Procès en appel de Eugène RWAMUCYO. Mardi 30 juin 2026. J16

Cette première version de compte-rendu sera revue et complétée, nous vous invitons à revenir sur cette page ultérieurement.



L’audience débute à 9h16. Le président indique qu’il va, durant l’audition d’Éric GILLET, procéder à la lecture de la prise de parole de monsieur RWAMUCYO lors de la réunion du 14 mai, dans le but d’obtenir sa réaction. Il est précisé qu’il ne sera en revanche pas possible d’obtenir celle de monsieur SMITH, qui refuse de témoigner[1].

La défense soulève un problème à ce sujet : monsieur SMITH, qui était présent en première instance, aurait pu apporter un éclairage différent de celui de monsieur GILLET, qu’elle aurait souhaité voir contrebalancer. Maître SZTULMAN propose de rappeler Hervé DEGUINE pour obtenir un autre point de vue (NDR. Il a déjà été auditionné la semaine précédente[2]). Maître LAVAL s’étonne que l’on débatte du témoignage de quelqu’un qui n’a pas encore déposé, estimant qu’il n’est pas permis de présumer de ce que dira monsieur GILLET, et propose d’attendre son audition avant de chercher, si nécessaire, une déposition pour la contrebalancer. Il ajoute ne pas avoir le souvenir d’une impartialité totale de la part d’Hervé DEGUINE dans son appréhension des événements rwandais, ce qui en ferait selon lui un choix peu adapté.

L’avocate générale indique qu’il aurait été possible d’interroger Hervé DEGUINE sur la réunion du 14 mai lors de sa venue le vendredi précédent, et suggère de trouver un autre témoin, précisant avoir rarement vu, dans une cour d’assises, un même témoin rappelé après avoir déjà déposé. Maître SZTULMAN répond que monsieur DEGUINE reviendrait pour évoquer un autre thème, en raison du refus de témoigner du spécialiste américain monsieur SMITH. Le président annonce qu’à l’issue de la déposition de monsieur GILLET, la défense indiquera si elle maintient sa demande d’un point de vue complémentaire, n’excluant pas de faire revenir monsieur DEGUINE pour qu’il réagisse exclusivement sur ce point, dans un souci de respecter le contradictoire et les droits de la défense.

Audition de monsieur Eric GILLET, avocat de parties civiles dans les procès en Belgique, membre de la commission internationale d’enquête de janvier 1993[3] avec, entre autres, monsieur Jean CARBONARE[4].

Il est demandé au témoin de décliner son identité (Éric GILLET, 71 ans), sa profession (avocat au barreau de BRUXELLES) et son domicile (BRUXELLES). Le témoin indique n’avoir aucun lien de parenté ni d’alliance avec l’accusé ou les parties civiles. Cité par le ministère public, le témoin prête serment.

Prenant spontanément la parole, monsieur GILLET retrace son parcours professionnel en lien avec le Rwanda. Consulté juste après le 1er octobre 1990 par un collectif de parties civiles constitué en Belgique à la suite de l’emprisonnement de nombreux Tutsi en représailles à l’offensive du FPR[5], il est chargé de défendre des journalistes emprisonnés et obtient leur libération. Il est ensuite sollicité par la FIDH[6] pour enquêter sur les violations des droits de l’homme au Rwanda dès 1991, année marquée par le massacre des Bagogwe, communauté tutsi d’éleveurs du Nord du pays, prise pour cible à la suite de la prise de la prison de RUHENGERI par le FPR. Il mène une première enquête en août 1991 et publie un rapport en septembre. Plusieurs ONG internationales créent ensuite une commission d’enquête sur ce massacre, qu’il coprésidera avec Alison DES FORGES, le champ d’investigation s’élargissant progressivement à l’ensemble des violations des droits humains commises depuis le 1er octobre 1990.

La commission se rend sur place en janvier 1993 pour deux semaines, et publie son rapport en mars 1993. Il évoque ensuite le massacre du Bugesera en mars 1992, où environ 300 personnes ont trouvé la mort dans une opération qu’il décrit comme la première articulation organisée entre différentes instances – les médias relayant la rumeur d’un plan Tutsi visant à tuer des Hutu, et les services de l’État faisant venir des Interahamwe[7] dans le Bugesera par bus du ministère des Travaux publics. Il précise que ce massacre est aujourd’hui considéré par certains comme une préfiguration du génocide. Sous la pression internationale, le gouvernement rwandais s’engage dans un processus diplomatique avec le FPR, aboutissant à des protocoles signés à l’été 1992.

En novembre 1992, le président HABYARIMANA[8] qualifie cependant ces protocoles de “chiffons de papier”. Quelques jours après, Léon MUGESERA, un intellectuel important du Rwanda, prononce un discours à KABAYA marquant une rupture, dans lequel il évoque l’erreur de 1959 d’avoir laissé les Tutsi sortir du pays et appelle à “enlever l’herbe jusqu’à la racine” – langage codé immédiatement compris par la population, suivi dès le lendemain de massacres contre les Tutsi[9].

En décembre 1992, l’armée, sur mission confiée par le président HABYARIMANA, publie un document définissant l’ennemi comme le FPR, les Tutsi de l’intérieur, et les Hutu complaisants à l’égard du FPR. Éric GILLET analyse ce document comme imposant une lecture exclusivement ethnique de la société rwandaise, visant à unifier les Hutu autour d’un ennemi commun. Sur la période du génocide, monsieur GILLET évoque l’arrivée de certains auteurs du génocide en Belgique dès juin 1994. La loi de compétence universelle de 1993 permet alors aux juridictions belges de se saisir de plaintes sans lien de rattachement direct avec la Belgique. Le premier procès a lieu en 2001, concernant quatre accusés de BUTARE. Éric GILLET a consacré les vingt-cinq années suivantes à la défense des parties civiles devant les cours d’assises belges, avant de prendre sa retraite

Questions du président de la cour :

Le témoin explique avoir fait des études de droit et d’économie et d’avoir commencé sa carrière en tant qu’avocat publiciste, puis il se basera davantage sur le droit économique à l’avancement de sa carrière. Parallèlement, il a une carrière de militant au sein d’Amnesty International. Il indique qu’on se tournait vers lui pour les questions juridiques, ce qui a mené au commencement de sa carrière dans les droits de l’homme.

Le président l’interroge ensuite sur son objectivité en tant que militant engagé. Monsieur GILLET répondra que personne n’est réellement objectif, il cite le crédo d’Amnesty International de l’époque instituant qu’il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises victimes. Selon lui : “Qu’on soit victimes Hutu ou Tutsi, on mérite d’être défendu car on est une victime”. Il revient ensuite sur les attaques des Hutu au Burundi en 1992, appelés les “assaillants”. Il explique avoir été consulté par ces assaillants pour plaider en leur faveur, ce qu’il a fait. Il ajoute n’avoir jamais fait de distinction selon l’ethnie des personnes, ce qui a pu en décevoir certains. La seule raison pour laquelle il a dû, à un moment, refuser de défendre des Hutu, était afin d’éviter un conflit d’intérêt, comme il a également représenté des parties civiles.

Questionné sur les origines du génocide des Tutsi, il définit une histoire très complexe et n’est pas certain que les concepteurs du génocide puissent l’expliquer eux-mêmes ; il parle du génocide comme le “résultat de tout une histoire” de “quelque chose qui s’impose”. Il explique que le processus diplomatique était en rupture par rapport aux fondamentaux qui constituaient la République rwandaise et précise que celle-ci est basée sur le concept de la démocratie du « peuple majoritaire », c’est-à-dire du peuple Hutu qui s’est émancipé en 1959 de la société coloniale et de la tutelle des Tutsi. Il ajoute que le président HABYARIMANA, n’aurait, dès le départ, jamais pu accepter un accord avec le FPR et cela depuis l’attaque du 1er octobre 1990 ; il appellera cela “une véritable déflagration dans l’esprit “. Ce qui habitait les esprits à cette époque était que la seule solution apparaissant était l’extermination des Tutsi, cette idée est formalisée dès 1993 notamment par des réunions ainsi que des mesures prises (comme les 10 commandements des Bahutu[10]). Il nous réfère ensuite au livre d’Alison DES FORGES “Aucun témoin ne doit survivre”[11]. Il évoquera ensuite une interaction qu’il a eu avec un Interahamwe, lors de son séjour au Rwanda, ce dernier se disant inquiet vis-à-vis de l’autodéfense contre le FPR, il explique s’être rendu compte que cela signifie la création d’une machine à tuer.

Le président demande ensuite si, sans l’attentat du 6 avril par le FPR, le génocide aurait quand même eu lieu. Le témoin précisera qu’il n’est pas acquis que le FPR est responsable de cet attentat, et qu’une enquête a été effectuée par un juge d’instruction français sur le sujet. Il explique qu’après un examen balistique, on peut démontrer que les missiles sont venus soit de la garde présidentielle rapprochée, soit de l’armée. Et donne comme explication l’énervement face à la réunion de laquelle revenait le président HABYARIMANA où ce dernier aurait accepté de mettre en œuvre les accords d’Arusha.

Sur la CDR[12], il explique que ce parti est conçu pour les idées plus extrémistes que ce que pouvait se permettre la MRND. Le président HABYARIMANA ne pouvait ni dire, ni faire les choses les plus extrêmes, donc la CDR a été créée pour dire les choses les plus extrêmes que le parti du gouvernement ne pouvait dire. Il ajoute qu’au fil de la radicalisation du climat de violence, le jeunesse de ces partis se sont transformée en milice. Et précise que selon lui, on ne peut adhérer à des idées de la CDR sans être extrémiste.

Le témoin indique ne pas connaître monsieur RWAMUCYO mais en avoir entendu parler lors des rapports. Il précise qu’il est présenté comme un membre de la CDR dans le livre “Aucun témoin doit survivre”, et que durant les enquêtes, à la suite du génocide, il était toujours considéré comme un extrémiste hutu.

