Procès en appel de Eugène RWAMUCYO. Jeudi 25 juin 2026. J13

Cette première version de compte-rendu sera revue et complétée, nous vous invitons à revenir sur cette page ultérieurement.



L’audience commence à 9h11. Le président salue les parties civiles ainsi que l’accusé. L’audience commence avec la demande de versement d’une pièce par madame l’avocate générale. Maître SZTULMAN demande un délai supplémentaire pour rendre des conclusions écrites. Puis le président donne la parole à l‘accusé afin qu’il s’exprime sur les témoignages entendus au cours des derniers jours.

Parole à l’accusé. Monsieur RWAMUCYO est invité à s’exprimer à propos des différents témoins qui ont été entendus depuis le début du procès.

Monsieur RWAMUCYO commencera par honorer la mémoire des victimes du génocide des Tutsi en soulignant qu’il vit avec les Tutsi, qu’ils sont une partie de lui-même, qu’il est “l’un d’entre eux”. Il précise, s’adressant aux parties civiles, que ce n’est pas une “astuce”, mais qu’il souhaite au contraire honorer la mémoire des victimes du génocide des Tutsi “à chaque fois [qu’il aura] la parole”. Il dit avoir été “atteint au fond de [lui]-même” par ce génocide. Il nie avoir été (ou être) un extrémiste, tout en reconnaissant que cette réputation a pu participer à lui sauver la vie (et celle de son épouse) à partir d’avril 1994. Il remerciera également largement le président, qui aurait fait “tomber [s]es entraves” et lui a “rendu [s]on humanité”. Sur ses conditions d’incarcération, il dit ne pas souhaiter ça à quiconque, et même “à [s]on pire ennemi”. Ses propos introductifs seront une nouvelle fois l’occasion d’affirmer que l’histoire rwandaise est “complexe”, et qu’il apprécie l’opportunité de pouvoir prendre la parole. Debout dans le box avec un micro portatif (le micro fixe ne marche pas bien), il s’adresse aux jurés et à la cour tout en se tournant légèrement vers les parties civiles. Il fait face à une pile importante de feuilles : des nombreuses notes et des documents qu’il souhaite mentionner pendant cette prise de parole.

Eugène RWAMUCYO en vient à parler des témoins. Il dresse un premier constat: “Tout le monde dit me connaître”. Ce serait l’élément commun à toutes ces dépositions (NDR: nombreux sont les témoins de contexte qui ne le connaissent pourtant pas, et qui ne prétendent pas le connaître, ce qui leur était d’ailleurs reproché par l’avocate de la défense, maître SIARI). Il voit trois cas de figures. Le premier est constitué par ceux qui le connaissent bien et qui l’ont vu, comme Sosthène MUNYEMANA[1] et le doyen Alphonse KAREMERA[2]. Le deuxième cas regroupe les témoins qui “disent [l]e connaître car on leur a dit de [l]e connaître ou qui ont entendu parler de [lui]”. Enfin, la troisième catégorie rassemble “ceux qui disent [l]e connaître”, mais qui ne l’ont “ni vu ni entendu”: Eugène RWAMUCYO fait une allusion très claire à Emmanuel MUTIRENDE[3].

Eugène RWAMUCYO se lancera par la suite dans le commentaire de chaque déposition de témoin. Il insistera particulièrement sur certains d’entre eux, comme le témoignage d’Alain VERHAAGEN[4]. Celui-ci lui permet d’évoquer le fait que tous les Tutsi “n’étaient pas au sommet de la pyramide”. Il affirme que les dirigeants aujourd’hui sont les “petits-enfants ou apparentés” des anciens chefs du Rwanda. Il critique en revanche “la théorisation du fantasme sexuel des hommes hutu sur les femmes tutsi”, qu’Alain VERHAAGEN avait évoqué lorsqu’il avait été interrogé au sujet des Dix Commandements[5]. Pour monsieur RWAMUCYO, c’est une forme d’insulte à sa famille. Au sujet de la déposition de Régine WAINTRATER[6], l’accusé déclare que la mémoire traumatique “existe de tous les côtés, chez les Hutu, les Tutsi, tous les Rwandais, les Twa… et même les étrangers qui étaient au Rwanda”. Il affirme que “le génocide a touché tout le monde, même les tueurs n’en sont pas sortis indemnes”.

