeunes filles. 

Au cours de la séance de questions, le témoin révèle que Simbikangwa aurait participé à une réunion à l’hôtel Kiyovu, réunion au cours de laquelle des consignes auraient été données sur la conduite à tenir dans le quartier. Comme à l’habitude, ce temps fort des audiences a pour objectif de faire préciser au témoin certaines approximations, voire des contradictions entre les différentes versions lors des entretiens avec les enquêteurs. Rekeraho se défend: “Si mes propos semblent contradictoires, c’est parce qu’ils ont été amputés lors de mes déclarations.” Ce qui sera vérifié par l’avocat général qui va remettre à la cour un extrait du contre-interrogatoire subi par le témoin au TPIR. La défense va dénoncer le procédé et demander d’entrer en possession de tout le document avant de poursuivre les échanges. L’avocat général n’aura alors de cesse de rassurer le témoin, lui expliquant que c’est normal qu’il puisse y avoir des contradictions, vu les nombreux interrogatoires auxquels il a été soumis.

Parole est donnée à la défense. Comme à son habitude, maître Epstein utilise une technique d’interrogation qui est à la limite du supportable. Il excelle en particulier à reformuler une réponse pour troubler le témoin et lui faire dire le contraire de ce qu’il vient d’affirmer. Parfois, avant même d’avoir écouté la réponse, il s’empresse de poser une autre question. On pourrait parler d’une méthode d’interrogation en rafales. 

Se pose une nouvelle fois le problème de la traduction. Lorsque maître Epstein évoque le lieu “où le témoin et ses collègues sont réunis”, l’interprète traduit en kinyarwanda par “là où vous étiez en réunion”. Evidemment, le témoin va devoir préciser qu’il n’était pas dans une réunion! Le témoin sera mis en difficulté lorsqu’on lui reposera la question de la remise des armes et de leur nombre.

Audition d’Emmanuel Kamango, gardien en 1994 et actuellement mécanicien.

Le témoin va évoquer deux événements auxquels Simbikangwa aurait été mêlé.

Tout d’abord, Simbikangwa serait venu sur la barrière près de l’église presbytérienne à bord d’une Pajero. A l’arrière de la voiture, deux jeunes gens étaient couchés sur le ventre, deux militaires se tenant debout sur eux. Simbikangwa aurait interpellé les militaires de chez monsieur Z (Zigiranyirazo, frère d’Agathe Habyarimana, NDLR): “Voici deux Inyenzi que nous avons attrapés. Ils sont alors repartis sur la route de la BNR. Les militaires ont demandé l’identité de ce monsieur. “C’est Simbikangwa”, lui a-t-on répondu.

Le deuxième événement concerne la mort d’une personne, près de l’ambassade d’Allemagne où travaillait le témoin. Les tirs seraient partis du côté de la voiture où se trouvait Simbikangwa.

Le témoin va alors être malmené pour ses déclarations contradictoires mais il va confirmer que c’est bien Simbikangwa qui aurait tiré de sa voiture. L’avocat général met le témoin en face de ses contradictions, ce qui réjouit la défense. Maître Bourgeot jubile: “L’accusation reconnaît que le témoin a menti! Je me demande pourquoi ce témoin se trouve ici”, conclut l’avocate.

La journée va se terminer par la traditionnelle séance de questions au prévenu. Quelques citations de Simbikangwa: 

     – “Cette histoire (celle de chez Jeannine, ndlr), je l’ai apprise dans cette procédure.”

     – “La crédibilité de l’avocat général est entamée devant la cour. A elle de voir ce qu’elle en pense!”

     – “Ces gens-là (les témoins, ndlr) ont été travaillés, manipulés pour des mensonges extraordinaires.”

     – “Jamais personne ne m’avait dit qu’il y avait eu des morts chez Z. Je l’ai appris quand j’étais dehors.”

     – “Chez moi, c’était un sanctuaire de réfugiés.”

     – “Vous voulez que je voie des morts là où je n’en ai pas vu?”

     – “Les morts anonymes, ça me chagrine, comme les autres morts.”

     – “Est-ce que j’ai dit qu’il n’y a pas eu de morts? Ma mère est morte..” et d’égrener une liste de disparus de sa famille qui n’ont pas eu de sépulture! Aucune allusion aux centaines de milliers de victimes tutsi…

A chaque réponse, Simbikangwa évoque son humanité. Et de terminer par une expression qui va faire sourire. Devant les difficultés qu’il dit éprouver parfois pour s’exprimer:” J’aurais voulu être Rousseau. Non, Chateaubriand. J’aurais pu bien m’exprimer.”

Simbikangwa ne change pas sa ligne de défense, provoquant parfois le sourire de ses défenseurs. On a le sentiment que le prévenu pourrait parfois se passer d’avocat. 

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