Le président demande au témoin de réagir à la prise de parole d’Eugène RWAMUCYO du 14 mai 1994. Il répond que cette prise de parole traduit bien l’interaction qu’il y a entre le gouvernement intérimaire[13] et les intellectuels, et qu’ils revendiquent de faire partie du Cercle des intellectuels de BUTARE. C’est un discours plein de choses très obscures et à la fois très claire : le docteur RWAMUCYO y décrit très clairement et y redéfinit l’ennemi, c’est-à-dire que le FPR est partout, il dit qu’il y a 5 combattants du FPR par cellule et qu’il faut les supprimer. C’est la thèse de l’infiltration ubiquitaire du FPR. De plus, Eugène RWAMUCYO ne dit jamais que les Tutsi pourraient rentrer chez eux parce que dans son esprit ils n’ont nulle part où aller donc ils n’ont pas leur place où que ce soit. Sur le vocabulaire du discours, quand l’accusé parle d’unité et de démocratie, cela correspond à un seul peuple, celui que les intellectuels considèrent comme légitime, c’est-à-dire les Hutu. Il s’exprime de manière codée, notamment avec les termes “ceux qui aiment le Rwanda”. Le témoin ajoute qu’il faut fournir un argumentaire à l’égard de la communauté internationale pour justifier cette “guerre” et que c’est ce qui est fait lors de ce discours.

Abordant la question de légitimité de craintes des intellectuels face au FPR, le témoin indique que cela peut arriver et qu’au vue de la guerre en cours il est légitime d’avoir des craintes. Il précise que dans le discours de monsieur RWAMUCYO lu auparavant, on parle de l’avenir ethnique et non du FPR.

Sur l’enfouissement des cadavres, il dit que c’est une “question très compliquée pour nous et très simple pour ceux qui géraient le génocide à BUTARE”. Il explique que le discours du 19 avril 1994[14] donne une indication très claire de ce génocide, en désignant d’abord la cible, son message est codé, tout en demandant à bien réfléchir au sens des mots. Ce discours appelle les “paresseux” à se “mettre au travail”. En ajoutant que le gouvernement fournira les ressources nécessaires tant que la sécurité est assurée. Le témoin indique qu’on y voit une gestion bureaucratique du génocide, géré de manière administrative, véritable administration (au sens fonctionnel du terme) de la mort. Monsieur GILLET ajoute que le terme général “nettoyer” est essentiel puisque toute cette administration se base sur la sécurité et la salubrité. Cela correspond à “se protéger des Tutsi”. Il dit : “Le Tutsi, qu’il soit mort ou vivant, est pour eux un déchet. Alors c’est juste une véritable administration de comment se débarrasser du déchet”. Le témoin indique que le langage est le même qu’au quotidien, même l’outil du massacre est celui du quotidien. Cet écrasement de la réalité par un langage emprunté au quotidien fait qu’il n’y a pas d’émotions. Sur les différentes juridictions ayant jugées le génocide des Tutsi, le témoin insiste sur le fait que ce sont les victimes qui ont mis en route la machine judiciaire, et jusque dans les procès en tant que partie civile. Les seuls à pouvoir apporter une égalité judiciaire, dans la manifestation de la vérité, ce sont les victimes.

Abordant d’éventuelles pressions de la part du gouvernement actuel rwandais, monsieur GILLET explique : “Il y a eu des pressions de l’intérieur de la Belgique pour que ces procès n’aient pas lieu, des personnes proches des génocidaires qui étaient en Belgique. Sans la vigilance de ma consœur, le premier procès en Belgique n’aurait pas eu lieu et les suivants aussi”.

L’audience est suspendue à 12h00, puis elle reprend à 12h15 avec les questions des avocats des parties civiles.

Questions des avocats des parties civiles :

Interrogé sur les mariages mixtes avant le génocide, particulièrement fréquents entre hommes hutu et femmes tutsi, le témoin explique qu’historiquement, la société rwandaise ne s’identifiait pas selon les catégories Hutu/Tutsi mais par appartenance clanique et collinaire, avec une mobilité sociale entre les deux groupes. C’est la vision coloniale, en particulier belge, qui a figé ces identités, la monarchie tutsi bénéficiant de privilèges coloniaux ayant progressivement nourri ressentiment et haine. Il souligne que ces mariages mixtes ont été instrumentalisés par la propagande génocidaire, présentés comme une infiltration des Tutsi par le biais des femmes qui seraient envoyées pour espionner – thème explicitement repris dans les Dix Commandements Bahutu, qui ordonnent aux Hutus de cesser d’épouser des femmes Tutsi et qualifient de complices ceux qui persistaient.

Journal extrémiste Kangura n°6 (décembre 90)

Maître FALGAS demande au témoin ce qu’il pense de l’investissement d’un professeur d’université dans ce qu’il appelle “ce grand nettoyage des cadavres tutsi”. Monsieur GILLET situe le début du génocide à BUTARE au 19 avril, à la suite de l’intervention du président appelant chacun à “effectuer sa part de travail”. Il décrit la mise en place d’une administration de la mort caractérisée par une absence totale d’émotion et d’affect, sans plaisir de tuer : “On fait simplement sans état d’âme ce qu’on a à faire”. Il rappelle toutefois que la majorité des Hutu n’a pas tué, beaucoup ayant au contraire protégé des Tutsi au péril de leur vie. Sur la thèse d’une infiltration des Interahamwe par le FPR, Éric GILLET indique que les Interahamwe étaient à l’origine la jeunesse du MRND[15], transformée ensuite en milice. Il explique que cette thèse résulte notamment du fait que le président des Interahamwe était lui-même Tutsi, mais compare cette situation au phénomène observé pendant la Shoah, de juifs ayant tué d’autres juifs, et indique que cela ne constitue pas selon lui un indice d’infiltration du FPR.

Interrogé sur la persistance, trente-deux ans après les faits, d’un discours présentant le génocide comme une étape stratégique d’un plan tutsi de conquête de la région des Grands Lacs et de contrôle des ressources minières du Congo, monsieur GILLET constate une augmentation et une virulence croissante du négationnisme de procès en procès, s’appuyant sur le même langage qu’à l’époque, notamment la notion d’ennemi. Il cite un accusé jugé à Bruxelles en 2019 ayant déclaré n’avoir tué que des ennemis, estimant normal en temps de guerre de défendre son pays ainsi. Il conclut que ce langage continue à servir de support au négationnisme actuel.

Sur la notion d’absence d’espace émotionnel évoquée précédemment, le témoin explique s’appuyer sur la thèse de Richard RECHTMAN (dans son ouvrage « La vie ordinaire d’un génocidaire »[16]) : dans la machine génocidaire, il n’y a plus de distinction entre les choses ordinaires de la vie et le fait de tuer, du fait d’une déshumanisation complète des Tutsi, considérés comme des déchets : “On gère des déchets”. Il n’y a plus de séparation émotionnelle entre l’ordinaire de la vie et l’ordinaire du génocide.

Invité à donner sa réaction sur l’argument de la défense selon lequel le Rwanda serait une dictature où tout serait contrôlé et manipulé, Éric GILLET répond ne pas voir de quelle manipulation il pourrait s’agir, contestant l’idée d’une culture du mensonge rwandaise souvent évoquée. Il souligne l’abondance de documentation écrite sur le génocide, les auteurs ayant eux-mêmes fonctionné avec des documents. Ayant rencontré des centaines de témoins et parties civiles, il affirme n’avoir jamais été confronté à des menteurs, mais seulement à des mémoires parfois défaillantes. Il rappelle avoir toujours indiqué aux jurés : “Vous êtes les seuls qui pouvez juger de la crédibilité des témoins, on n’a pas à vous dire que les Rwandais sont des menteurs, c’est vous qui jugez”.

Questions de l’avocate générale, Mme Aude DURET :

L’avocate générale axera une partie de ses questions autour du rôle joué par la communauté internationale, et la volonté du gouvernement intérimaire de lui dissimuler la réalité du génocide. Elle contextualise la situation du gouvernement intérimaire en 1994: proche de la banqueroute, dans le besoin d’armes à feu (notamment pour exécuter le génocide) et d’aide humanitaire pour les réfugiés. À ce sujet, monsieur GILLET remarque que l’absence de réaction de la communauté internationale et le départ de la MINUAR[17] sont mobilisés, auprès des tueurs, comme un élément de légitimation des massacres. Il ajoute que c’est dans ce cadre que s’inscrit la politique de la “pacification”: il s’agit de rendre invisibles les corps.

L’avocate générale poursuit sa réflexion, en évoquant le rôle de certains acteurs, envoyés auprès des Nations Unies ou de la France pour minimiser l’ampleur des massacres, propager l’idée selon laquelle les exactions seraient les conséquences d’une fureur légitime des Hutu après le crash du 6 avril 1994 et plus généralement mobiliser des soutiens. A ce titre, elle mentionne les interventions du ministre BICAMUMPAKA à l’ONU (par exemple le 16 mai 1994), et la visite de Jean-Bosco BARAYAGWIZA en France (NDR: L’avocate générale ne manquera pas de rappeler qu’Eugène RWAMUCYO a été interpellé en 2010 à ses obsèques). Monsieur GILLET abondera et reviendra sur le refus des autorités françaises de qualifier ces massacres systématiques de génocide, qu’il relie aux théories négationnistes. Par la suite, l’avocate générale reviendra sur plusieurs déclarations et discours, et en premier lieu l’intervention du ministre BICAMUMPAKA à l’ONU le 16 mai. C’est un exemple d’une accusation en miroir, mais aussi du glissement sémantique qui assimile les Tutsi au FPR, et à la figure de l’ennemi. Le témoin décrit la “pacification” comme une “réponses aux inquiétudes de la communauté internationale”, qui passe par une invisibilisation des corps mais aussi des maisons pillées: ceci implique de “nettoyer le paysage”. Les massacres se sont poursuivis, et ont ainsi été facilités: l’avocate générale indique d’ailleurs qu’Alison DES FORGES parle de “pacification trompeuse”, pour faire sortir les survivants de leurs cachettes.

