En raison de la fin très tardive des dernières auditions, les publications suivantes sont retardées. Merci de votre compréhension.
- Audition de James MAKUZA, témoin cité par le Parquet.
- Audition de Benoît USABYUMUREMYI, témoin cité par la défense.
- Audition d’Emmanuel TWAYIGIRA, témoin cité par le Parquet.
- Audition d’Albertine MUKAKAMANZI, témoin citée par le CPCR.
- Audition d’Elieri NSENGIYUMVA, témoin cité par le Parquet.
Audition de monsieur James MAKUZA, témoin cité par le Parquet. En visioconférence depuis Kigali.
Invité par madame la présidente à faire sa déposition spontanée, le témoin commence par dire qu’il a mal à la tête. Et d’ajouter: « Je me sens comme un fou. » Il finit par accepter de parler mais se contente de déclarer que Claude MUHAYIMANA était son voisin. Madame la présidente lui rappelle qu’il a été entendu deux fois par un juge français: il ne souvient pas.
Condamné à 8 ans de détention par une Gacaca[1], il a bénéficié d’une grâce présidentielle. Et d’ajouter: « Je suis devenu comme un enfant. Je ne me souviens de rien. » Madame la présidente essaie de le faire parler de la mort du gendarme MWAFRIKA, mais là encore, il ne se souvient pas. Pas davantage du transport du corps à RUHENGERI alors qu’il était du voyage. Madame la présidente propose de lire son audition, il pourra dire alors ce dont il se souvient.
« J’étais passager alors que j’avais un permis de conduire » finit-il par dire. Concernant la durée du voyage, il pense qu’il sont revenus le lendemain. Quant à la voiture, il ne se souvient pas non plus.
Le témoin finit par s’endormir (NDR. Ou fait-il semblant) ce qui provoque des sourires du côté des jurés et de la salle. Madame la présidente continue sa lecture puis celle de la confrontation du témoin avec l’accusé en février 2016 mais elle se rend compte qu’on ne pourra rien retirer de cette audience. Elle choisit d’y mettre fin avec l’accord de l’ensemble des parties.
Audition de monsieur Benoît USABYUMUREMYI, témoin cité par la défense. Entendu en visioconférence de Kigali sur pouvoir discrétionnaire de la présidente. Il est détenu à la prison de Mpanga, à Nyanza. Il était enseignant avant le génocide.
Déposition spontanée. « Je connais très bien Claude MUHAYIMANA. Nous avons grandi ensemble et fréquentions deux écoles voisines. Il parlait peu, il aimait la paix. Pour 1994, j’ai plaidé coupable.
À KARONGI, il y a eu quatre grandes attaques au cours desquelles différents véhicules ont été utilisés.
La première a eu lieu le 12 avril. J’étais avec le comptable de la commune GITESI. Le bourgmestre a envoyé chercher des jeunes à la station Petrorwanda. Il nous a envoyés à RYARUREKERA. Equipés d’armes traditionnelles, nous avons combattu contre les Tutsi: on les a anéantis.. Le bourgmestre est venu avec des militaires (des gendarmes) et ont tué un enfant qu’il accusaient d’être un Inkotanyi[2]. Les gendarmes nous ont demandé de partir: nous avons incendié des maisons. »
« La seconde s’est déroulée le 13 avril. Est arrivé un véhicule conduit par Emmanuel TWAYIGIRA. On nous a demandé d’aller tuer à KIMANGA. Nous sommes montés dans le véhicule. Nous avons rejoint les gendarmes et nous sommes partis attaquer. Nous avons tué beaucoup de Tutsi. Au retour, il y avait des chèvres dans la voiture. »
« La troisième attaque a eu lieu le 15 avril avec l’aide des gendarmes. Nous sommes partis avec un chauffeur du nom de Jean-Bosco BIGIRIMANA dans une voiture qui appartenait à BONGO BONGO. Les Tutsi, rassemblés sur la colline de GITWA, sont venus à notre rencontre pour se battre. Ils nous ont lancé des pierres, les gendarmes ont répliqué par des tirs d’armes à feu. Les Tutsi étaient forts et nous ont imposé un combat corps à corps. L’un d’eux a jeté une grenade sur le gendarme MWAFRIKA. Nous nous sommes enfuis: c’était la panique du côté des Hutu. Le même jour, une voiture conduite par Claude MUHAYIMANA est venue récupérer le corps avec des gendarmes. Je suis monté à bord. Les Tutsi avaient récupéré une arme à feu lors des combats du matin. Nous avons laissé les véhicules près des bars et les gendarmes m’ont obligé de passer devant eux pour voir si le terrain était sûr. Nous avons pu récupérer le corps. Les Tutsi se préparaient à nous attaquer mais ils avaient peur des armes lourdes que nous avions. »
La quatrième attaque, celle du 26 avril, ne concernait pas Claude MUHAYIMANA. Le témoin évoque toutefois les nombreux véhicules qui y ont participé: celui de BONGO BONGO conduit par BIGIRIMANA alias MAYAYI, des mini-bus scolaires de l’école de NYAMISHABA, une Mazda conduite par JACKSON, ainsi qu’un camion de NYAMISHABA conduit par Jacques NIYONZIMA.
Madame la présidente s’étonne: qui lui a demandé de témoigner alors qu’il n’a jamais été entendu dans la procédure?
Maître GHILACI, pour la défense, évoque le fait que deux témoins ont avoué avoir fait un faux témoignage. « Eliezer MUGEMANGANGO a reconnu avoir fomenté un complot contre Claude MUHAYIMANA. Existe-t-il des complots en prison pour dénoncer des personnes? » Le témoin répond que chacun fait comme il peut.
Au tour de maître LATRAME qui tente de justifier ce choix de témoin. « Nous sommes neufs (nouveaux) dans le dossier, c’est normal qu’on trouve des témoins qui n’ont jamais été interrogés ». Et de questionner le témoin: « Vous voyez le camion qui s’est garé pour éviter les pierres? » Ce dernier répond que le matin Claude n’était pas là et que l’après-midi le but était bien de récupérer le corps du gendarme. Il a entendu dire que c’est Emmanuel TWAYIGIRA qui a tué trois personnes (cf. la voiture qui a ramené des chèvres).
NDR. A l’issue de cette audience, une question s’impose. D’où sort ce témoin qui n’a jamais été entendu lors de l’instruction? Comment et par qui a-t-il été contacté alors qu’il est en prison? Un témoin qui sort de nulle part et qui parle très peu de l’accusé!
Audition de monsieur Emmanuel TWAYIGIRA, témoin cité par le Parquet.
Le prochain témoin cité par le ministère public, Emmanuel TWAYIGIRA, se présente à la barre. Il est assisté d’un interprète. Il est demandé au témoin de décliner son identité (TWAYIGIRA Emmanuel), sa date et lieu de naissance (1er janvier 1965 – 61 ans), sa profession (couturier) et son domicile (district de KARONGI). Il explique n’avoir aucun lien de famille avec l’accusé, (précisant qu’un neveu à lui a épousé la nièce de Claude MUHAYIMANA), ni de lien de subordination de travail. Il n’a pas non plus de liens avec les parties civiles. Le témoin prête serment.