Au sujet du témoignage de Rony ZACHARIAH[7], Eugène RWAMUCYO déclare avoir appris beaucoup de choses car Rony ZACHARIAH a pu se déplacer à BUTARE et voir des choses, alors que l’accusé serait resté cloîtré chez lui. Il souligne que Rony ZACHARIAH serait arrivé à BUTARE en même temps que son épouse, Mamérique MUKAMUNANA[8], à la fin février-début mars 1994. Il relève enfin que Rony ZACHARIAH a concédé que “dans les conditions de l’époque, il n’y avait pas d’autres moyens pour ensevelir les corps qui jonchaient la forêt”. Sur la déposition de Laëtitia HUSSON[9], Eugène RWAMUCYO affirme qu’il s’était rendu à La Haye pour rencontrer Carla DEL PONTE, qui lui a accordé un entretien (NDR: Carla DEL PONTE était la procureur du TPIR[10]). Il conclut par cette phrase, qui fait référence directement à l’ouvrage d’Alison DES FORGES Aucun témoin ne doit survivre[11]: “Je suis peut-être moi-même un témoin qui ne doit pas survivre”. Alors qu’il évoque l’audition de Jean-François DUPAQUIER[12], Eugène RWAMUCYO revient longuement sur ses recherches sur les “dégâts de la guerre” en 1993 et sur le rapport sur lequel elles débouchent. Sur les ensevelissements, il minimise leur portée et ajoute qu’il a fait “exactement la même chose dans les camps de réfugiés à NGOMA, et c’étaient des Hutu”. Il s’indigne qu’on puisse lui reprocher de tels ensevelissements à BUTARE en raison du fait que c’étaient des Tutsi, et fait comprendre qu’il est victime de telles accusations. Il déclare, avant de retirer ce qu’il a dit, qu’il n’a plus aucun droit en étant “dans cette cage aux singes(NDR: il fait référence au box). Sur le témoignage de Jessica MWIZA[13], Eugène RWAMUCYO regrettera qu’en tant que “jeune” (comme ses filles) et “métissée” elle ne comprenne pas “la situation”. Il s’attardera sur les déchirements connus par les enfants, dont les adultes ont “du mal à mesurer la profondeur”. Au sujet de la déposition de Mamérique MUKAMUNANA[8], il la remerciera en concluant son propos par une tirade sur l’amour.

La mention de la déposition d’Alphonse KAREMERA[2] donnera lieu à une très longue digression, d’abord sur les relations Nord-Sud (il se décrit comme “RWAMUCYO du Nord, petit nouveau à l’UNR[14]” en 1993), son absence totale de relation avec les “gens du Nord qui faisaient la loi à BUTARE” (il indique que Faustin MUNYERAGWE[15] en faisait partie) et sa méconnaissance de BUTARE (il affirme n’être jamais entré à l’hôtel Faucon ou à l’hôtel Ibis pour “boire un verre”). Il explique que des partis ont pu l’inclure dans des listes, des commissions car ses travaux ont “nourri la stratégie nationale de l’environnement” mise en place par le Rwanda (NDR: il cherche ainsi à expliquer pourquoi il apparaît dans l’organigramme de la CDR[16], tout en niant en faire partie). Eugène RWAMUCYO évoquera ensuite longuement une lettre signée par lui en date du 18 février 1993, et destinée à l’ambassadeur de Belgique. Il décrit le contexte de cette lettre, la guerre contre le FPR[17], les déplacés et la rupture d’un “pré-accord” de paix par le FPR le 8 février 1993. C’est à cette occasion, alors qu’il est à RUHENGERI aux alentours du 12 avril, qu’il affirme être “témoin” des exactions du FPR (ce qui donne lieu à la prise d’images et à un documentaire). Il met en parallèle sa trajectoire avec celle d’Eric GILLET, qui n’a pas encore été entendu (Eugène RWAMUCYO dira à plusieurs reprises que ce témoignage “manque”), qui était membre de la commission internationale d’enquête dépêchée en 1993 pour constater les massacres commis contre les Tutsi. Il réaffirme à cette occasion que c’est en ce sens qu’il est un “témoin qui ne doit pas survivre”. Il indique que c’est un prêtre dénommé MPENGA Frédéric, auquel il a montré les images des exactions du FPR qui, “scandalisé par ce carnage”, rédige la lettre. Il déplore que la communauté internationale n’ait pas accordé la même attention aux crimes du FPR qu’aux massacres des Tutsi antérieurs au génocide, et parle d’un “deux poids, deux mesures”. Concernant sa position vis-à-vis de la guerre, il souligne qu’il continuera à appeler “les agresseurs, des agresseurs” et que sa position “constante” est “la paix”. Eugène RWAMUCYO consent qu’il était “naïf” en 1993 : “J’étais vierge politiquement”. Il évoquera d’autres documents, dont un article publié par lui dans la revue Dialogues intitulé “Les Rwandais ont tout essayé, sauf la justice et la réconciliation”.