L’avocate générale poursuivra en avançant chronologiquement dans les différentes étapes de la qualification heurtée du génocide par la communauté internationale. Le 25 mai, au cours d’une session extraordinaire de l’ONU demandée par le Canada, le terme de génocide n’est pas utilisé mais un commissaire spécial est mandaté: René DEGNI-SEGUI. L’avocate générale remarque que dans son rapport du 28 juin 1994, monsieur DEGNI-SEGUI est capable de distinguer entre les exactions commises par le FPR, dans le cadre de la guerre menée contre le gouvernement intérimaire, et le génocide perpétré contre les Tutsi. Monsieur GILLET précise que non seulement les Tutsi sont visés afin d’être éradiqués, mais sont également détruits leurs souvenirs et toutes les traces de leurs existences.

L’avocate générale abordera le dossier important de la réunion du 14 mai 1994, à laquelle a participé Eugène RWAMUCYO, et la convocation à une table ronde du Cercle des intellectuels du 22 juin 1994. En ressort une volonté de contrôler le langage: le “langage ne doit pas prêter à confusion” et se concentrer sur l’attaque du FPR, selon monsieur GILLET. Reprenant les termes de l’ordre du jour prévu pour la table ronde du 22 juin 1994, le témoin confirme que la référence à la “majorité populaire”, qui limite la question à une majorité purement démographique, exclut les Tutsi, qui ne l’incarnent pas. Pour Eric GILLET, le discours d’Eugène RWAMUCYO du 14 mai “répond à l’appel des autorités à une contribution des intellectuels”. Il acquiesce lorsque l’avocate générale lui propose l’adjectif de “belliqueux” pour qualifier ce même discours. Sur les enfouissements et leurs qualifications juridiques, monsieur GILLET précise que ces pratiques ont pu être motivées par plusieurs raisons différentes, qui se recoupent. Il conteste pour autant que ces raisons soient importantes pour comprendre les enfouissements et leur insertion dans la politique génocidaire: “Ce qui est certain, c’est que la participation à la politique d’enfouissement revient à une participation à la machine génocidaire, et ce quelles que soient les raisons. C’est une fonction essentielle du génocide que de se débarrasser des ‘déchets’(NDR: Monsieur GILLET explique que pour les extrémistes et génocidaires, les Tutsi sont perçus comme des déchets, qu’ils soient vivants, morts, ou agonisants). L’avocate générale relève en effet que les moyens de l’État sont mobilisés à cette fin.

L’avocate générale conclura sa série de questions en évoquant l’après-génocide, et notamment le rôle de notable d’Eugène RWAMUCYO, qui a pu s’exiler. Elle fait référence aux derniers propos d’Emmanuel MUTIRENDE, entendu la semaine dernière[18]: “i Eugène RWAMUCYO avait fait des aveux, il n’en serait pas là”. Monsieur GILLET précise que ces notables, avocats ou médecins, constituaient une “élite très restreinte au Rwanda à cette époque”, et qu’ils “se connaissaient tous extrêmement bien”. Enfin, madame l’avocate générale questionnera le témoin sur les discours négationnistes, les procédés de la relativisation du génocide, et en particulier l’usage de guillemets autour du terme (NDR: l’avocate générale a probablement en tête les “travaux” de Patrick MBEKO et Charles ONANA…). Monsieur GILLET confirme que c’est effectivement un tel procédé et en cite d’autres, tel que l’usage de périphrases comme “ce que la communauté internationale appelle un génocide”.

Questions des avocats de la défense :

Maître SIARI lui demande si quelque chose l’a choqué dans son propre discours introductif. Le témoin répond par la négative. L’avocate indique alors avoir été choquée que le nom de son client n’ait jamais été cité pendant les trente minutes de sa déclaration spontanée. Le témoin répond ne pas être venu parler de monsieur RWAMUCYO, n’ayant aucune raison de le faire et ne connaissant rien de son dossier.

Interrogé sur le livre d’Alison DES FORGES, le témoin confirme y avoir contribué. L’avocate lui remet l’ouvrage et lui demande de chercher monsieur RWAMUCYO dans l’index. Le témoin indique avant même de prendre l’ouvrage que certaines références qui y figurent ne sont pas exactes, et qu’il y a des mentions d’Eugène RWAMUCYO à des pages non répertoriées dans l’index. L’avocate mentionne une réunion du 22 juin 1994 évoquée dans l’ouvrage mais qui n’aurait jamais eu lieu. Monsieur GILLET suggère qu’Alison DES FORGES ne disposait peut-être pas de cette information à l’époque, ajoutant qu’un tel ouvrage peut comporter des erreurs et que seule la cour pourra établir la vérité définitive concernant l’accusé. Il ajoute que l’élément qu’il retient avec certitude est le discours du 14 mai 1994, clairement attribué au  , et que cette réalité demeure indépendamment de la tenue ou non de la réunion du 22 juin.

Questionné sur les éléments matériels lui permettant de qualifier monsieur RWAMUCYO d’extrémiste, Éric GILLET conteste cette interprétation de l’avocate, précisant qu’il lui a simplement été demandé s’il était possible d’appartenir à la CDR sans être extrémiste – question à laquelle il avait répondu par la négative, en s’appuyant sur sa connaissance du Rwanda de l’époque et de la signification de l’adhésion à ce parti. Il dément fermement avoir affirmé qu’il avait mené une enquête sur Eugène RWAMUCYO, rappelant ne pas connaître le dossier. Maître SIARI l’interroge ensuite sur sa qualification du régime de Paul KAGAME, rappelant une réponse antérieure de monsieur DUPAQUIER[19] refusant la comparaison avec la Corée du Nord. Le témoin refuse de répondre, estimant que la nature du régime actuel du président KAGAME n’a aucune incidence sur la responsabilité des génocidaires de 1994, et qu’aucune responsabilité n’est amoindrie par les actes ultérieurs de ce régime. L’avocate insiste, mais le témoin indique qu’il ne souhaite pas se prononcer sur le caractère démocratique ou non du régime de Paul KAGAME.

Interrogé par Maître SZTULMAN sur Gasana NDOBA, Monsieur GILLET précise qu’il s’agissait de la cheville ouvrière du comité CRDDR (Comité pour le respect des droits de l’homme au Rwanda), comité créé en 1990 en réaction aux représailles contre les Tutsi. C’est à sa demande que Monsieur GILLET s’était rendu au Rwanda pour défendre des personnes emprisonnées, devenant ainsi son client. Maître SZTULMAN relève alors que Gasana NDOBA est partie civile représentée par maître LAVAL dans ce procès, alors que le témoin avait affirmé en début d’audition n’être en lien avec aucune partie civile. Le témoin répond qu’il ignorait que Gasana NDOBA était partie civile dans cette procédure. Interrogé sur les autres parties civiles avec lesquelles il aurait travaillé, l’avocat l’interpelle de manière insistante : “Vous êtes dans une cour d’assises, pas dans un PMU” – mais Monsieur GILLET refuse de faire la liste de toutes les parties civiles pour lesquelles il a travaillé. Sur la question des mariages mixtes, il lui est demandé si un père hutu cachant sa femme et sa famille tutsi pouvait se voir légitimement prêter une intention génocidaire postérieure. Le témoin répond qu’il y a eu des cas de personnes participant aux tueries sur les collines tout en protégeant simultanément des Tutsi. Maître SZTULMAN lui soumet ensuite un rapport du TPIR[20] sur les crimes commis par le FPR en 1994, mentionnant parmi les missions de ce dernier l’infiltration des Interahamwe, lui demandant sa réaction. Éric GILLET répond ne pas connaître ce rapport et ne pas pouvoir se prononcer en conséquence.

L’avocat revient pour finir sur la comparaison faite par le témoin entre les Interahamwe dirigés par un Tutsi et les juifs ayant tué d’autres juifs pendant la Shoah, et lui demande de manière agressive de citer un seul exemple de juif ayant appartenu à la Gestapo, à la SS ou au parti nazi. Le président intervient pour demander à l’avocat de ne pas apostropher le témoin. Monsieur GILLET ne répond pas, estimant qu’il s’agit d’arguments déplacés dans le cadre d’une telle audience, déplorant les “’attaques ad hominem” de la défense.

L’audience est suspendue à 14h14 et reprend à 15h22. Le président souhaite faire un point sur les moments de tension. Il demande aux avocats d’être vigilant sur la façon qu’ils ont de s’exprimer avec les témoins. Maître FALGAS souhaite reprendre la parole sur les interventions des avocats de la défense. Il observe que la défense a indiqué que monsieur RWAMUCYO a été mentionné plusieurs fois dans le livre “Aucun témoin ne doit survivre”, et non à une seule reprise comme l’a indiqué la défense. Par ailleurs, s’agissant de la réunion du 22 Juin 1994, il y est également mentionné que la réunion a été convoquée, et non qu’elle s’est déroulée, comme l’a affirmé la défense. Enfin, il a été établi que la réunion du 14 mai 1994 a bien eu lieu, ce que ne conteste pas l’accusé. Madame l’avocate générale fait les mêmes observations, et appuie en indiquant “que tout correspond”. Maître SIARI observe quant à elle qu’à l’inverse, l’index induit en erreur et ne trouve pas les mentions des avocats des parties civiles.

 

Audition de madame Angélique UWAMAHORO, partie civile.

Il est demandé au témoin de décliner son identité (Angélique UWAMAHORO), sa profession et son domicile (Rwanda). Le témoin étant une partie civile, elle ne prête pas serment.