Le témoin déclare : “Pour ce qui concerne Claude MUHAYIMANA, quand j’ai avoué les faits qui m’étaient reprochés, j’ai expliqué qu’il m’a transporté à bord d’un véhicule. Le véhicule en question prenait la route de KIBUYE en direction de GITWA, où les gens s’étaient réfugiés. C’est tout ce que j’ai à dire”.
La parole est à la présidente. Elle indique d’abord que le témoin a été entendu par le juge d’instruction en juin 2015. Il y est mentionné que le témoin a également été entendu dans le cadre du dossier du docteur Charles TWAGIRA en janvier 2015. Il a ensuite été entendu une seconde fois par le juge d’instruction. Sur questions de la présidente, TWAYIGIRA Emmanuel explique avoir été condamné à une peine de 7 ans d’emprisonnement. La présidente indique cependant qu’il avait déclaré avoir été condamné à 25 ans et n’avoir réalisé que 8 ans avant de réaliser des travaux d’intérêts généraux. Il explique: “Je ne me souviens pas bien. Je sais que j’ai comparu et que j’ai été jugé par deux juridictions”. Il précise avoir été incarcéré en 1997 et être sorti en 2004. Il explique que les travaux d’intérêts généraux étaient dévolus à la reconstruction des maisons, au relogement des Tutsi qui n’avaient plus de toit et à la construction des routes. Il explique avoir obtenu une réduction de peine en raison de la reconnaissance des faits qui lui étaient reprochés. Le témoin explique ensuite avoir été gendarme de 1984 à 1989, et avoir quitté la gendarmerie en raison de l’arrestation d’une personne qui possédait de la cocaïne, et qui l’aurait accusé d’être le détenteur initial de ces produits. Il explique avoir fait un an de prison pour ces faits. Il a travaillé par la suite comme agent de sécurité au commissariat puis s’être reconverti en vendeur de vêtement, métier qu’il exerçait en 1994.
Sur ses liens avec Claude MUHAYIMANA, il explique: “C’est un voisin. De chez moi à chez lui, il y a une distance de 10 minutes à pied. Quand nous étions enfants, nous fréquentions le même établissement scolaire. Nous jouions ensemble au football dans le bureau communal”. Sur le comportement de l’accusé durant le génocide il explique: “Moi je l’ai vu conduire un véhicule. Nous nous rendions à GITWA, là où a été tué une maman et ses deux enfants. ce n’est pas lui qui l’a tué, c’est moi-même qui l’ai tué”. Il explique ne pas se souvenir de la date mais place cette attaque après le décès du gendarme MWAFRIKA. La présidente lui indique que pour d’autres témoins, cela se passe avant. Il confirme que ce fait s’est déroulé après: “Ce MWAFRIKA est mort à l’occasion de la première attaque à laquelle les gendarmes ont participé. Il a lancé une grenade, il fut le premier à en lancer une à KARONGI. La grenade n’a pas explosé, ils ont ramassé la grenade, l’ont relancé contre lui et c’est cette grenade qui l’a tué. C’est après qu’on a descendu son corps. Personnellement je n’ai pas été sur place. Comme c’est quelqu’un qui habitait là-bas, lui et moi avons vécu ensemble dans la gendarmerie donc j’ai eu des informations”.
Sur la mort de madame NYRAMAGUNDO il explique “nous sommes allés là-bas pour tuer les gens”. Il ajoute : “Nous nous rendions à GITWA, mais lorsque nous sommes arrivés là où étaient ces personnes, nous n’étions pas encore arrivés à destination. À côté d’un certain NYAKAHIRO, c’est là qu’on a trouvé ces personnes en contre-haut de la route”. Il précise : “On était dans une Daihatsu appartenant à Jean-Bosco BONGO BONGO . On est partis de la station-service appelée Petrorwanda. C’est Claude MUHAYIMANA qui conduisait. Dans le véhicule, il y avait un policier qui s’appelait Claude, le conseiller NAMBAJIMANA, François, SAFARI qui avait un débit de boisson dans la ville de KIBUYE. Je ne me souviens pas des autres”. Sur les circonstances du départ, il explique: “À l’époque des faits, il n’y avait qu’un seul objectif. Il s’agissait d’aller lancer des attaques dans les endroits où se trouvaient les Tutsi et les tuer. On devait aussi piller, notamment des vaches et des chèvres”. Sur le véhicule, il confirme qu’il s’agissait du véhicule Daihatsu de BONGO BONGO.
La présidente indique que le témoin fait des déclarations différentes devant le juge d’instruction sur le véhicule. Il avoue qu’à l’époque, il souhaitait “cacher le fait d’avoir tué des êtres humains parce que ce n’était pas une bonne chose. Mais les gens présents m’ont mis en cause. Ils m’ont accusé devant les membres de la population. Et lorsqu’on m’a demandé de témoigner, ils m’ont demandé de prêter serment de dire la vérité. Étant donné que lors de la juridiction Gacaca on a confirmé que j’étais présent et que Claude était là, c’est dans ce contexte que j’ai dit la vérité devant cette cour : ce véhicule était de marque Daihatsu”. La présidente fait remarquer que ses déclarations devant le juge d’instruction datent de 2015, soit bien après sa Gacaca. Le témoin confirme qu’il s’agit d’un Daihatsu “je confirme parce que quand on est rentrés, on s’est arrêté dans un bar-restaurant qui appartenait à SAFARI. C’était le bar ”La Nature ». En buvant, je suis devenu ivre. Et quand je suis devenu ivre, je suis allé conduire le Daihatsu. Et comme j’étais ivre, j’ai failli le renverser dans un talus. Les gens qui étaient à bord ont commencé à crier, et je me suis arrêté au bord de la route. C’est pour cela que je vous dis que je suis sûr que c’était le Daihatsu”.
Sur la mort des trois personnes, à savoir une “femme âgée, une femme plus jeune et un enfant”, il explique “il s’agissait d’une maman avec ses deux enfants. Je pense qu’elle s’appelle Agnès MUKAKARERA mais je ne suis pas sûr”. La présidente lui indique qu’il s’agirait de madame NYIRAMAGONDO, mais il répond qu’il ne la connaissait pas. Il explique ensuite : “Je ne suis pas en mesure de vous dire s’il s’agissait d’une personne âgée. Je sais qu’une femme a été tuée dont deux enfants dont je ne connais pas le sexe. Nous parlons des mêmes personnes et je confirme qu’elle a été tuée à cet endroit, en direction de GITWA. Ces personnes se trouvaient en contre-haut de la route et elles étaient en train de courir pour se cacher dans les buissons. Ce n’est pas moi qui ai demandé au chauffeur d’arrêter le véhicule car dans la cabine se trouvaient d’autres gens. La voiture s’est arrêtée, j’étais à l’arrière. Je suis descendu pour aller les chercher. On les a fait descendre, on les a mis sur la route, on les a tués là-bas et on les a laissés sur place. Ils ne sont jamais montés dans la voiture”. La présidente indique que d’autres témoins ont déclaré qu’ils sont montés dans la voiture. Par ailleurs, devant le juge d’instruction, le témoin avait déclaré les avoir fait monter dans la camionnette et les avoir tués plus loin. Le témoin répond “il ne les a jamais fait monter dans le véhicule. Je les ai tués sur place et on les a laissés là-bas”.
