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Procès Simbikangwa: 14 février 2014

Audition de Bertrand Phesans, psychologue clinicien.

En ce dernier jour de la seconde semaine, est entendu un nouvel expert, monsieur Bertrand Phesans, consulté à la demande de la défense de monsieur Simbikangwa, mécontent de celle de madame Sironi qui a été auditionnée la veille. Cette contre-expertise psychologique n’a pas changé fondamentalement les conclusions de la première: efficience intellectuelle normale, , aucune névrose constituée, position défensive à la limite de l’incohérence, tendance affabulatrice. Autant de traits qui apparaissent à l’occasion de ce procès. Monsieur Simbikangwa banalise les conséquences de son accident de 1986. Il se définit avec un caractère aigri, éprouvant un sentiment d’injustice, d’où une agressivité envers les autres. Monsieur Simbikangwa a grandi dans une constante culture de la haine des Tutsi. Comme il a choisi la position du président, tout s’écroule à sa mort. Pendant le génocide, il dit n’avoir rien fait, être resté dans son bureau. Le génocide? Une réaction spontanée de la population. S’il a été arrêté, ce sont les Français qui lui en veulent, avec l’aide du FPR.

A l’occasion de la séance de questions, l’expert insiste sur le fait que Pascal Simbikangwa nie la réalité des choses. Ce qui le tient à l’époque, c’est le soutien de la présidence. Sa capacité d’affabulation est surtout faite pour se tromper lui-même et non les autres. La haine des Tutsi est normale pour lui, il fait ce que lui demandait le président. Tuer des Tutsi, c’était banal pour lui.. Il ne reconnaît aucun massacre avant avril 1994.  » Je ne mens pas. Je n’ai rien à cacher car je n’ai rien fait. » En fait, cette contre-expertise ne contredit en rien la précédente. Et pourtant, après avoir rencontré l’expert, Pascal Simbikangwa avait adressé une lettre au juge d’instruction pour le remercier:  » Voilà le psychologue dont je salue l’impartialité. » Comprend qui pourra.

Audition de maître Eric Gillet, avocat au barreau de Bruxelles.

Maître Gillet connaît bien le Rwanda pour y avoir fait des enquêtes. Suite au massacre des Bagogwe, peuplade tutsi qui vit au milieu de ses troupeaux dans la préfecture de Gisenyi, Eric Gillet décide de mener une enquête internationale. Un rapport est publié en mars 1993 dans lequel on parle de » l’akazu », une nébuleuse de gens qui ont confisqué le pouvoir, les ressources, les banques. Les membres de cette « organisation » appartenaient pour la plupart au cercle de la famille présidentielle auquel s’agrégeaient des militaires. En 1993, les membres de la commission ont entendu parler entre autres de Pascal Simbikangwa comme étant associé aux escadrons de la mort. Il serait connu pour avoir torturé des journalistes. Simbikangwa avait remis un dossier aux enquêteurs juste avant leur départ: mais, après lecture, il avait été jugé peu crédible. Ce document dénonçait les crimes commis par le FPR dans tout le pays (alors qu’il n’était présent que dans le Nord du pays). Alison Desforges, membre de cette commission, mentionnera, lors d’une intervention à Genève,  le nom de Pascal Simbikangwa comme faisant partie des gens capables d’arrêter le génocide. D’autre part, beaucoup d’ouvrages citent le nom de Pascal Simbikangwa. On peut lire dans l’un d’entre eux que le plan de tuer monsieur Gatabazi, président du PSD, aurait été ourdi dans la maison de Simbikangwa. Cet assassinat aura lieu le 21 février 1994. A la question de savoir si les associations des droits de l’homme au Rwanda, dont celle de monsieur Gasana Ndoba, étaient manipulées par le FPR (affirmations de la défense), monsieur Gillet répond par la négative. Ce dernier précise que Pascal Simbikangwa était « l’interface entre les miliciens et l’armée ».

Viendra ensuite le dérapage de maître Bourgeot pour la défense. Voir communiqué précédent.

Audition de monsieur Frantz Prosper, expert psychiatre.

Ce nouvel expert va souligner que les rencontres avec Pascal Simbikangwa se sont déroulées dans une « parfaite courtoisie », ce dernier gardant constamment la maîtrise des choses. Simbikangwa était soucieux de s’expliquer, de convaincre, tenait des propos clairs, posés, argumentés.. Aucun indice de déficit mental. S’il est triste de sa situation, il ne présente aucun trouble qui ait une incidence sur sa connaissance des faits. Lors des entretiens, Pascal Simbikangwa rend hommage à ses parents (Hutsi comme on a l’habitude de le dire), mais il se sent Hutu. Eduqué dans la foi catholique, il dit avoir vécu selon les valeurs de cette croyance. « Je suis Hutu, je ne pouvais pas tuer des Hutu. Ma mère est Tutsi je ne pouvais pas tuer des Tutsi. Ma religion m’interdit de tuer »! Simbikangwa aurait-il pu agir sous l’influence d’un trouble? Non. Il récuse toute implication dans le génocide. L’expert le définit comme un « petit bourreau volontaire ».

Simbikangwa a argument à tout, répond sur tout.  » Il a sauvé des Tutsi. Il sait de quoi il les sauve », ajoute l’expert. Simbikangwa prétend n’être revenu à Kigali que pour ravitailler les gens cachés chez lui. On l’accuse pourtant du contraire! Après avoir souligné l’attachement fort que manifeste le poursuivi à l’égard du président Habyarimana, monsieur Prosper ajoutera:  » Chez Simbikangwa, aucune naïveté sur ce qui se déroulait. Il a une bonne compréhension de ce  qui se passe. S’il a participé au génocide, il l’a fait en connaissance de cause. S’il est jugé coupable, il sera responsable ».

Une série de questions sera ensuite posée au prévenu. Quelques-unes de ses déclarations:

     –  » J’avais apprécié la conclusion de monsieur Phesant, mais je n’avais pas tout lu. »

     – « Avec la mort du président, j’ai eu un choc psychologique important. Je perdais un homme que j’aimais; c’était un fédérateur. »

     – « Gillet a insulté Habyarimana alors qu’il a reçu beaucoup de récompenses. »

     – « Habyarimana faisait l’unité nationale. Je pensais qu’il pouvait travailler avec Kagame. Les accords d’Arusha n’étaient pas assez favorables au FPR. Il ne pouvait que continuer la guerre. »

     –  » Le massacre des Bagogwe? Il n’y a eu que deux morts, un Hutu et un Tutsi qui s’étaient battus. Et onze au Bugesera. Ce sont les faits qui ont été portés à la connaissance des services de renseignements. »

     - »Tout le texte d’Alison, dans « Aucun témoin ne doit survivre« , est faux.

La journée se terminera par la projection  du film « D’Arusha à Arusha ».

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