Angélique UWAMAHORO déclare spontanément : “Quand le génocide a eu lieu, j’étais âgée de 13 ans. J’habitais dans le secteur de NKUBI. Je commence par vous raconter mon chemin de croix, et je dis chemin de croix parce que ce n’était pas facile. Quand ils ont commencé à tuer les Tutsi, nous nous sommes réfugiés chez les frères de RANGO. Nous sommes allés en famille mais tout le monde n’est pas parvenu à y arriver. À un moment, nous nous sommes séparés et les uns ont pris des directions différentes. Je me suis retrouvé chez les frères de RANGO. Et nous y avons rencontré des Tutsi qui venaient de TUMBA. Je suis seulement restée. Nous y avons passé toute la journée aux environs de 10h. Et c’est à ce moment que les Interahamwe sont venus nous tuer. Ils ont tué surtout les hommes. Quand cela s’est passé, le lendemain je me suis retrouvée toute seule sans aucun autre membre de la famille. Je me suis retrouvée en train d’errer en sortant des cadavres, j’ai pu retrouver mon cousin, ma cousine qui s’appelait MUKAGANGA Claudine et qui suivait ses études à KARUBANDA à l’école de Providence.

Alors elle m’a demandé si je n’avais pas vu d’autres membres de la famille, et je lui ai dit que je n’en ai pas vu. Nous sommes restés là, et nous avons vu un véhicule de militaires, et dans ce véhicule il y en avait un qui suivait dans lequel se trouvait le Dr RWAMUCYO Eugène. Et les Interahamwe sont venus et ce véhicule cherchait partout s’il y avait des survivants, et ils ont trouvés que tout le monde a été tué. Et en ce moment, les interahamwe ont dit qu’ils voulaient les filles. Ils ont pris 4 filles, alors ils ont fait appel aussi à ma grande sœur et j’étais la cinquième. Parce que c’est la seule que j’avais vue et avec qui j’avais une relation de parenté et je l’ai suivie. Et à ce moment, un des interahamwe m’a poussé en me disant : “Toi, va t’en ! Tu es encore gamine”. Alors RWAMUCYO a dit : “Je vais les soigner, je les ramènerai et tu la reverras”.

Alors quand il a fait nuit, je me suis rendue compte qu’elle ne reviendrait plus. Alors je n’avais plus de choix, il fallait que je fasse tout pour retrouver les miens. J’ai emprunté le chemin qui mène au stade en ville à BUTARE, mais je n’ai pas eu la chance d’arriver jusqu’au stade, j’ai trouvé une barrière entre les sœurs et un endroit qu’on appelle “credo” et cette barrière a été érigée par Pauline NYIRAMASUHUKO. Ils m’ont fait asseoir là, il y avait beaucoup de monde, des femmes et des enfants, alors je me suis assise là également. Après environ 4-5h, alors j’ai vu un véhicule chargé d’essence qui allait incendier les maisons qui restaient à TUMBA. Et ce véhicule était conduit par un chauffeur du nom de NGENI Mathias. Après un court instant, RWAMUCYO est revenu encore dans le véhicule double cabine, il est sorti du véhicule, alors il a regardé tous ces Tutsi assis à cette barrière, alors il a demandé au chef de la barrière de venir et il a dit : “Qui c’est, tous ces Tutsi?” Alors il s’est exclamé en riant : “Ne penses-tu pas que c’est la dernière prière des Tutsi?”. Alors il a continué à circuler parmi tous les Tutsi assis à cette barrière. Il s’est adressé à nouveau au chef de la barrière, il a dit : “Il faut pas faire le gamin, il faut les tuer”.

Alors il s’en est allé, il est parti. Vers 19h, ils ont commencé à nous tuer, la situation est devenue de plus en plus grave. Moi j’ai pu m’en sortir en même temps que d’autres petits enfants, alors nous sommes montés en courant vers le stade. Arrivés au Faucon [l’Hôtel Faucon], il y avait aussi une barrière, mais à cette barrière là il n’y avait pas tout le monde, ils étaient à la recherche des hommes. Si un homme en faisait partie, et comme ils ont vu qu’on était des enfants, ils nous ont autorisés à nous en aller. Avant d’arriver au stade, nous avons eu la chance de trouver les Tutsi venus de NGOMA, NYIARI, et nous sommes entrés et le lendemain on a gardé les personnes qui étaient là l’une après l’autre. Alors par chance, j’ai pu retrouver 3 de mes cousins, et ils sont restés là toute la journée, assoiffés, affamés… Alors vers 12h, nous avons vu des militaires de l’ESO[21], ils sont venus accompagnés du Dr RWAMUCYO, mais après ils ont dit que c’était pas par amour qu’ils venaient là, c’était une façon de nous distraire pour qu’ils puissent trouver un moyen de nous tuer plus tard. Ils sont entrés, ils se sont approchés de nous, alors ils nous ont dit de rester tranquille, de ne pas avoir peur, parce que la paix et revenue. Mais nous, nous étions mal informés parce qu’on ne savait pas s’il faisait jour ou s’il faisait nuit.

Alors ils nous ont dit : “Les parents qui sont là, et qui ont de la nourriture pour les enfants peuvent l’accueillir, pour que les enfants ne puissent pas mourir de faim”. Et la nuit encore, ils ont commencé à nous tuer, ils ont tué, ils ont tiré, machette, gourdins, fusil, et après moi j’ai attrapé une balle, la balle est entré dans la cuisse. En ce moment je n’ai pas su où était passé mon cousin et je suis parti. Alors après, le lendemain, j’ai appris qu’il y avait d’autres personnes qui se trouvaient à SAVE, alors j’ai essayer de me traîner pour aller à SAVE pour voir si je ne trouverais pas d’autres membres de ma famille. Mais je n’ai pas eu la chance parce que je ne pouvais plus marcher. Je me suis traînée et je me suis couchée hors du stade. À mon réveil, j’ai vu quelqu’un qui portait une tenue militaire en train de me réveiller, et je ne savais pas s’il était un militaire d’ou, j’ai pris peur, j’ai ouvert les grands yeux en me disant : “Pour moi c’est fini, il va me tuer.” Alors il m’a dit : “N’aie pas peur, je ne viens pas te tuer, mais plutôt te sauver”. Mais je me suis rappelée que durant nos causeries, on disait qu’il y avait des militaires qui venaient sauver les Tutsi et qu’on appelait les Inkotanyi. C’est à ce moment que j’ai retrouvé ma mémoire, il m’a levé, il m’a demandé si je n’ai pas rencontré de problème durant le génocide. Alors je lui ai raconté, je lui ai dit que j’avais une balle dans la cuisse quand j’étais au stade. À ce moment, ils sont venus avec un véhicule avec lequel ils m’ont transportée jusqu’au groupe. Ils ont trouvé que la balle était toujours dans la cuisse, mais ils ont pu l’extraire. Après l’avoir extraite, j’ai continué à vivre ainsi, nous sommes allés à l’orphelinat et après on a quitté. Nous avons continué à vivre de cette façon, et à ce moment ils ont dit pour finir que les Inkotanyi étaient arrivés. Nous les remercions, parce qu’ils ont pu me tirer d’affaires. Et si nous sommes encore en vie, même l’air que nous respirons, c’est grâce aux Inkotanyi. C‘est ça, mon chemin de croix par lequel je suis passée”.

Le témoin a terminé de déposer et la parole est au président.

Questions du président de la cour :

Interrogée, le témoin explique qu’elle n’avait pas de carte d‘identité, mais qu’elle figurait sur celle de ses parents sur laquelle il y avait la mention Tutsi pour les deux parents. Elle explique avoir été à l’école primaire et avoir du quitter l’école durant le génocide, et avoir pu reprendre ses études après. Sur sa scolarité, elle explique qu’il existait une distinction entre Hutu et Tutsi : “Parfois, on ne savait pas où on devait se mettre debout, et après ça, tout le monde se moquait de vous. Et à cause de cela, on disait : “Bon, il fallait montrer sa main”. Le président demande pourquoi il fallait montrer sa main, et elle explique : “Parce qu’ils disaient que les lignes de la main des Hutu n’étaient pas semblables à celles des Tutsi”. Sur sa famille, elle explique : “Mon père était cultivateur, mais travaillait aussi à l’IRST[22]. Ma mère était enseignante. Avec la première femme de mon père, ils ont eu 4 enfants. Nous étions 6, parce que je suis née après, et ma petite sœur également. Nous étions 6 enfants. Et nous étions 8 membres de la famille, y compris mon père et ma mère”. Elle précise que sa maison était dans le secteur de NKUBI à NYAGACYAMO. Sur les dates, elle indique qu’il est difficile d’en donner avec exactitude au regard des conditions liées au génocide : “Parfois il faisait jour, il faisait nuit, et c’est grâce à Dieu qu’on a pu survivre”.

Sur l’accusé, elle explique : “Je le connaissais parce qu’il travaillait au Centre de santé chargé de la planification de l’ONAPO[23]”. Elle ajoute : “ J’y allais avec ma mère, parce que c’est là qu’elle allait me faire soigner. J’avais des problèmes de teigne, et c’est là où ma mère se faisait soigner, et c’est comme ça que je l’ai connu”. À la question de savoir si elle est sûre d’avoir vu Eugène RWAMUCYO dans la voiture et au stade, elle confirme : “Je l’ai vu, c’était lui. Je l’avais vu plusieurs fois avant et ce n’était pas possible de l’oublier”. Sur les massacres auxquels elle a assisté et dont elle a été victime, le témoin explique : “Au stade il [Eugène RWAMUCYO] y était, à la barrière il y était également parce que les Interahamwe nous tuaient et chez les frères il y était également”.