La présidente insiste : il s’agit des précédentes déclarations du témoin devant le juge d’instruction. Le témoin explique: “Ces faits ont eu lieu il y a très longtemps mais je confirme que Claude n’a jamais transporté ces 3 personnes à bord de son véhicule. Je les ai fait descendre de l’endroit où ils se trouvaient et je les ai tuées”. À la question de savoir comment il les a tués, il explique avoir utilisé un gourdin. La présidente lui fait remarquer que des témoins ont évoqué une machette. Il explique n’avoir “jamais découpé quelqu’un avec une machette. D’ailleurs j’avais la possibilité d’utiliser ou de demander un fusil pendant la guerre. J’avais même sur moi des grenades, donc je ne pouvais pas transporter en plus une machette”. Il poursuit : “Puisque le véhicule s’est arrêté, je pense que c’est le conseiller qui a demandé l’arrêt du véhicule. Ce sont eux qui m’ont demandé de descendre et de les ramener. Cela n’a pas pris beaucoup de temps, moins de 10 minutes. D’ailleurs ils avaient peur et ne pouvaient pas courir. J’ai chargé les chèvres dans le camion, on les a ramenés à l’hôtel et j’en ai gardé une”.
La présidente indique ensuite que des témoins ont déclaré que Emmanuel TWAYIGIRA aurait voulu faire une démonstration et un exemple avec ces personnes. Le témoin explique: “C’est le conseiller qui dirigeait le véhicule. C’est lui qui a donné l’ordre de tuer ces gens. Quand les gens sont arrivés à côté du véhicule, il est également descendu, et a donné l’ordre de les tuer”. Il ajoute : “Eux, ils les ont vu avant dans la cabine. Ils les ont vu qui se trouvaient en contre haut de la route, ils ont arrêté le véhicule et m’ont ordonné de descendre”. Il poursuit : “Nous ne sommes pas allés jusqu’en haut de KARONGI. Ensuite on est redescendus. On partait pour aller attaquer. Les autres étaient arrivés avant, ils provenaient de beaucoup de secteurs et de cellules. Il y avait de nombreuses personnes d’ailleurs, il n’y avait pas que ce véhicule-là. Tout le monde savait que les Tutsi s’étaient réfugiés à cet endroit et on savait que c’était là qu’habitaient de nombreux Tutsi. Beaucoup de gens étaient allés à pied, d’autres par des véhicules qui les déposaient tout près et repartaient vers la ville. Nous, nous sommes repartis vers la ville parce que nous avions des chèvres. Je suis rentré, eux aussi et le véhicule est resté avec son propriétaire”.
Sur la mort de MWAFRIKA, le témoin indique ne pas avoir été présent sur les lieux et ne pas savoir si l’accusé a conduit des personnes sur les lieux. Puis il déclare : “MWAFRIKA est mort entre les dates du 14 ou du 15. Ils ont ramené MWAFRIKA chez lui, avec un véhicule mais je ne sais pas lequel. Mais les informations que j’ai, c’est qu’ils l’ont déposé là-bas, ils sont revenus, ont passé la nuit au camp KAMIRA. Je l‘ai su en Gacaca et ils ont dit que pendant voyage ils avaient passé une nuit”.
Sur l’accusé, le témoin explique ensuite: “Vu que pendant la guerre je me trouvais dans la ville de KIBUYE, je n’ai pas vu MUHAYIMANA une seule fois. Mais il m’a transporté une fois seulement”. Sur questions il explique avoir vu Claude MUHAYIMANA “car c’est lui qui avait un droit sur ce véhicule. Parce que les gens qui ont conduit les véhicules dans cette ville sont au nombre de trois ainsi qu’un autre qui conduisait un camion. Et les attaques n’ont pas eu lieu sur un seul jour. Il y a eu des attaques à NYAMISHABA, GITWA, et je peux dire que lui-même, il ne peut pas nier. Seulement je ne sais pas comment il a eu le véhicule. Si c’est lui qui l’a pillé ou d’autres forces, je ne sais pas”. Il explique ensuite que pour les chauffeurs : “Il y en a un qui conduisait le Hilux de la commune, il s’appelait Jackson, ou alors c’était KINONI qui le conduisait. Il y avait un camion du MINITRAPE[3] qui était conduit par Védaste SENGORE. Il y avait aussi MUHAYIMANA.” Sur MAYAHI, il déclare : “Oui, je le connais également, je l’avais oublié”. Il ajoute: “Les chauffeurs tournaient parce qu’aucun d’eux ne possédait son propre véhicule et ils n’étaient pas payés. Donc c’est le premier qui venait qui le prenait”. À la question de savoir si le témoin a vu Claude MUHAYIMANA au volant d’un véhicule avec des attaquants à l’intérieur, il répond: “Oui, je l’ai vu. Je l’ai vu plusieurs fois. D’ailleurs tous les véhicules partaient de la station Petrorwanda et c’est là que nous nous retrouvions. D’ailleurs, on se retrouvaient aussi là-bas pour piller et je l’ai vu plusieurs fois. Il avait souvent la Daihatsu”. À la question de savoir si le témoin a vu l’accusé charger des attaquants à la station, il explique: “Il n’a pas porté les gens pour monter. Quand les gens voyaient le véhicule qui était là, les gens montaient juste dans le véhicule et après il partait. Ce n’est pas lui qui disait où il allait. Le carburant était gratuit et personne ne partait sans un chef à sa tête”. Il ajoute: “En 1994, pour quelqu’un de l’ethnie Hutu, le travail c’était d’aller tuer. Et d’ailleurs, de ramener du gibier, c’est-à-dire les biens qu’ils pillaient. Toutes les personnes qui se retrouvaient à la station, que ce soient des paysans ou des voyous, tous grimpaient pour aller chercher les biens. Ce qui veut dire que tous ceux qui montaient dans le véhicule ce n’étaient pas des passagers, c’étaient des assassins”. Il explique enfin qu’il a vu l’accusé à environ trois reprises avec des Interahamwe[4] dans le véhicule.
La présidente indique que dans le dossier de Charles TWAGIRA, le témoin avait mentionné l’accusé. Il est donné lecture d’un extrait, selon lequel le témoin a déclaré que Claude MUHAYIMANA avait conduit des bières dans les bars sur ordre du sous-préfet, et ce au volant d’un Daihatsu. Il explique que “les bières étaient apportées parfois par la Daihatsu. Le véhicule déposait des bières dans le bar et les tueurs les buvaient”. Sur une éventuelle contrainte, le témoin explique: “À mon avis, il n’avait pas d’autres choix. Car un chauffeur qui habitait là-bas était connu. Et c’est eux qui devaient transporter les gens”. À la question à savoir ce qui se serait passé s’il avait refusé, il explique “je ne sais pas. Moi personne ne m’a forcé à y aller, chacun a donc une raison qui l’a poussé à y aller. Je ne pourrais donc pas dire qu’il y est allé pour telle ou telle raison. Moi j’y suis allé dicté par ma propre conscience”.