Revenant sur la déposition de Faustin KIGABO[18], il indique une nouvelle fois que son renvoi du petit séminaire de RWESERO en 1973 était préventif. Il reviendra ensuite longuement sur le témoignage d’Abel DUSHIMIMANA[19], qu’il décrit comme un membre actif du PSD[20] et surtout “la seule personne avec qui [il] parlai[t] sincèrement au CUSP[21]”. Il utilise cet argument pour remettre en cause son statut d’extrémiste. Il se lancera dans une nouvelle digression au sujet des qualités de choriste du témoin Dominique MUGENZI[22], et se dit “heureux de voir ce qu’il est devenu”. Eugène RWAMUCYO vante ses étudiants, “que des illustres : une ambassadrice, un ministre, un médecin…”. Il se dit toutefois peiné de voir que monsieur MUGENZI ne s’est pas rappelé avoir été entendu par les gendarmes français en 2015, et qui ne le défend pas. Par la suite, Eugène RWAMUCYO se lancera dans une longue réflexion sur ses jugements Gacaca[23], des faux selon lui, et sur l’instruction. Il évoque à ce titre la reprise des relations diplomatiques entre la France et le Rwanda en 2009-2010, ainsi que des “coïncidences” temporelles entre l’établissement de son jugement en 2009 (où figure le nom d’un certain Sosthène MUNYERAGWE) et les aveux de Faustin MUNYERAGWE.

Eugène RWAMUCYO en vient à évoquer les témoignages plus récents. Il refuse de commenter le témoignage “central” d’Emmanuel BIRASA[24]. Il espère simplement que quelqu’un, dans le futur, pourra mieux expliquer que lui la situation dans laquelle ils étaient: “Nous étions dans la fournaise”. Il dit comprendre le refus de Sosthène MUNYEMANA de témoigner, et critique la “loi de répression de l’idéologie du génocide au Rwanda”. Enfin, il affirme que le témoignage d’Emmanuel MUTIRENDE[3] est “le plus intéressant” car “pour une vache et une grâce présidentielle, il a dû faire amende honorable” en déclarant désormais qu’il l’a vu au bord des fosses. Eugène RWAMUCYO souligne que ce serait Callixte NDAGIJE MUSONI qui lui aurait mis la pression pour changer ses dépositions en première instance. Il affirme désormais que c’est Antoine NDORIMANA, survivant qui viendra témoigner la semaine prochaine, qui serait à l’origine de ces pressions à l’encontre de monsieur MUTIRENDE. Il terminera en indiquant qu’il n’a jamais été encarté à la CDR et qu’il ne pouvait pas s’approcher des Interahamwe[25] car il aurait “vu avant les autres ce qu’ils sont vraiment, à savoir des tueurs”.

L’audience est suspendue à 10h40 et reprend à 11h08 avec l’audiiton d’Augustin NDINDILIYMANA. Il se présente en visioconférence depuis la Belgique. Il est assisté du procureur du roi, des policiers, d’une juriste et d’un interprète en kinyarwanda. L’interprète en Belgique prête serment d’apporter son concours à la justice en son honneur et conscience.

Un verbatim de ces déclarations sera également publié ici.

 

Audition de monsieur Augustin NDINDILIYIMANA, ancien chef d’état-major de la gendarmerie en 1994, en visioconférence de Charleroi.

Il est demandé au témoin de décliner son identité (Augustin NDINDILIYIMANA, 15 avril 1943), sa profession (sans profession, ancien chef d’état major des gendarmes au Rwanda) et son domicile (Belgique). Le témoin indique n’avoir aucun lien de parenté ni d’alliance avec l’accusé ou les parties civiles. Cité en vertu du pouvoir discrétionnaire du président à la demande de la défense, le témoin ne prête pas serment.