Le président explique au témoin que l’accusé a obtenu un non lieu partiel sur les faits relatifs aux meurtres. À la question de savoir si elle a assisté à l’enfouissement de cadavres, Angélique UWAMAHORO explique ne pas l’avoir vu et ajoute : “Ce n’est pas un enterrement tel que vous le dites, c’était une façon de nettoyer, d’enlever la saleté dans la ville. Parce que c’était des scènes terribles! On voyait les corbeaux en train de manger la chair humaine, c’était des choses qui faisaient honte. Dans la coutume rwandaise, quand on a perdu un membre de la famille, on avertit les autres, on vient, on fait le deuil, on enterre d’abord avec dignité et puis on porte le deuil et après on finit le deuil. Mais ici, ce n’était pas le cas. C’était vraiment une façon de se débarrasser des corps”. Elle ajoute avoir vu beaucoup de corps.

Sur les pertes qu’elle a subies, elle explique : “J’ai perdu mon père, mes frères, les enfants de mon père (trois), mes cousins, trois de mes cousins, ma cousine”. S’agissant de sa grande sœur, évoquée lors de ses déclarations spontanées, elle explique : “Elle a été prise en même temps que les quatre filles dont j’ai parlé, et depuis lors, elle n’est plus jamais revenue. Ce que nous savons, c’est que les filles étaient violées et après elles étaient tuées”. À la question de savoir si elle a retrouvé les corps des membres de sa famille, elle explique : “Non, nous n’avons pas vu leur corps, parce que les frères sont morts au stade, ma grande sœur, je ne sais pas où ils l’ont emmenée”. Elle ajoute : “Nous avons pu retrouver notre père, parce qu’il n’est jamais venu, ni au stade ni chez les frères, et c’est grâce à la personne qui l’a tué, il est venu me chercher à 4 reprises environ à la maison, quand ils venaient me chercher, ils trouvaient des enfants, et c’est après qu’il est venu me chercher. Il m’a dit que ça fait longtemps qu’il me cherchait parce que nous savions qu’il était un interahamwe notoire, alors je lui ai demandé d’aller le chercher. Il m’a dit : “Alors tu sais que je suis libérée depuis un moment, mais il nous a été recommandé de venir nous adresser à ceux à qui nous avons fait du tort. C’est une école qui a été mise sur pied par Modeste. Alors je lui ai dit : “Il n’y a pas de problème, je viendrai et on ira ensemble. Alors je suis allée quand même demander à mon frère qui restait parmi les enfants de mon père, alors moi il m’a dit : “Moi je n’irai pas, et si tu y vas tu auras des problèmes avec moi”. Mais comme Modeste venait nous chercher comme des survivants, il venait nous entretenir, et au fur et à mesure je me sentais soulagée et les blessures commençaient à se cicatriser. J’y suis allée, nous nous sommes rencontrés à l’église catholique, et je lui ai pardonné. Et alors à un moment, ils nous ont demandé de nous donner la paix entre nous, nous souhaiter la paix, cela a été fait et je me suis sentie soulagée”.

Sur sa présence devant la cour d’assise de Paris, elle explique : “La raison pour laquelle je suis venue du Rwanda jusqu’ici, c’est que justice soit faite pour les miens que je n’ai pas revus”. À la question de savoir si depuis 94 à aujourd’hui, elle a fait l’objet d’une aide ou d’un soutien psychologique, elle confirme : “Oui, j’ai suivi un traitement. Il y a des gens qui aident à retrouver la paix intérieure que l’on rencontre chaque année. À cause d’une profonde tristesse que j’avais continuellement, mais quand on se rencontre et qu’on commence à causer entre nous, il y a des choses qui changent et au fur et à mesure on trouve la paix”.

Questions des avocats des parties civiles :

Maître KARONGOZI demande à la cour de diffuser une carte versée au dossier. Interrogée, elle précise que la grande sœur évoquée est une cousine (en raison des particularismes de la langue). Maître KARONGOZI observe à l’attention de la cour : “Les autres étaient matures pour être violées, c’est la raison pour laquelle on lui a dit : “On a pas besoin de toi”. Le témoin confirme : “Oui, je n’avais pas les formes d’une femme et j’étais comme un petit garçon et je portais une culotte kaki”. Puis elle confirme avoir vu Eugène RWAMUCYO sur la barrière de Pauline NYIRAMASUHUKO[24].

Maître KARONGOZI revient sur la chronologie. Elle explique s’être constituée partie civile pour le meurtre de sa fratrie ainsi que sa cousine.. Le témoin a demandé à être assise : “La raison est que j’ai des vertiges, et j’ai un mal de tête chronique. J’ai demandé à témoigner assise, parce que quand je reste debout longtemps, ça a des conséquences à cause des blessures que j’ai eues pendant le génocide”. Sur son passeport, elle explique ensuite qu’il a été remis à l’association pour des raisons de sécurité. Maître Jean SIMON revient quant à lui sur ce qu’elle attend du procès, mais trois individus font irruption dans la salle, et coupent la partie civile dans son témoignage. À 16h40, deux hommes et une femme du côté des soutiens de monsieur RWAMUCYO se lèvent et déploient des drapeaux, vêtus de tee-shirts blancs, de masques chirurgicaux, de lunettes et de casquettes. Un homme proclame le poing levé : “Je suis un rescapé du génocide, je dois rappeler ce qui s’est passé”. Il pointe la cour avec son drapeau et les intrus se font sortir de la salle d’audience manu militari. (NDR : Il s’agit de trois individus qui ont scandé à la sortie “La justice française doit s’occuper des criminels du FPR” et qui se revendiquent de l’association BAHO).

Interpellation à la sortie de la salle d’audience – Photo: DR.

L’audience est immédiatement suspendue, l’audition du témoin se poursuivra en fin de journée.

Elle reprend à 17h10 avec l’audition de Michel MURENZI, en visioconférence depuis l’Italie. Il est accompagné d’un interprète, d’un juge, et d’une greffière. Le témoin indique vouloir s’exprimer en italien.

 

Audition de monsieur Michel MURENZI, en visioconférence de FLORENCE (Italie).

Il est demandé au témoin de décliner son identité (Michel MURENZI, 68 ans), sa profession (Prêtre) et son domicile(Italie). Le témoin indique n’avoir ni lien de parenté ni d’alliance avec l’accusé ou les parties civiles. Cité par le ministère public, le témoin prête serment.

Le témoin déclare spontanément : “La première chose à dire, c’est que je suis vraiment très fatigué, je suis malade, et si c’est possible que je puisse avoir une audience brève et je répondrai à vos questions”. Il ajoute en français : “J’ai vu, j’étais au Rwanda, j’ai assisté au génocide des Tutsi à NYAKIBANDA où j’étais, ils ont été tués et je pense que ça peut aller comme ça”.

Questions du président de la cour :

Sur son parcours, il explique avoir fait l’école primaire dans son village natal, puis avoir poursuivi ses études secondaires à KIGALI. Il ajoute avoir été au grand séminaire comme étudiant d’abord, puis avoir été envoyé à ROME pour se spécialiser en écriture saintes, avant d’être nommé professeur au grand séminaire au Rwanda. Le président indique que lorsqu’il a été entendu par les autorités italiennes, le témoin avait indiqué avoir étudié avec l’accusé quand ils étaient étudiants. Michel MURENZI confirme : “Je pense, 6 mois au grand séminaire. Je pense en 1979”. Il confirme ensuite que c’était à NYAKIBANDA. À la question de savoir s’il a connu l’accusé avant 1979, il explique : “Je l’avais connu quand on étudiait dans l’école d’assistant médical à KIGALI”. Sur les exclusions de cette période, il explique se souvenir de l’année 73 : “Il y avait eu des exclusions”. Il ajoute : “Oui, j’ai connu beaucoup de monde qui ont été exclus pour des raisons ethniques, ou pour des raisons régionales”. Il précise : “Pour les raisons raciales en 73, où on voulait pratiquement chasser les Tutsi des écoles”.

Sur Eugène RWAMUCYO, le témoin explique ne pas savoir pourquoi il a rompu son parcours ecclésiastique. Il ajoute :“Moi j’ai cru que c’était pour des motifs de vocation”. Sur les études de l’accusé en URSS, le témoin explique ne pas avoir suivi “parce que ceux qui partaient étaient tellement nombreux que je ne pouvais pas suivre le parcours de tous”.

Il indique ensuite que sur sa carte d’identité, il y était mentionné l’ethnie hutu. Sur son recrutement au grand séminaire de NYAKIBANDA, il explique avoir suivi le parcours de formation philosophique et théologique. Il ajoute avoir été recruté en 1981 ou 1982, car il était “pratiquement licencié en écritures saintes”.

Grand séminaire de Nyakibanda, @AG.

Sur l’attaque de l’avion présidentiel en 1994, le témoin explique : “Je me suis posé la question et j’ai été vraiment très choqué”. Il ajoute : “Après les accords de paix, j’espérais un gouvernement national, et je me suis demandé pourquoi l’avion a été descendu, c’était choquant”. À la question de savoir à partir de quand le témoin a constaté ou a été informé du début des massacres autour de NYAKIBANDA ou autour, le témoin répond : “À partir du moment où j’étais parti à BUTARE, et nous avons accueilli beaucoup de réfugiés avec mon confrère et il a été évêque”.