La présidente indique que Eliezer MUGEMANGANGO a été entendu la veille[5], et que celui-ci accuse le témoin d’avoir passé un marché afin qu’il témoigne en défaveur de l’accusé. Il répond: “Il s’agit là d’un mensonge, puisque je vous ai dit que moi-même que je n’avais jamais avoué ce crime dans le village d’où je suis originaire. Mais comme eux habitent un autre village, ils se sont réunis, ont parlé de moi, ils m’ont convoqué pour que je donne mon témoignage. MUGEMANGANGO n’était pas une de mes connaissances dans la vie. En plus, il savait que je sortais de prison et que je ne pouvais pas avoir un endroit compte tenu de mon âge. Je n’ai pas d’argent et l’argent que je gagne c’est pour prendre en charge les besoins des enfants. Qui plus est, je ne pouvais pas donner de l’argent contre Claude puisqu’aucun différend ne m’oppose à lui. Nous n’avons pas de conflit foncier ou rien qui aurait pu me pousser à donner de l’argent pour qu’il soit arrêté. Quel intérêt aurais-je eu de l’envoyer en prison?”
La présidente explique la position d’Eliezer MUGEMANGANGO. Il répond: “C’est la première fois que j’entends que MUHAYIMANA est Tutsi. Son père, je ne le connaissais même pas. C’est seulement sa mère que je connais et c’est la première fois devant Dieu que j’entends qu’il est Tutsi”. À la question de savoir si le témoin a rencontré MUGEMANGANGO au parquet de KIBUYE, il répond par la négative.
Pas de questions des jurés. La parole est aux avocats des parties civiles. Sur le meurtre de madame NYIRAMAGONDO, il explique que celle-ci ne cherchait pas à s’enfuir “car elle n’avait plus de force et elle n’avait pas le choix. C’était des personnes qui ne voulaient pas abandonner leurs chèvres. Les gens autour criaient “La voici à côté de toi!”. Le témoin n’est pas en mesure de se rappeler qui il a tué en premier. À la question de savoir à combien de mètres se trouvait l’accusé, il répond environ 8. Le témoin souhaite dire à la nièce de la défunte, présente dans la salle: “Je lui demande pardon. Je demande également pardon à Dieu et je demande pardon à tous les Rwandais et à tous ceux qui sont en train de m’écouter. Ce qui s’est produit au Rwanda est triste. Je vous demande donc de ne pas m‘en tenir rigueur, ce sont des gens que je ne connaissais pas et ça s’est produit tout simplement. Je lui demande de m’accorder le pardon et que le bon Dieu continue à l’aider”. Il ajoute: “Je ne l’aurais pas tuée si on ne nous avait pas emmenés dans ce véhicule”.
La parole est à l’avocate générale. Sur le bénéfice de la grâce présidentielle, il explique qu’il s’agit d’une mesure générale pour ceux qui ont reconnu les faits. À la suite de la lecture d’un extrait de la confrontation entre le témoin et l’accusé, il confirme ne pas avoir menti à propos de Claude MUHAYIMANA. Sur madame NYIRAMAGONDO et ceux avec elle, l’avocate générale souligne que les témoins parlaient d’eux comme “des prisonniers”. L’un d’eux a par ailleurs parlé du fait qu’ils “étaient ligotés avec une corde rouge”. Le témoin reste sur ses positions, en expliquant que ces personnes n’ont jamais été chargés à bord du véhicule, ni ligotés: “Pourquoi la faire monter alors qu’elle n’avait plus de force, elle était faible, elle ne pouvait pas courir plus que les gens qui étaient là”.
La parole est aux avocats de la défense. Il est demandé au témoin son sentiment sur la peine prononcée à l’égard de l’accusé, à savoir 14 ans de réclusion criminelle pour complicité de génocide, alors que le témoin “a tué de ses mains et n’a purgé que 8 ans”. Le témoin répond: ”Je n’ai rien à dire sur la décision concernant Claude”. Le témoin confirme de nouveau ne pas avoir rencontré Eliezer MUGEMANGANGO au parquet de KIBUYE, et ajoute: “Quand des gens comme lui sont en prison, ils vont chercher des gens pour leur demander de contredire les gens qui viendront les mettre en cause. Mais en ce qui me concerne, je confirme que je ne l’ai jamais rencontré”. À la question de savoir si cela ne fonctionne que dans les cas des témoignages à décharge, le témoin répond: “Quand une personne ne veut pas aller en prison, cette personne fait tout son possible pour qu’on ne trouve pas un élément le mettant en cause”. Sur question, il explique enfin ne pas avoir été chauffeur du Daihatsu, mais simplement savoir conduire, sans pour autant être titulaire du permis.
Il est mis fin à l’interrogatoire d’Emmanuel TWAYIGIRA à 16h38. L’audience est suspendue et reprend à 16h50.
Audition de madame Albertine MUKAKAMANZI, témoin citée par le CPCR.
Le prochain témoin, Albertine MUKAKAMANZI, se présente à la barre. Elle est assistée d’un interprète. Il est demandé au témoin de décliner son identité (MUKAKAMANZI Albertine), sa date et lieu de naissance (26 décembre 1972), sa profession (fonctionnaire) et son domicile. Elle explique n’avoir aucun lien de famille avec l’accusé, ni de lien de subordination de travail. Elle n’a pas non plus de liens avec les parties civiles. Le témoin étant cité à comparaître à la demande des parties civiles, il prête serment.
Le témoin déclare: “Claude MUHAYIMANA, je le connais depuis peu avant le génocide. Moi je le connaissais mais lui ne me connaissais pas. Il est possible qu’il me connaissait mais nous n’avions pas de liens d’amitié. Je l’ai connu quand il était chauffeur au Guest. À cette époque-là j’étais jeune, et je venais de terminer mes études. J’allais avec les autres filles de mon âge pour fêter notre diplôme. Là où il travaillait, c’était un lieu qui était bien à cette époque-là, et je le voyais conduire le véhicule de la Guest. C’est comme ça que je l’ai connu avant le génocide. Après le génocide, je l’ai revu à l’hôpital de KIBUYE. Parce qu’après qu’on m’ait machettée et jetée dans les latrines, je suis allée à l’hôpital pour trouver des soins mais il n’était pas permis de nous soigner. Je suis restée à cet endroit. Mais vu que j’avais des asticots et de la matière fécale sur mon corps, et qu’on m’avait poignardée sur mon sein qui avait gonflé, cela faisait que personne ne voulait me tuer parce qu’ils disaient que j’allais mourir de moi-même. Mais moi je me tenais là, adossée sous un arbre. Je voyais tout ce qui se passait, je voyais les gens entrer à l’hôpital, je voyais tout le monde”.
