
La journée a été essentiellement consacrée à l’interrogatoire sur les faits de monsieur MUHAYIMANA. Madame la présidente a commencé par énumérer les incriminations pour lesquelles Claude MUHAYIMANA est poursuivi. Elle a continué en rappelant la différence entre crime de génocide et crime contre l’humanité, l’accusé étant poursuivi pour « complicité de génocide et complicité de crimes contre l’humanité« .
Interrogé sur l’existence d’un génocide au Rwanda en 1994, l’accusé reconnaît qu’il y a bien eu le génocide des Tutsi, et d’ajouter aussitôt: « Mais je n’ai pas participé au génocide. » Il évoque alors le calendrier de ses activités du 7 au 11 avril, date à laquelle il quitte le Guest House où il s’était réfugié avec sa famille pour rejoindre son domicile. Il signale la présence de nombreux réfugiés au stade Gatwaro vers le 12, ainsi que la tenue de réunions à la Préfecture et au Tribunal. C’est à ce moment qu’il croit bon d’ajouter: « On me considère comme un traitre. » Madame la présidente lui fait remarquer que personne n’a parlé de son arrestation comme « complice » en 1990. (NDR. C’est pourtant ce que l’accusé n’a cessé de faire croire tout au long du procès.)
« Avant mon départ pour RUHENGERI, poursuit-il, je n’ai pas conscience de troubles et de massacres. Il n’y avait pas de morts au centre-ville avant mon départ. » Il n’a pas entendu les appels aux meurtres de la RTLM[1]. Il n’écoutait que Radio Rwanda et Radio Muhabura, la radio du FPR[2]. Quant au témoignage de son ex-épouse qui ne le ménage pas[3], il va répéter à plusieurs reprises: « Je ne sais pas ce qu’il y a dans sa tête. » Madame la présidente lui signale qu’elle n’a jamais été entendue par le CPCR ni par le Parquet rwandais: « Elle n’est pas à l’origine de l’affaire, pourquoi mentirait-elle? » Et l’accusé d’ajouter: « À KIBUYE, on était une famille exemplaire! »
Après ces considérations qui se voulaient générales, madame la présidente propose une méthode de travail pour conduire l’interrogatoire. Elle compte aborder les faits de la façon suivante:
– l’attaque de NYAMISHABA: en appel, trois témoins disent l’avoir vu à l’école de NYAMISHABA.
– la mort du gendarme MWAFRIKA. « C’était un ordre. Je savais que le chauffeur de l’hôpital avait été tué pour avoir refusé de conduire un véhicule. Je ne connais rien sur le droit (sic), je ne connais que le Bien et le Mal ».
– Sa maladie: l’accusé a toujours dit qu’il avait eu la malaria pendant toute la durée du génocide.
– Les personnes que l’accusé a aidées, essentiellement celles de la famille de son ex-épouse.
– La conduite des Interahamwe[4] sur les collines de KARONGI, GITWA et BISESERO, qu’il a toujours niée aussi.
– Son engagement auprès des militaires français de l’Opération Turquoise et les prétendues sévices que l’accusé aurait subis pour avoir refusé de signer une lettre de condamnation des soldats français: il dit avoir été « menacé, torturé pour avoir collaboré avec les Français. » Ce que le général SARTRE dément[5].
– Les attaques des Interahamwe à son domicile, à deux reprises.
– La notion de contrainte. (NDR. Difficilement compatible avec le fait qu’il nie toute participation au génocide.)
– Les pressions qui auraient été exercées sur les témoins.
Tous ces thèmes ont été abordés pendant les trois semaines précédentes. Madame la présidente veut savoir ce que peut en dire l’accusé. Cet interrogatoire se poursuivra le lendemain.
Commentaires. Monsieur MUHAYIMANA conteste tous les faits qui pourraient l’amener à reconnaître une responsabilité dans le génocide des Tutsi. Il n’était pas là lorsque les massacres de l’église, du Home Saint-Jean et du stade Gatwaro ont été perpétrés. Le reste du temps, il était malade. Circulez, il n’y a rien à voir.
Jade KOTTO EKAMBI
Alain GAUTHIER, président du CPCR
Jacques BIGOT pour les notes et la relecture
- RTLM : Radio Télévision Libre des Mille Collines – cf. Focus : LES MÉDIAS DE LA HAINE[↑]
- FPR : Front Patriotique Rwandais[↑]
- voir l’audition de Médiatrice MUSENGEYEZU, ex-épouse de Claude MUHAYIMANA, 17 février 2026.[↑]
- Interahamwe : « Ceux qui combattent ensemble » ou « qui s’entendent », mouvement de jeunesse et milice recevant une formation militaire, créé en 1992 par le MRND, le parti du président HABYARIMANA, désignation souvent étendue aux milices d’autres partis. Voir FOCUS – Les Interahamwe.[↑]
- voir l’audition de Patrice SARTRE, militaire de l’Opération Turquoise, le 11 février 2026.[↑]
CPCR – Collectif des parties civiles pour le Rwanda Pour que justice soit faite