Sur insistance du président, et après trois questions, le témoin finit par admettre que les réfugiés au grand séminaire “ont été tués par des Interahamwe”. Il confirme que “parfois des villageois se joignaient aux tueries pour des motifs économiques, et ils espéraient qu’ils trouveraient quelque chose à compenser contre la misère”. À la question de savoir si les victimes étaient armées, ou si parmi elles il y avait des combattants du FPR, il explique : “Les victimes étaient un peu de tout le monde et je n’ai pas compris votre demande”. Le président insiste sur la question de savoir s’il n’y avait que des civils tués, il finit par admettre également : “C’étaient des civils, parce que les réfugiés que nous avions étaient tous des civils”. Sur les cadavres, il confirme en avoir vu de nombreux. Sur l’enfouissement des cadavres et des fosses qui ont été creusées, le témoin explique : “Je n’ai pas assisté de près, je regardais du haut de NYAKIBANDA. Il y avait une piscine, j’étais là. Je ne passais pas beaucoup de temps”. Le président indique que lorsque le témoin a été entendu, il a indiqué avoir vu les opérations d’enfouissement. Le témoin répond : “J’ai vu les opérations à partir du mur du grand séminaire mais pas de près”. Sur le Caterpillar, il explique l’avoir vu creuser des trous et ajoute : “Toujours du haut du mur du grand séminaire”. Sur les cadavres mis dans ces fosses, il confirme les avoir vus. Sur les survivants, il explique ne pas savoir s’il y en avait : “Peut-être oui, peut-être non”, puis indique ensuite ne pas se souvenir des personnes en vie. Le président insiste sur la question d‘une rescapée en particulier que le témoin avait évoquée, et le président lit un extrait de son audition, dans laquelle Michel MURENZI a déclaré à cette même question :

“Je me rappelle une jeune fille qu’il a amenée à l’intérieur du séminaire… oui, j’étais allé chercher un peu de lait. pour donner un peu de réconfort à cette fillette..- Et quand je suis revenu, il y avait quatre ou cinq personnes tout autour qui l’ont… l’ont achevée…”.

Michel MURENZI se souvient finalement : “Moi je me souviens, mais s’ils l’ont achevée, je me suis dit que la fillette ils devront certainement la tuer mais je ne sais pas dire”.

Le président indique que la question lui a été posée et qu’il avait répondu à l’époque au juge:
Question du juge : Cette fillette a été enterrée comme les autres, n’est-ce pas?
Réponse du témoin : Je pense que oui, car quand ils l’ont tuée c’était… Ces personnes faisaient peur à tout le monde…”.

Le témoin confirme ses précédentes déclarations. À la question de savoir pourquoi les réfugiés ont choisi de venir dans les bâtiments de l’église, Michel MURENZI répond: “Je l‘explique par le fait que les gens se sentaient en sécurité dans les lieux de l’église, ce n’était pas seulement à KIBEHO et NYUMBA, ils se sentaient en sécurité dans la maison du Seigneur”. Le président insiste et lui demande s’il a pris du recul sur ce point aujourd’hui, ce à quoi il répond : “Le lieu de l’église a toujours été un lieu de protection. Une personne me disait: même en 59, il y avait tout ça là où il y avait l’église, on ne touchait personne, ils avaient peur de Dieu”. Et plus à cette période? lui demande le président. Il confirme puis indique : “Ils ont peur de Dieu, ils ne touchent pas la maison de Dieu, les Rwandais sont de grands croyants”. Sur les autorités présentes lors des enfouissements, le témoin ne se souvient pas en avoir vu “sur le site”. Il ajoute : “KAMBANDA, le bourgmetre, je l’ai vu au grand séminaire une fois, mais je ne sais pas si c’était au milieu des massacres. Avec le temps, les souvenirs s’en vont, avec la maladie tout ça, il y a un peu de confusion”.

Sur Eugène RWAMUCYO, il confirme avoir vu l’accusé sur site. Il ajoute : “Je pense qu’il s’occupait de la Santé publique”. À la question de savoir s’il entendait l’accusé parler ou échanger avec le conducteur du caterpillar ou d’autres personnes, il explique : “Il était fonctionnaire sanitaire”. Le président reformule sa question, et indique qu’en confrontation, le témoin avait déclaré que le rôle d’Eugène RWAMUCYO était d’expliquer comment creuser, à quelle profondeur, comment mettre les cadavres et surveiller qu’ils soient bien recouverts, ce que le témoin avait d’ailleurs confirmé dans une audition ultérieure. Il indique s’en souvenir et précise : “C’était sanitaire, pour voir comment les gens sont enterrés selon les règles, c’est tout”. Il ajoute avoir vu l’accusé, “je pense une fois”.

Le président lit un autre extrait d’une audition antérieure du témoin : “Je confirme que je ne sortais pas souvent, mais je confirme que je l’ai vu au moment où il est arrivé et au moins une autre fois. Concernant la deuxième fois, je pense l’avoir vu au site où l’on procédait à l’enfouissement des corps pour donner des indications “. Interrogé, Michel MURENZI indique ne pas s’en souvenir. Sur le matériel pour soigner les blessés, le témoin indique n’en avoir jamais vu. À la question de savoir si le témoin a voulu porter assistance aux blessés, il explique : “Étant donné que je n‘avais pas de matériels pour soigner les blessés, je ne pouvais pas”. Et en tant qu’homme d’église, et sur la façon dont les cadavres ont été enfouis, qu’en a t-il pensé ? Il répond : “Le sentiment que j’ai eu, c’était un sentiment de pitie humaine et chrétienne”. Interrogé de nouveau sur les conditions d’enfouissement des cadavres, il explique : “Moi, je trouvais ça… Qu’ils étaient ensevelis d’une façon qui me faisait horreur, ça me faisait vomir”. A la question de savoir s’il est intervenu auprès des autorités ou quiconque, il explique être resté en retrait et ajoute que c’était “par manque de courage, ou peur mais c’est vrai, je ne l’ai jamais fait”.

Questions des avocats des parties civiles :

Maître ZARKA revient sur les déclarations antérieures du témoin dans lesquelles il avait indiqué avoir vu le docteur RWAMUCYO près des fosses en train de donner des indications. Michel MURENZI le confirme, et précise que ces indications lui semblaient relever naturellement de l’activité d’un médecin chargé de la santé publique. Interrogé sur l’origine de ces connaissances en matière de creusement de fosses, il suppose que cela provenait de ses études et de sa formation d’hygiéniste. Maître KARONGOZI l’interroge sur les raisons pour lesquelles, en 1994, des personnes ont été tuées dans les églises, lieux pourtant censés les protéger. Le témoin répond ne pas savoir l’expliquer, avançant comme hypothèse la rage ressentie par certains après l’assassinat du président.

Maître GISAGARA revient sur l’existence éventuelle de survivants dans les fosses et demande au témoin de clarifier sa position. Monsieur MURENZI affirme d’abord avec certitude qu’il n’y avait pas de survivants. Confronté à ses propres déclarations antérieures, plus ambiguës – « peut-être oui, peut-être non » –, il explique cette hésitation par le stress, avant de reformuler : “Je suppose qu’il y avait des survivants”. (NDR : le témoin se montre confus sur ce point). À la question de savoir s’il a formulé des prières pour les morts après les massacres, il explique n’avoir pas ressenti ce besoin, car il avait confessé les victimes alors qu’elles étaient encore vivantes : “Je leur ai donné l’extrême-onction avant qu’ils ne soient massacrés. C’est permis de faire l’extrême-onction à quelqu’un qui n’est pas mort”. (NDR : L’extrême-onction, c’est-à-dire les derniers sacrements donnés à une personne avant de mourir. De fait, le témoin a anticipé le massacre des Tutsi au sein du grand séminaire?)

Questions de l’avocate générale, madame Aude DURET :

L’avocate générale centre ses interrogations sur la chronologie des faits, et en premier lieu l’afflux des réfugiés vers le grand séminaire de NYAKIBANDA : monsieur MURENZI le situe au 19 avril. S’appuyant sur un rapport d’African Rights, l’avocate générale fait remarquer que de nombreux réfugiés fuient les massacres ayant débuté dans la préfecture voisine de GIKONGORO. Le témoin confirme que les réfugiés Tutsi étaient nombreux, et qu’ils disaient avoir peur des milices. Le confrère de monsieur MURENZI à NYAKIBANDA a également été entendu antérieurement: il situe l’arrivée des premiers réfugiés après le 15 avril et dit qu’il avait conscience que les massacres allaient commencer à BUTARE. Le 20 avril, monsieur MURENZI et son confrère, Tutsi selon sa carte d’identité en 1994, se cachent au petit séminaire de KARUBANDA à BUTARE-VILLE. Le témoin confirme que le discours de Théodore SINDIKUBWABO la veille (le témoin ajoute le Premier ministre KAMBANDA et la présence d’autres ministres) a provoqué la peur de son confrère, les conduisant à se cacher. Selon le témoin toujours, les réfugiés occupaient les nombreuses salles d’alphabétisation et les locaux du grand séminaire de NYAKIBANDA.

Monsieur MURENZI est revenu au grand séminaire le 27 avril 1994: il constate que les gens qu’il a laissés vivants dans l’enceinte du grand séminaire sont désormais morts, tués par les assaillants. Il a indiqué dans ses précédentes auditions que les opérations d’enfouissement ont commencé 4 à 5 jours après son retour: il confirme. Surtout, monsieur MURENZI affirme qu’il n’a pas vu de survivants parmi les corps et dans les fosses. L’avocate générale lui rappelle qu’une petite fille, retrouvée vivante parmi les corps, lui a été amenée: il confirme s’en rappeler, tout comme le fait qu’elle est emmenée par des miliciens alors qu’il était parti chercher du lait à lui donner. Parmi les engins mobilisés pour ces opérations d’enfouissement, il se rappelle avoir vu une “benne” mais pas de camions du CUSP[25]. Interrogé sur le fait de savoir si cette “benne” ensevelissait les corps directement avec son godet, il répond par l’affirmative. Il acquiesce également lorsqu’on lui demande si les milices étaient présentes. On comprend que les “miliciens se baladaient”, probablement pour piller et s’enrichir (NDR: monsieur MURENZI avancera plusieurs fois des raisons économiques pour expliquer la participation massive des tueurs). Enfin, l’avocate générale fera remarquer que le nombre de fois où il aurait vu Eugène RWAMUCYO diminue au fur et à mesure de ses auditions et interrogatoires. Elle lui demande s’ils ont discuté. Monsieur MURENZI répond que leur discussion a été brève, son “cœur battait fort”.