Un temps est pris pour que le témoin se remette de ses émotions, puis Albertine MUKAKAMANZI poursuit: “À cette époque-là, je voyais souvent Claude venir à l’hôpital. Et tous les jours entraient à l’hôpital des gens qui fouillaient parce qu’il y avait des réfugiés qui venaient chercher des soins, et ils venaient pour les tuer. Si je fais un petit retour en arrière, il y avait des véhicules qui transportaient les attaquants qui attaquaient des lieux comme KARONGI et BISESERO. Et moi à l‘hôpital, je voyais les gens tuer. Et quand ils tuaient, je pouvais monter un peu en contre haut, et ce véhicule je le voyais tous les jours. Et tout le monde disait que c’est lui qui conduisait le véhicule pour conduire les gens qui tuaient avec des machettes et poussaient des clameurs. Si je reviens à cet endroit à l’hôpital, il y avait des enfants très jeunes, je dirais d’un an à 5 ans. C’était des enfants qu’on avait ramassés sur les cadavres de leurs mères, certains étaient en train de téter sur le cadavre de leur mère qui était morte… Tous ces enfants ont été emmenés à l’hôpital, et il y avait un docteur Leonard qui avait demandé qu’on trouve à manger à ces enfants, qui se trouvaient là, sans avoir mangé et sous la pluie et ils pleuraient. Quand il a demandé cela, il y a eu une réunion à l’hôpital, et à la fin quand ils sont sortis de la pluie, c’est là que j’ai vu Claude qui se tenait là, avec les gens de cette réunion. À la fin de cette réunion tous ces enfants ont été fusillés. Ils ont tous été tués. Un autre jour où j’ai vu Claude, c’est le jour où on a tué le frère de Bosco BONGO BONGO. On disait que BONGO BONGO était le supérieur de Claude, ou son employeur. Cet homme a été tué avec sa fiancée et on les a mis l’un face à face de l’autre, on leur avait demandé de creuser leur fosse d’abord et ils ont été enterrés. Ce jour-là était venu beaucoup de personnes qui voulaient voir comment on leur faisait creuser le trou et comment on allait les enterrer. Et ce jour-là, j’ai vu Claude qui était là. Il était sur place, parmi la foule. Je ne l’ai pas vu faire quoique ce soit, mais il était là. Ensuite on les a collés ensemble, on les a tués et on a dit que ceux qui s’aiment partaient ensemble. C’est ce que je sais sur lui”.
Le témoin a terminé son récit. La parole est à la présidente. Elle précise que le témoin a 21 ans au moment du génocide. Sur question, le témoin raconte: “Au début, ma famille est venue se réfugier dans la ville de KIBUYE, et moi je m’y trouvais déjà. Parce que moi j’étais déjà venue avec une amie qui était venue chez ses proches et nous cherchions quelqu’un pour nous aider à obtenir une bourse. Et le 7, quand on a commencé à tuer des personnes, ma famille s’est réfugiée au bureau communal de MAFANZA. Ils sont restés peu de temps à la commune et moi j’étais déjà dans la ville de KIBUYE. On leur a demandé de se réfugier à KIBUYE, parce que c’est à KIBUYE qu’on allait assurer leur sécurité. Ils sont venus jusqu’au stade de GATWARO, et là où je me trouvais, dans une famille Hutu, on a voulu me tuer. Il a été nécessaire de rejoindre les miens au stade GATWARO. Et quand je suis arrivée ils avaient déjà été désarmés et on avait déjà pris les armes traditionnelles, on avait coupé l’eau, les enfants pleuraient parce qu’ils avaient soif. Je suis resté à cet endroit peu de temps avant qu’on vienne nous tuer. Ils nous ont tirés dessus, c’était le 18. C’est vrai que c’est difficile de se rappeler des dates mais cette date je ne peux pas l’oublier. Moi, je n’ai pas été atteinte par une balle. Mais une fois qu’on a tué mon père, on a lancé sur lui quelque chose. il restait les yeux ouverts mais il ne pouvait plus parler ni bouger. On avait déjà tué mon petit frère et ma petite sœur. Et j’ai dit à maman: “Tu vois bien que papa ne va pas survivre, pourquoi tu ne viendrais pas pour qu’on s’enfuit ?”. Comme ma mère était très pieuse, elle m’a dit de venir d’abord prier pour les gens qui sont morts. Et je lui ai dit : “Puisque nous avons déjà prié pour eux, pourquoi tu ne viens pas pour qu’on survive?”

L’émotion est palpable dans la salle d’audience. Le témoin prend un instant et poursuit: “Maman m’a dit, comme c’est quelqu’un de très pieuse, qu’elle s’est mariée avec mon père pour le meilleur et pour le pire, et qu’elle ne pouvait pas le laisser avant qu’il soit mort. Elle m’a dit également que ma petite sœur était gravement atteinte, et qu’elle ne pouvait pas la déplacer. Elle m’a dit alors de me mettre à genoux et qu’elle allait prier pour moi et que nous nous retrouverions au Ciel. C’était la dernière fois que je voyais les membres de ma famille. En soirée, je suis allée en haut dans la forêt de GATWARO, et on voit en contrebas le stade. J’ai passé la nuit dans cette forêt, et ce jusqu’au matin. Ils ont commencé à venir tuer au matin les personnes qui étaient dans le stade mais qui n’étaient pas encore décédées. Donc j’ai eu peur de les voir arriver là où j’avais laissé ma mère. Alors j’ai couru à travers cette forêt, en prenant la direction de NYAMISHABA. Lorsque le jour s’est clairement levé, j’ai eu peur qu’elle ne me voie et je me suis cachée dans un buisson. A un moment ils sont venus, ils m’ont débusquée de ce buisson-là, c’était un groupe d’hommes accompagnés d’une femme. Cette femme s’est approchée de moi, m’a dévêtue, m’a enlevé tous les vêtements que je portais sur moi. Elle a dit de manière méprisante : “Celle-ci a fait des études, il ne faut pas l’épargner”. J’ai dit: “Non, je n’ai pas fait d’études”. Ils ont dit: “Ça se voit avec cette apparence, tu ressembles à quelqu’un qui a fait des études”. J’ai nié en disant que j’étais une employée de maison à KIGALI, car à l’époque les travailleurs domestiques avaient une meilleure apparence que ceux de la campagne. Comme j’étais nue, cette femme s’est saisie d’un couteau et l’a enfoncé dans mon sein. Les hommes qui ont assisté à cette scène ont été stupéfaits, se demandant comment une femme peut enfoncer dans le sein d’une femme comme elle un couteau. Ils se sont saisis de cette femme, et moi je suis restée là en train de saigner. J’ai marché plus loin, c’était la soirée, la pluie s’est mise à tomber alors que j’étais nue. Plus en avant, j’ai trouvé un homme qui avait été tué, mais à qui on n’avait pas enlevé ses habits. Il portait toujours son pantalon et sa veste. Même si les vêtements étaient trempés de sang, au moins j’avais des vêtements. J’ai ôté les habits de ce cadavre là et je les ai portés. La première personne qui m’a vue portant ces habits enduits de sang m’a laissé. Mais arrivée à NYAMISHABA la nuit était déjà tombée. Je suis allé voir une ancienne collègue de classe qui travaillait là-bas mais cette fille m’a chassée et a appelé les gens contre moi. À NYAMISHABA, il y avait des élèves qui étaient des déplacés de guerre provenant de la zone sous occupation du FPR[6]. Elle a fait venir ces gens-là, leur a demandé de me violer, disant que je ne devais pas mentir et de dire que j’avais terminé les études secondaires. Ils ont regardé les habits pleins de sang que je portais, le fait que je ne me sois pas lavée depuis plusieurs jours, et mon sein était enflé, ils ont dit: “Y’a pas moyen de