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Procès Simbikangwa: 13 février 2014 (suite)

Audition de madame Françoise Sironi, expert psychologue.

Madame Sironi a rencontré Pascal Simbikangwa à quatre reprises, les 1/8/22 avril 2010 et le 19 mai de la même année. Le témoin expose la méthode qu’elle a utilisée, “méthodologie clinique”, qui sera farouchement contestée par les avocats de la défense.

Plusieurs éléments entrent en jeu dans la personnalité de Simbikangwa:

     – son métissage culturel hutu/tutsi mal assumé: désamour pour un père “fainéant”, violent,qui a abandonné sa femme et amour d’une mère jolie et courageuse. Dans ce métissage culturel, on distingue plusieurs étapes: choix d’un côté et rejet radical de l’autre (amour de sa mère Tutsi/haine pour son père Hutu), puis identification à celui qui a été dénigré (père hutu), parfois accès à la diversité des deux (métissage bien vécu), ce qui peut donner des créateurs, pour le meilleur et pour le pire.

     – mort de sa petite sœur Uwera alors qu’il avait 9 ans, décédée dans ses bras alors qu’il se trouvait seul avec elle: incrédulité, déni.

     – une bonne scolarité: bon en français et en mathématiques. A 8 ans, il apprend par cœur un dictionnaire français, fascination de la culture des Blancs, fascination de la tenue militaire.

     – admiration sans borne pour Habyarimana. Il est très élogieux pour Agathe Kanziga, l’épouse du président, “une sainte”. Le jour de la mort du président, il dit n’être pas sorti de chez lui pendant plusieurs jours!

     – sa carrière militaire: ” Je m’étais marié avec l’armée”

     – sa vie affective: il ne voulait pas se marier. Ce qu’il fait cependant à 28 ans. Il a une fille de 27 ans aux USA.

     – son accident de 1986:” J’ai vu la mort en face”. C’est le “temps zéro de son existence”. Conscient qu’il ne pourrait plus remarcher, il se surinvestit dans la politique, découvre l’écriture, exprime sa déception:” Je serais devenu général”.

     – profondément marqué par son séjour en prison à Mayotte où il dit avoir été “animalisé”!

     – peur permanente du FPR, mais peur généralisée aux Tutsi, les ennemis (il a dit être 25% Hutu et 75% Tutsi!).

     -aversion proclamée pour le mensonge. Il ne supporte ni le mensonge ni les menteurs! (accusation en miroir?)

     – ambivalence dans sa lecture du génocide des Tutsi: “catastrophe”. “génocide, oui, mais des deux côtés”.

Le témoin termine en disant que Simbikangwa n’a aucune pathologie, aucun trouble mental. Il a un “désordre type: ensemble des troubles psychiques propres aux types de société qui les organise”. Simbikangwa a un fort sentiment de persécution, se dit victime d’une injustice. Il utilise le déni comme moyen de défense, éprouve une rage narcissique. En résumé, “les fonctions psychiques de Simbikangwa sont organisées autour du déni”.

Va suivre une joute verbale animée avec les avocats de la défense, surtout maître Epstein, qui contestent la validité scientifique de cette expertise. Quelques idées fortes de cet échange:

     – “Ce ne sont pas les Tutsi qui ont abattu l’avion, ce sont les Hutu. Je le sais, j’étais bien placé pour le savoir, j’étais analyste au service de renseignements”. Propos tenus par Simbikangwa lors de l’expertise. Ce dernier tentera d’en faire une explicaton de texte peu convaincante.

     – monsieur Simbikangwa est toujours dans le déni et la désempathie. il tient un discours victimaire. Ce qui le conduit à un étonnement: “Je suis victime et je suis accusé!”

L’avocat va contester la bibliographie sélective utilisée par l’experte:” Pourquoi Colette Braeckman… et pas Reyntjens ou Péan?”

La journée se terminera par la projection du documentaire “Tuez-les tous” ainsi que d’un petit film “Confronting Evil”.

Demain, parole sera donnée à deux nouveaux experts psychologue et psychiatre, ainsi qu’à Eric Gilet, avocat des parties civiles en Belgique dans plusieurs procès de génocidaires.

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