Questions des avocats de la défense :

Interrogé sur sa rencontre avec monsieur RWAMUCYO sur les sites d’enfouissement, le témoin précise qu’elle a eu lieu à l’entrée du grand séminaire. Sur la chronologie de son propre départ du grand séminaire, monsieur MURENZI indique être parti vers le 15 ou 16 avril, et être revenu vers le 20 avril. maître SIARI lui demande de décrire monsieur RWAMUCYO en tant qu’être humain. Le témoin le décrit comme quelqu’un qui exerçait son métier de soignant avec beaucoup de cœur. A la question de savoir si, selon lui, Eugène RWAMUCYO aurait pu être capable de faire achever des victimes encore vivantes, monsieur MURENZI répond : “Je ne pense pas qu’il en soit capable”, le décrivant comme quelqu’un qui faisait son travail avec beaucoup de soin et d’humanité chrétienne, une personne altruiste et généreuse.

L’audience est suspendue à 18h45 et reprend à 19h avec la fin de l’audition de la partie civile, Angélique UWAMAHORO. La parole est aux avocats des parties civiles.

Maître Jean SIMON reprend la parole. Il remercie la partie civile d’être venue devant la cour. Il lui est demandé ce qu’elle attendait de ce procès, et si parmi toutes les victimes de sa famille, tous les corps avaient pu être retrouvés. Elle explique : “Je vous ai dit que tous les corps n’ont pas été retrouvés, sauf mon père qu’on a pu retrouver”. Elle précise que des fosses sont encore découvertes aujourd’hui : “Cela dépend des informations que donnent les tueurs qui ont encore du cœur”.

Questions de madame l’avocate générale, Aude DURET :

Madame l’avocate générale souligne le très jeune âge de la partie civile au moment du génocide, à savoir 13 ans. Le témoin confirme que pour se cacher, l’ensemble de sa famille a pris des directions différentes : “Cela dépendait des informations que nous recevions. Certains disaient que si on allait se cacher au couvent des frères, on aurait des chances de survivre. D’autres disaient le contraire, ça dépendait de tout ça”. L’avocate générale souligne qu’il s’agissait de maximiser les chances de survie et de faire un choix dans l’urgence et le témoin précise : “L’histoire avait commencé plus tôt, et on avait déjà entendu dire que nous étions la mauvaise ethnie, la mauvaise race”. Sur l’accusé, elle explique : “En ce qui concerne le métier de RWAMUCYO, je ne peux rien dire. Je donne le témoignage en ce qui me concerne, moi”. Madame l’avocate générale revient sur “le chemin de croix” évoqué par la partie civile. À la question de savoir comment elle se sent aujourd’hui, elle explique : “Au départ, au début de mon témoignage je me sentais très bien mais au fur et à mesure que j’avançais ca a été comme une torture”. Puis elle ajoute : “Au début, je me sentais bien, quand je donnais mon témoignage, je me sentais plutôt bien. Mais au milieu, vu ce qui s’est passé, j’appelle ça de la torture. [l’interruption par les intrus]. C’est comme de la torture et ça me rappelle le chemin de croix comme je l’ai vécu. Je l’appelle torture, ça m’a touché et la réponse est là, vous le voyez vous même. Cette manifestation me montre, – nous quand nous venons ici pour déposer, pour vous dire la vérité afin que nous puissions nous pardonner – mais ce qu’ils ont fait montre qu’ils ont toujours le même problème avec le mal qu’ils nous ont fait. Il est difficile de s’approcher d’une personne comme ça, et de pouvoir pardonner. Voyez-vous, quand nous quittons le Rwanda, ce n’est pas pour venir nous affronter. Nous, nous avons fait un pas, nous avons fait un chemin pour pouvoir justement se rapprocher et se réconcilier, et là ça montre que c’est difficile avec les personnes comme ça. Nous sommes restés seuls, alors que nous n’avons plus de famille, et c’est difficile”.

Questions des avocats de la défense :

Me HARERIMANA revient sur l’école que la partie civile fréquentait en 1994. Elle explique : “Quand le génocide a eu lieu, j’étais en 4ème ou 5ème, et après le génocide j‘ai continué mes études secondaires”. La défense souhaite connaitre le nom de son établissement : école primaire de NKUBI. Elle indique ensuite se rappeler ses professeurs et les énumère. Sur sa mère, elle confirme que celle-ci était enseignante et que celle-ci était souvent mutée. Elle ajoute que son père faisait le ménage à l’IRST. Elle confirme ensuite l’ensemble de ses déclarations sur l’accusé et précise l’avoir rencontré “au planning familial, au centre de santé”. Elle ajoute que l’ONAPO était au Centre de Santé à côté de la salle polyvalente. Sur l’association Modeste, elle explique que ce n’est pas que pour les rescapés, et que cette association aide aussi les auteurs : “Elle a pour but la paix et la réconciliation, pour que nous puissions nous réconcilier”.

Maître SZTULMAN revient sur le centre de santé consulté par la mère du témoin. Elle explique qu’il y avait plusieurs services. Il est demandé au témoin de confirmer que le FPR l’a sauvée fin Juin, ce qu’elle confirme. Que fait le FPR avec vous quand il vous récupère ? Il vous emmène à l’hôpital immédiatement? Elle répond : “Oui, quand ils m’ont retrouvée en contrebas du stade, c’est là que je me trouvais depuis plusieurs jours. Ils m’ont parlé, ont ramené un véhicule et m’ont transportée au groupe scolaire”. Sur ses blessures, elle explique : “Oui, j’ai toujours des traces visibles” (de la balle). Elle ajoute être allée à l’hôpital “pour retirer la balle qui était à l’intérieur, et j’ai toujours des traces. Et quand je marche les douleurs reviennent”. Il lui est ensuite demandé de rappeler le jour où elle s’est fait “fusiller”. Elle répond : “Je ne me rappelle pas le jour ou la date, et d’ailleurs je n’avais pas de montre. On avait déjà de la chance quand on voyait le jour et la nuit passée”.

(Angélique UWAMAHORO pleure et prend un instant pour se remettre de ses émotions)

Maître STUDMAN insiste pour savoir combien de jours elle est restée blessée avec cette balle. Elle répond : “Je pense que quand on nous a tiré dessus, j’ai dû rester à l’extérieur du stade 3 ou 4 jours. Je vous ai dit que j’avais le projet d’aller à SAVE mais je n’ai pas pu”.

Maître SIARI indique avoir voulu rester assise et prendre le micro de la greffière pour que le témoin puisse la regarder et vice versa : “Je tenais à vous dire que ce qui s’est passé tout à l’heure dans la salle n’a rien à voir avec monsieur RWAMUCYO, et lui et sa famille ne veulent pas blesser et reblesser quelqu’un qui a subi le génocide. Et je voulais vous dire que ce n’est pas RWAMUCYO ni la famille de RWAMUCYO, et il est important de le dire, pour pas que ce soit lui qui vous re-blesse, euh vous blesse”. Elle ajoute : “Je veux que vous sachiez de ma part que les souffrances que vous avez endurées sont incommensurables, inexplicables et qu’elles n’auraient jamais, jamais dû arriver”. Maître SIARI souhaite ensuite lui poser des questions. À partir de quel moment la partie civile est intervenue dans cette procédure? Le témoin répond : “Il me semble que ça fait 2 ans, et je suis venue il y a déjà 2 ans[26]”. À la question de savoir si sa constitution de partie civile a été reçue par la première cour d’assise, le témoin répond par la positive.

Le président rappelle la procédure pénale en matière de constitution de partie civile. (NDR : une constitution de partie civile ne peut se faire en cour d’appel).

Il est demandé au témoin pour quelle raison elle n’est pas intervenue avant dans ce dossier et elle explique : “J’étais occupée à mes études, et j’ai vu aux infos qu’il avait été arrêté et qu’il allait être jugé”. Elle ajoute : “Je ne pouvais pas le savoir parce que je l’ai vu à la radio et à la télévision après qu’il ait été arrêté”. Maître SIARI indique que dans le dossier, la partie civile “n’apparaissait pas du tout dans les milliers, milliers, milliers, de côtes. Ca veut pas dire que vous n’avez pas été victime du génocide des Tutsi. Mais votre nom n’apparaît jamais, sauf à l’audience en première instance”. La partie civile répond très justement : “Ce n’est pas une question que vous devez me poser à moi, posez-la plutôt à mon avocat”.

Maître SIARI insiste : “Moi, comme je défends quelqu’un qui est accusé, je suis obligé de mettre en avant que dans tout le dossier qui a duré 14 ans, les policiers n’ont pas donné votre nom, et les témoins n’ont pas donné votre nom”. La défense ajoute : “Que vous soyez victime d’atrocité, c’est une certitude. Mais je ne pense pas que vous connaissiez RWAMUCYO. Et la cour d’assise en première instance a considéré que vous étiez victimes, que vous avez subi des choses terribles, que vous avez perdu votre famille, et la cour d’assise en première instance dit que votre témoignage n’était pas.. enfin a été écarté. Et que vous mentionnez des lieux où monsieur RWAMUCYO n’est pas mis en cause, que vous mentionnez une date, enfin vous ne posez pas de date! Vous donnez des repères temporels qui ne correspondent pas à la présence de RWAMUCYO à BUTARE. Il était déjà parti”.