violer celle-ci”. À ce moment-là, j’avais beaucoup de douleurs au sein, et je voulais qu’ils me tuent. Ceux-là n’ont pas voulu me tuer, alors j’ai continué à marcher sur la route en plein jour, dans l’espoir d’être tuée. J’ai fini par rencontrer quelqu’un de confession protestante de l’église ADEPR[7], et cette personne m’a cachée dans sa maison. La personne m’a cachée dans sa chambre fermée avant de partir, et sa famille ignorait ma présence. C’est cette personne qui est allée chercher de l’alcool pour moi et a lavé ma plaie. Finalement, j’ai eu beaucoup mal, j’ai beaucoup souffert au sein. J’ai crié, et sa mère m’a entendue. Alors qu’elle frappait à la porte, elle disait qu’à l’intérieur il y avait une Inyenzi((Inyenzi : Cafard en kinyarwanda, nom par lequel les Tutsi étaient désignés par la propagande raciste, cf. Glossaire.)). Ils sont donc venus, ils ont frappé à la porte et m’ont fait sortir. La personne qui m’avait cachée était partie. Ils m’ont emmené à une école primaire, apparemment où ils tuaient d’autres personnes. Ils m’ont rouée de coups, ils m’ont machettée, avant de me jeter dans les latrines de cette école-là. Comme dans la latrine il y avait d’autres personne – je suis restée environ un jour – je me palpais pour vérifier, et quelqu’un m’a vu quand j’étais dedans. Cet homme-là était le fiancé d’une amie intime à moi. Je ne sais pas comment il a su qu’on m’avait jetée dedans, ça je ne sais pas. Il est venu et m’a demandé: “Albertine, est-ce que tu es encore vivante ?”. J’ai gardé le silence, il a répété, et j’ai dit: “De toute façon, je suis ici dans la latrine”. J’ai répondu aussi que je n’avais pas complètement rendu l’âme et que je respirais encore. Avec quelqu’un d’autre, ils ont enlevé les morceaux de bois qu’on dépose sur les latrines de l’école, ils m’ont lancé une corde pour que je la saisisse et qu’ils m’aident à remonter. J’ai saisi la corde mais comme je n’avais plus de force du fait que je n’avais pas mangé depuis longtemps. Et avec mon sein qui faisait mal, je suis retombée dedans. Après un certain temps, en ne me voyant pas monter, ils sont allés chercher des morceaux de bois qu’ils ont enfoncés dedans. En même temps, l’un d’eux est descendu, il m’a tendu la main, et l’autre, qui était à l’extérieur, a saisi le bras de celui qui m’a tendu sa main. Ils m’ont fait remonter jusqu’à la surface. Ils venaient à peine de me faire arriver à la surface quand les Interahamwe les ont vus. Ils ont craint que si je restais là-bas, les autres allaient de nouveau me jeter dans la latrine. Ils ont couru tout en me traînant par terre, pour me jeter loin des latrines et prendre la fuite de leur côté. Les Interahamwe sont arrivés, ils ont vu mon sein gonflé, les excréments sur moi et les asticots, sur ma tête, les mèches de cheveux et dans les tresses, il y avait des asticots et des restes de morts. Quand ils m’ont vue, ils se sont dit que ça ne valait pas la peine de se salir de cette manière-là, et que je n’allais pas survivre. C’est ainsi que j’ai commencé mon trajet vers l’hôpital. C’était un trajet difficile, je devais lutter contre les chiens qui voulaient me manger. Quand la nuit tombait, j’entrais dans les buissons et je marchais de nuit. J’ignore le nombre de jours où j’ai marché. Je ne pouvais plus marcher, je n’avais plus de force, les coups de machette, de bâton et au sein, je marchais à peine. Ça a pu durer longtemps. Ainsi j’ai continué ce trajet vers l’hôpital dans l’espoir d’avoir des soins, mais je ne savais pas qu’on ne soignait pas et qu’on tuait les gens. Quand je suis arrivée à l’hôpital, toutes les personnes qui me voyaient n’avaient pas envie de me tuer, mais se bouchaient le nez”.
Albertine MUKAKAMANZI explique ensuite être “restée longtemps à l’hôpital, jusqu’au moment où tout le monde a été exterminé. Quand ils ont constaté qu’il ne restait que moi et d’autres jeunes filles qui avaient été découpées avec des objets tranchants, ils ont dit de manière méprisante: “Celle-ci, ça fait longtemps qu’elle est ici et elle ne meurt pas. Il se peut qu’elle ne meure pas”. C’est alors qu’ils nous ont conduits au bureau communal, nous ont détenues disant qu’on devait attendre ceux qui étaient partis à BISESERO et qu’au retour ils allaient nous tuer. Ce sont ceux-là qui tuaient atrocement et je pense que c’est pour cette raison qu’ils nous ont laissées pour que ce soit eux qui nous tuent. C‘est comme ça que nous avons été détenues dans les bâtiments communaux. Comme beaucoup de personnes m’ont vue à l’hôpital et qu’ils ont vu que j’allais mourir à petit feu, un pasteur est venu me voir, et on lui a dit que nous avions été conduites au cachot communal. Il a demandé aux policiers pour me parler. Il m’a demandé s’il pouvait me donner de l’argent. Je lui ai demandé pour quoi faire et je lui ai demandé de le donner plutôt au policier pour qu’il ouvre la porte et que nous partions. C’est dans ce cadre qu’il a donné cet argent à ce policier, et le policier a appelé le bourgmestre. Le pasteur était avec une religieuse de nationalité hollandaise, qui elle aussi était dans la même chorale que moi. Elle a demandé à ce que l’on implore le bourgmestre et qu’il allait autoriser que je sois remise à eux, puisqu’il a su que des gens étaient détenus sur place. Ils sont allés voir le bourgmestre pour le supplier, et il leur a dit : “Si je vous les donne, vous allez les emmener où ? Maintenant un Tutsi n’a plus de place ici”. On nous a donc fait sortir et on lui a demandé où nous irions. Nous lui avons répondu de nous laisser partir et que nul ne peut sonder la puissance de Dieu. Peut-être que nous allons survivre. Il y avait non loin de là, quelqu’un que je ne connaissais pas, c’est lui qui est allé voir notre connaissance pour dire qu’on allait être relâché. C’est alors que cette connaissance nous a cachés, et à ce moment-là, l’Opération Turquoise[8] était déjà là. C’est ainsi que nous sommes arrivés là-bas et qu’on nous a installé dans l’école ENT des filles. Nous sommes partis à GOMA et quelques temps après on est revenus dans le pays quand il a été libéré”.
Le témoin raconte ensuite avoir passé plus d’un mois à l’hôpital: “Nous tentions d’aller à l’intérieur quand la pluie tombait mais on nous ressortait. Surtout moi à qui ils disaient que je sentais mauvais. Il y avait une infirmière gentille, quand elle était de service elle essayait de nous aider. Par exemple, un jour je suis entré et elle m’a caché dans la morgue. Ce jour-là sont arrivés des gens furieux, et ils disaient qu’il fallait nous tuer”. Sur l’accusé, elle explique à la cour l’avoir vu “à peu près trois fois. La fois de la réunion, le jour où la personne est décédée en même temps que sa fiancée, et il est revenu en soirée un autre jour. Sauf qu’il ne veut pas le reconnaître, mais il sait que nos regards se sont croisés”. Elle ajoute: “Je ne sais pas ce qu’il venait faire à l’hôpital, c’est lui qui pourrait vous le dire. Ceux qui venaient à l’hôpital, c’étaient des tueurs”. À la question de savoir si le témoin connaissait l’ex-épouse de l’accusé, elle explique l’avoir connu après le génocide. Elle explique également avoir connu Delphine, une amie de Médiatrice, à l’hôpital.