La défense poursuit et enchaîne plusieurs questions : “Pour ma part, je ne pense pas que vous ayez rencontré monsieur RWAMUCYO. Alors une précision : qui est Mathias NGAZI ?” Le témoin répond : “J’ai dit que Mathias était le chauffeur qui conduisait le véhicule de NGOMA”. Comment le connaît- elle? Le témoin rétorque : “Je le connais parce qu’il habitait à côté de chez nous et travaillait pour la commune de NGOMA”. Il faisait quoi exactement? Elle répond : “Le chauffeur qui conduisait le véhicule a NGOMA et pendant le génocide je l’ai vu transporter l’essence pour brûler les maisons aussi dans les maisons à TUMBA.”. Maître SIARI indique qu’il n’y avait pas de maisons brûlées, puis se reprend immédiatement. Elle demande si elle a déposé plainte contre Mathias, s’il est vivant et ce qu’il en est. Elle répond : “Oui, nous avons porté plainte contre lui et il est en prison. Il purge sa peine”. Elle ajoute que ce n’est pas elle qui a personnellement déposé plainte. Maître SIARI demande : “Vous avez déposé en première instance et c’est tout. Mais c’est déjà beaucoup. Mais il n’y avait pas que Mathias. Et Eugène, est-ce qu’il y avait d’autres personnes dont vous vous souvenez du nom ?”. Le témoin répond: “Moi je vous ai dit qu’ avant j’étais très occupée, je n’ai pas eu le temps pour aller poursuivre les auteurs de faits. J’étais d’abord étudiante et j’ai essayé de faire ma vie et ce qui se passait aux Gacaca je le suivais et j’avais les informations sur les Gacaca[27]”.

In fine, Maître SIARI la remercie d’être venu témoigner et ajoute : “Je ne pense pas que vous ayez vu RWAMUCYO. Mais ça ne veut pas dire que vous n’avez pas été victime du génocide tutsi”. Le témoin répond : “Je vous ai dit que concernant les dates, je n’avais pas de montre ni de radio, et vu la vie que nous menions à ce moment-là et mon chemin de croix, il était impossible de connaître les dates”.

Le témoin a terminé de déposer à 19h36. Le président revient sur l’évènement qui “a pu légitimement chambouler certaines personnes et les effrayer”. Le président rappelle qu’il assure la police de l’audience et remercie l’équipe de la Gendarmerie Nationale. Madame l’avocate générale prend la parole et indique que tout le monde a été surpris. Elle indique que “ce qui est certain, j’ai voulu suivre les gendarmes qui les avaient mis à l’extérieur pour qu”ils prennent en photo les drapeaux qui ont été brandis afin d’établir un rapport afin que tout le monde puisse être informé de ce mouvement”. Elle ajoute que lorsqu’elle les a suivis, les avocats des parties civiles demandent à ce que des poursuites soient envisagées. Maître KARONGOZI indique à la cour avoir parlé avec sa cliente, et que cette dernière pensait être la cause de cette interruption nauséabonde.

Eugène RWAMUCYO souhaite également s’exprimer : “Je m’inclline devant la mémoire de toutes les victimes du génocide des Tutsi. Et ce procès, je vous en remercie monsieur le président, j’ai eu l’impression, effectivement, d’être dans un procès qui me concerne et où je peux m’expliquer. Parce que, par exemple, s’il n’y avait pas eu cet évènement, je pense que le témoin, on la connaît déjà elle a été en première instance, il n’y aucune raison d’aller traumatiser cette enfant. Mais l’incident, vraiment, mes avocats l’ont dit, il me dessert. Je ne vois pas pourquoi moi je vais inviter les gens à venir manifester dans la salle, surtout que je vous ai dit qu’il y a eu un non lieu sur l’essentiel des accusations. Et ce qui restait, c’est ce qu’on est en train d’expliquer. Alors je ne vois pas pourquoi je les inviterais à venir manifester. Je compte sur la bonne foi de tout le monde, parce que dans ce qui me concerne, tout est possible. Les gens peuvent venir effectivement vouloir me nuire. Donc je vais l’exprimer sincèrement, c’est ce que j’ai senti. Alors venir manifester ici, de cette manière-là, c’est une façon de me nuire”.

Un point est ensuite réalisé sur le planning et l’audience est suspendue à 19h50.

 

Jules COSQUERIC

Jeanne BEAUJEAN

Margaux MUZERELLE

Jade KOTTO EKAMBI

Alain GAUTHIER, président du CPCR, pour la relecture

Jacques BIGOT pour la relecture et les notes.

 

  1. On pourra se reporter à l’audition de monsieur Stefen SMITH lors du procès en première instance, le 4 octobre 2024 et plus récemment son audition du 16 octobre 2025 lors du procès en appel de Sosthène MUNYEMANA. Après avoir relevé le caractère raciste de l’un de ses ouvrages, aucune partie civile n’avait souhaité débattre avec lui[]
  2. Voir l’audition d’Hervé DEGUINE, le 26 juin 2026.[]
  3. Rapport de la commission internationale d’enquête sur les violations des droits de l’Homme au Rwanda depuis le 1er octobre 1990, janvier 1993.[]
  4. Jean Carbonare prévient à la fois l’Élysée et le public au JT de 20 heures de France 2 du 28 janvier 1993: « On sent que derrière tout ça, il y a un mécanisme qui se met en route. On a parlé de purification ethnique, de génocide, de crimes contre l’humanité dans le pré-rapport que notre commission a établi. Nous insistons beaucoup sur ces mots. »[]
  5. FPR : Front Patriotique Rwandais[]
  6. FIDH : Fédération Internationale pour les Droits Humains. []
  7. Interahamwe : « Ceux qui combattent ensemble » ou « qui s’entendent », mouvement de jeunesse et milice recevant une formation militaire, créé en 1992 par le MRND, le parti du président HABYARIMANA, désignation souvent étendue aux milices d’autres partis. Voir FOCUS – Les Interahamwe.[]
  8. Juvenal HABYARIMANA : Président de la République rwandaise de 1973 jusqu’à son assassinat le 6 avril 1994. Juvénal HABYARIMANA a instauré un régime à parti unique, le MRND, discriminatoire à l’encontre des Tutsi et marqué par un favoritisme à l’égard des Hutu originaires de la préfecture de Gisenyi (Nord), région dont il était originaire. Il a introduit des quotas ethniques dans l’administration et l’enseignement pour limiter le poids des Tutsi et laissa la propagande et la haine anti-Tutsi se développer massivement sous son pouvoir, cf. glossaire.[]
  9. Léon MUGESERA a été condamné à la prison à perpétuité pour son discours prononcé à Kabaya le 22 novembre 1992 – archivé sur le site francegenocidetutsi.org[]
  10. « Appel à la conscience des Bahutu » avec les 10 commandements » en page 8 du n°6 de Kangura, publié en décembre 1990.[]
  11. Aucun témoin ne doit survivre. Le génocide au Rwanda, Human Rights Watch, FIDH, rédigé par Alison Des Forges, Éditions Karthala, 1999[]
  12. CDR : Coalition pour la défense de la République, parti Hutu extrémiste, créé en mars 1992, au moment des massacres de Tutsi dans le Bugesera. La CDR a également une milice, les Impuzamugambi., cf. glossaire[]
  13. GIR : Gouvernement Intérimaire Rwandais pendant le génocide. Voir Focus – L’État au service du génocide.[]
  14. Théodore SINDIKUBWABO, président du GIR (Gouvernement Intérimaire Rwandais) pendant le génocide (voir Focus – L’État au service du génocide): discours prononcé le 19 avril à Butare et diffusé le 21 avril 1994 sur Radio Rwanda. (voir  résumé et transcription sur le site francegenocidetutsi.org).[]
  15. MRND : Mouvement Républicain National pour la Démocratie et le Développement, ex-Mouvement révolutionnaire national pour le développement, parti unique de 1975 à 1991 fondé par Juvénal HABYARIMANA.[]
  16. La vie ordinaire d’un génocidaire, Richard Rechtman, CNRS Éditions, janvier 2020[]
  17. MINUAR : Mission des Nations Unies pour l’Assistance au Rwanda, créée le 5 octobre 1993 par la résolution 872 du Conseil de sécurité pour aider à l’application des Accords d’Arusha. Voir Focus : le contexte immédiat du génocide – les accords d’Arusha.[]
  18. Voir l’audition d’Emmanuel MUTIRENDE, le 24 juin 2026.[]
  19. Voir l’audition de Jean-François DUPAQUIER, le 12 juin 2026.[]
  20. TPIR : Tribunal Pénal International pour le Rwanda, créé à Arusha (Tanzanie) par la résolution 955 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, le 8 novembre 1994 (en anglais ICTR).[]
  21. ESO : École des Sous-Officiers de BUTARE[]
  22. IRST: Institut de Recherche Scientifique et Technologique[]
  23. ONAPO: Office national de la population[]
  24. Pauline NYIRAMASUHUKO : ministre de « la Famille et du  Progrès des femmes » à partir de 1992 jusqu’à la fin du génocide, n’hésite pas à inciter les tueurs, voire son fils Shalom, à violer les femmes tutsi. Jugée au TPIR et condamnée à perpétuité en 2011, peine réduite à 47 années de prison en 2015. Voir également: Madame Pauline, la haine des Tutsis, un devoir historique, podcast de France Culture, 28/4/2023.[]
  25. CUSP: Centre Universitaire de Santé publique de Butare[]
  26. Voir l’audition d’Angélique UWAMAHORO lors du procès en première instance, le 22 octobre 2024[]
  27. Gacaca : (se prononce « gatchatcha ») Tribunaux traditionnels au Rwanda, réactivés en 2001 et opérationnels à partir de 2005, en raison de la saturation des institutions judiciaires pour juger des personnes suspectées de meurtre pendant le génocide. Composées de personnes élues pour leur bonne réputation, les Gacaca avaient une vocation judiciaire et réconciliatrice, favorisant le plaider coupable en contrepartie de réduction de peines. Près de 2 millions de dossiers ont été examinés par 12000 tribunaux gacaca avant leur clôture officielle le 18 juin 2012, cf. glossaire.[]

Lire aussi

Procès en appel de Eugène RWAMUCYO. Lundi 29 juin 2026. J15

Auditions de David KERMOAL et Gaudence NYIRASAFARI, lectures.