Sur la réunion à l’hôpital à laquelle Claude MUHAYIMANA aurait participé, le témoin explique: “Ce médecin prénommé Léonard voulait aider les enfants. Mais la réunion a été convoquée par le directeur de l’hôpital. C’est ce que j’imagine puisque je ne connais pas les circonstances dans lesquelles cette réunion a été convoquée.” Le témoin précise: “Je ne connais pas les personnes qui se trouvaient dans la pièce lors de la réunion. Je l’ai juste vu sortir de la pièce après la réunion. Il est sorti avec les personnes qui se trouvaient dans cette réunion, comme les chefs de service. Et je l’ai vu sortir”. Sur la mort des enfants, elle explique que “ce ne sont pas ces personnes qui ont tué les enfants, mais c’est à l’issue de cette réunion qu’a été décidé de les tuer. Parmi les soignants, il y avait ceux qui nous aimaient et c’est une certaine NIKADI qui nous a informé que ces gens-là voulaient tuer ces enfants. Et comme une mère, quand elle nous a donné ces informations, elle pleurait et elle était très triste”. Elle ajoute “Je ne peux pas dire qu’il était à l’intérieur de la réunion, je l’ai juste vu avec ces personnes qui venaient de terminer la réunion”.
Sur les véhicules qu’elle a vu passer, le témoin indique qu’il s’agissait d’un Daihatsu bleu: “Je l’ai vu passer sur la route principale qui était empruntée par tous les véhicules. Et l’hôpital se trouve en face de cette route principale”. Elle précise: “Ce véhicule transportait beaucoup de gens et ces gens criaient et portaient des machettes. D’autres personnes marchaient à pied avec des machettes et ils criaient. Les autres véhicules qui passaient étaient des véhicules militaires à bord desquels se trouvaient des militaires qui allaient tuer des gens. (…) À ce moment-là, il y avait beaucoup de véhicules qui allaient transporter des gens à BISESERO et KARONGI. Si je vous parle de la Daihatsu, c’est parce que vous m’avez dit de ne parler que de Claude”. Elle explique ensuite que les gens disaient “Voilà Claude qui conduit le véhicule de son patron BONGO BONGO”.
La parole est aux jurés. À la question de savoir si le témoin connaît le véhicule de la Guest House, elle répond par l’affirmative et explique ne pas avoir vu cette voiture durant son passage à l’hôpital. La parole est à l’avocate générale. À la question de savoir si la justice peut soulager le témoin, elle répond : “C’est le rôle de la justice. Ce que je demande à la justice c’est que s’il y a des preuves tangibles qui le mettent en cause, je souhaite qu’il soit condamné. J’imagine que ces preuves tangibles existent. Je souhaite qu’on donne une valeur probante au fait que Claude MUHAYIMANA se trouvait avec ces tueurs, car ce n’est pas un citoyen lambda qui pouvait être dans ce cercle”.
La parole est aux avocats de la défense. À la question de savoir si le témoin sait ce que Delphine est devenue, elle explique: “On l’a aidé à fuir et elle est partie par la suite je sais qu’elle a survécu aux tueries”. Elle ajoute: “Vous dites que Claude a aidé Delphine à fuir. Moi je ne l’ai pas vu faire. Peut-être que vous, vous avez ces informations, mais moi je ne suis pas au courant de ce que Claude a fait pour aider Delphine à fuir”. L’interrogatoire du témoin prend fin à 18h22 et l’audience est suspendue. Elle reprend à 18h38.
Audition de monsieur Elieri NSENGIYUMVA, témoin cité par le Parquet.
Le témoin suivant, cité par le ministère public, Elieri NSENGIYUMVA, se présente à la barre. Il est assisté d’un interprète. Il est demandé au témoin de décliner son identité (NSENGIYUMVA Elieri), sa date et lieu de naissance, sa profession (agriculteur) et son domicile (KARONGI). Il explique n’avoir aucun lien de famille avec l’accusé, ni de lien de subordination de travail. Il n’a pas non plus de liens avec les parties civiles. Le témoin prête serment.
Le témoin déclare : “Ce que je sais, c’est qu’à un moment donné il est venu à KARONGI, et il conduisait un véhicule bleu. Il l’a garé dans un lieu qu’on appelle NYAKAHIRO, et il transportait des gens. Ces gens sont descendus. Parmi les gens qu’il transportait, il y en a un qui a ramené des gens qui étaient sur un chemin de terre qui allait vers KIMANGA, et cette personne qui les a ramenés les a tués. Après cela, le véhicule est reparti avec des chèvres et ça s’est arrêté là”.
La parole est à la présidente. Sur question, le témoin dit avoir des liens de parenté avec Alexis KABAGEMA[9]. La présidente indique ensuite que le témoin a été entendu à deux reprises dans le cadre de ce dossier ; à savoir en juin 2015 puis dans le cadre d’une confrontation avec l’accusé en 2016. Sur ses liens avec Claude MUHAYIMANA, il explique: “Il n’y a pas de relation entre lui et moi. Quant au fait de le connaître, je l’ai connu quand j’étais au Home Saint Jean. Pour le connaître, c’est parce que je le voyais là-bas quand j’apportais des œufs”. Il ajoute aussi savoir que l’accusé travaillait au Projet Pêche. La présidente indique ensuite que durant leur confrontation, le témoin a reconnu l’accusé, tandis que Claude MUHAYIMANA avait déclaré ne pas connaître le témoin et ne l’avoir jamais vu. Le témoin confirme l’avoir formellement reconnu.
Sur les trois personnes décédées, le témoin explique ne pas les connaître mais indique: “Je sais que c’était une vieille dame avec ses deux enfants”. À la question de savoir ce qu’il faisait sur place, il explique: “Le chef du village avait donné un ordre à toute la population de monter vers KARONGI. Nous étions là, nous sommes arrivés à ce lieu-là. Il y avait beaucoup de gens, comme si les gens s’étaient réunis et nous pensions qu’il devait peut-être y avoir une réunion comme les choses avaient changé. Et quand nous sommes arrivés à cet endroit-là, c’était dans le même village, c’est là que j’ai vu le véhicule monter, et qui transportait des gens. Les gens sont descendus, et c’est là que cette personne est allée chercher ces gens de l’autre côté, et il les a tués à cet endroit’”. Il précise ensuite que le véhicule allait de KIBUYE à KARONGI. Il ajoute: “C’était un véhicule bleu de type Daihatsu”. Il explique ne pas connaître les gens à bord, “mais je connaissais le chauffeur de ce véhicule. C’était Claude”. Il lui est demandé s’il s’agit de l’accusé. Il se retourne, regarde l‘accusé et dit: “Oui, c’est Claude MUHAYIMANA. Aujourd’hui il a grossi”. Il ajoute que les personnes étaient installées à l’arrière et qu’il s’agissait de civils. Sur NAMBAJIMANA, François, il explique le connaître et indique ne pas avoir regardé s’il était à bord du véhicule. Les autres passagers, “ceux qu’il transportait à l’arrière sont descendus. Ils sont tous descendus, aucun n’est resté”. Il précise qu’“ils étaient nombreux, ce véhicule était rempli. Ils sont descendus, se sont rassemblés avec les autres. Et parmi ces personnes il y en a un qui est sorti de là, qui est allé chercher les personnes et les a tuées à cet endroit. Celui qui les a emmenés s’appelle Emmanuel TWAYIGIRA. Il les a attrapés sur cette petite route de KIMANGA et il les a tués”. Il explique ne pas l’avoir vu partir les chercher, mais l’avoir vu revenir avec eux. La présidente indique que le témoin a déclaré lors de sa confrontation que ces personnes étaient ligotées. Il confirme et explique: “Ils les avaient liés au ventre et attachés ensemble”. Sur leur mise à mort, il ajoute: “C’est lui-même qui les a tués. Il les a tués là-bas devant chez NYAKAHIRO. Il ne les a pas fait monter dans le véhicule. Il les a machettés”.
La présidente indique que le témoin avait déclaré au juge d’instruction que Emmanuel TWAYIGIRA avait voulu donner l’exemple sur la façon de tuer les Tutsi, ce à quoi Elieri NSENGIYUMVA répond: “Quand il les a ramenés, je l’ai vu et je le connaissais bien. Il nous a dit qu’il allait nous enlever la peur et il les a machetter”. Puis ajoute: ”Il a dit que ce jour-là, il allait nous montrer comment les tuer pour qu’on ait plus peur de le faire”. Sur l’accusé, il déclare ensuite que “Claude MUHAYIMANA était dans le véhicule. Après la mort des gens, le véhicule est reparti aussitôt en transportant les chèvres. J’ai vu qu’on mettait les chèvres dans le véhicule mais je ne connaissais pas leur provenance (…), après ils sont partis aussitôt. Ils sont retournés à KIBUYE”.
Sur la mort de MWAFRIKA, il explique: “Des informations dont je dispose, c’est qu’il est mort à GASENGESE.” et ajoute avoir été présent lors de son décès. Il explique à la cour que la mort de MWAFRIKA est intervenue après le décès des trois personnes qu’il vient de citer. Néanmoins, il n’est pas en mesure de préciser les dates les évènements.
La présidente indique que ces déclarations sont conformes à celles recueillies par le juge d’instruction, puis que le témoin avait déclaré qu’un “dénommé Emmanuel était très actif durant le génocide l’a appelé le matin tôt avec un sifflet vers 7h30 et tout le monde a pensé que c’était un ordre des autorités”. Le témoin explique: “C’était le chef du village. En réalité, c’est dans le cadre du parti politique qu’il est devenu le chef du village. C’est à ce moment-là qu’on est montés et qu’on s’est arrêtés au niveau de la route à KARONGI. Nous nous sommes rassemblés là-bas, et puis nous sommes montés le long de la route, nous dirigeant vers GASENGESE. Les militaires étaient devant et nous les suivions derrière. À ce moment-là, il y avait les Tutsi et l’objectif était de tuer les Tutsi. Il n’était plus question de réunions et ils nous ont conduits comme ça”. Il précise: “Les militaires nous précédaient et portaient des fusils”. À la question de savoir si des personnes sont arrivés en voiture, il répond par la négative, notamment en raison du grand nombre de personnes présentes.
Sur la mort de MWAFRIKA, il explique : “J’ai vu MWAFRIKA mourir. À ce moment-là, c‘est comme s’ils étaient couchés et ils ont lancé une grenade. Et c’est la grenade qu’on lui a lancée qui a été à l’origine de sa mort. Et les autres sont partis en courant”. Il ajoute: “Je ne l’ai pas vu quand ils l’ont ramassée. Tout ce que j’ai vu, c’est qu’elle est tombée sur le militaire qui est mort”. Durant sa fuite des lieux, le témoin explique ne pas avoir “croisé un quelconque véhicule, puisque moi je suis passé par le contre haut de la route et j’ai contourné à travers la forêt”. Il explique ensuite ne pas savoir dans quelles conditions le corps de MWAFRIKA a été transporté. La présidente indique que lors de sa première audition, le témoin avait pourtant déclaré qu’à 15h, il était retourné sur les lieux et qu’il avait constaté la présence d’un Daihatsu bleu avec l’accusé au volant, sans pour autant avoir vu le transport du corps. Elieri NSENGIYUMVA explique: “Je ne suis pas retourné là-bas l’après-midi et je ne l’ai pas vu conduire ce véhicule l’après-midi”. La présidente indique néanmoins que les déclarations du témoin sont conformes à celles recueillies lors de la confrontation avec l’accusé, selon lesquelles il ne serait pas remonté l’après-midi.
Sur Emmanuel TWAYIGIRA, il confirme le connaître. À la question de savoir si le témoin a reçu une proposition d’argent pour réaliser un faux témoignage à l’encontre de l’accusé, le témoin répond par la négative. “Il ne m’a pas donné de l’argent et je ne me suis pas entretenu avec lui”. Il ajoute: “Je l’ai vu tout près du domicile de NYAKAHIRO, là où trois personnes ont été tuées. (…) Je ne suis pas au courant, il s’agit là d’un mensonge”.
Pas de questions des jurés, ni des avocats des parties civiles. La parole est à l’avocate générale. Elle rappelle au témoin ses déclarations devant le juge d’instruction et demande s’il est possible, au regard du nombre de personnes (plus d’une centaine) qu’il n’ait pas vu de véhicules. Il répond: “Effectivement, il y avait beaucoup de gens. Et moi je suis parti à pied et quand je me déplaçais, je n’ai pas vu de véhicules ni devant ni derrière”.
La parole est aux avocats de la défense. Il est indiqué au témoin que Alexis KABAGEMA l’a désigné comme étant présent sur les lieux, et faisant partie des attaquants. À la question de savoir pour quelle(s) raison(s) Alexis KABAGEMA voudrait témoigner à charge contre Elieri NSENGIYUMVA, il explique que Alexis KABAGEMA est un menteur. À propos des accusations de complot prétendument fomenté par Emmanuel TWAYIGIRA, il répond que ce n’est pas crédible. L’interrogatoire se termine à 19h55. La présidente fait un point sur le programme du lendemain, puis l’audience est suspendue.
- Gacaca : (se prononce « gatchatcha »)
Tribunaux traditionnels au Rwanda, réactivés en 2001 et opérationnels à partir de 2005, en raison de la saturation des institutions judiciaires pour juger des personnes suspectées de meurtre pendant le génocide. Composées de personnes élues pour leur bonne réputation, les Gacaca avaient une vocation judiciaire et réconciliatrice, favorisant le plaider coupable en contrepartie de réduction de peines. Près de 2 millions de dossiers ont été examinés par 12000 tribunaux gacaca avant leur clôture officielle le 18 juin 2012, cf. glossaire.[↑] - Inkotanyi : combattant du FPR (terme utilisé à partir de 1990, cf. glossaire.[↑]
- MINITRAPE : Ministère des Travaux Publics et de l’Équipement[↑]
- Interahamwe : « Ceux qui combattent ensemble » ou « qui s’entendent », mouvement de jeunesse et milice recevant une formation militaire, créé en 1992 par le MRND, le parti du président HABYARIMANA, désignation souvent étendue aux milices d’autres partis. Voir FOCUS – Les Interahamwe.[↑]
- voir l’audition d’Eliezer MUGEMANGANGO, 17 février 2026.[↑]
- FPR : Front Patriotique Rwandais[↑]
- ADEPR : Association des Églises de Pentecôte au Rwanda[↑]
- Opération Turquoise organisée par la France en juin 1994.[↑]
- voir l’audition d’Alexis KABAGEMA, 17 février 2026.[↑]
CPCR – Collectif des parties civiles pour le Rwanda Pour que justice soit faite