Prenant spontanément la parole, il souligne d’emblée la complexité des événements rwandais, estimant que leur compréhension est souvent mal appréhendée dans les présentations qui en sont faites. Il se présente comme quelqu’un qui a vécu ces événements de l’intérieur, ayant exercé les fonctions de ministre de la Jeunesse, ministre des Transports et des Communications, ministre de la Défense, et enfin chef d’état-major de la gendarmerie. Il indique avoir appris le 1er octobre 1990 que le Rwanda était attaqué. En tant que ministre des Transports, il est alors chargé de réquisitionner des véhicules pour le transport de Rwandais bloqués à la frontière tanzanienne.
Il devient ensuite ministre à la présidence chargé des questions relatives à la sécurité du pays. Il décrit l’engagement du pays dans la recherche de la paix malgré la poursuite des combats, et sa nomination comme ministre de la Défense sous le multipartisme, poste depuis lequel il emmène des membres de l’opposition sur le front pour leur montrer la réalité de la situation militaire. Il est ensuite nommé chef d’état-major de la gendarmerie, et indique qu’il travaille aux côtés de conseillers et instructeurs français.
Il dit avoir été le premier envoyé négocier avec le FPR. Le témoin explique qu’il y a eu une sorte de coalition contre le MDR[26] : “Les gens de l’opposition se sont entendus pour vraiment créer des problèmes dans le pays afin d’abattre le régime, d’abattre HABYARIMANA[27]. Je devais gérer la situation”. Il évoque pour finir une scène personnelle marquante : de retour dans son village vers le 24 ou 25 avril 1994, il découvre le couvent des sœurs dévasté – portes arrachées, fenêtres brisées – et y trouve une religieuse avec des enfants en train de réciter le chapelet, qui se taisent à son approche, le prenant pour quelqu’un venu les tuer.

Il conclut : “Quand je suis sorti, j’ai pleuré, je n’ai pas reconnu mon village”.

Le témoin a terminé ses déclarations spontanées et la parole est au président de la cour.

Questions du président de la cour :

Le témoin commence par indiquer que la mention Hutu figurait sur sa carte d’identité en 1994, ethnie qu’il dit n’avoir pas perçue à l’époque comme source de tensions. Il précise être entré au ministère de la Jeunesse en 1982 pour une durée de sept ans, et être devenu chef d’état-major de la gendarmerie en juin 1992 jusqu’à son départ du Rwanda en juin 1994.

Questionné sur sa connaissance d’Eugène RWAMUCYO, il indique ne l’avoir rencontré qu’après son arrivée en Belgique, et n’avoir jamais entendu son nom pendant les événements au Rwanda. Il décrit le docteur RWAMUCYO comme un homme de recherche qui, après l’avoir initialement accusé d’avoir trahi le pays en collaboration avec les Belges, est venu le voir pour lui présenter ses excuses, reconnaissant s’être trompé. Monsieur RWAMUCYO lui aurait ensuite proposé d’écrire un livre ensemble sur les événements rwandais et l’aurait défendu contre les accusations portées à son encontre. Il conclut en le qualifiant de chercheur en quête de vérité : “Il cherche la vérité, et cette vérité ne fait pas toujours plaisir à certains”.

À la question de savoir si BUTARE a basculé dans les massacres à partir de la nuit du 20 au 21 avril 1994 à la suite du discours du président intérimaire[28], le témoin dit ne pas partager cette présentation. Il explique que selon lui le discours du président SINDIKUBWABO ne comportait aucun élément incitant à tuer les gens et n’est pas à l’origine du génocide.

Sur les accusations dont monsieur NDINDILIYIMANA a fait l’objet, il indique avoir été mis en cause tant en Belgique – par le procureur de KIGALI et l’association Ibuka dans le cadre de sa demande de statut de réfugié – qu’au niveau du TPIR, où il a été condamné en première instance puis acquitté de toutes les charges en appel . Il précise qu’il lui était reproché d’avoir participé à la planification du génocide, et de ne pas avoir sanctionné des gendarmes auteurs de crimes. Interrogé sur le rôle des gendarmes pendant le génocide à BUTARE, il affirme que les gendarmes qui ont commis des crimes dont il avait eu connaissance ont été arrêtés et emprisonnés.

Questions des avocats des parties civiles :

Maître MOSES-LUSTIGER soumet au témoin un article de 1994 dans lequel le président des milices Interahamwe, Robert KAJUGA, affirme que les tueries étaient une réponse à l’agression du FPR et visaient majoritairement des infiltrés. Augustin NDINDILIYIMANA répond avoir rencontré KAJUGA et estime que celui-ci était lui-même un infiltré du FPR, dont le but était de permettre au FPR de faire porter la responsabilité du génocide sur les dirigeants du pays. Maître SABADOTTO revient sur l’expression employée par le témoin : “génocide rwandais” en lieu et place de “génocide des Tutsi”. Le témoin réagit avec vivacité : “Vous, vous ne connaissez pas ce problème et vous en parlez. Moi j’ai vécu la situation”, rappelant que les parents du mari de sa fille ont été tués. À la question de savoir qui sont les responsables du génocide, il estime qu’ils sont nombreux, citant notamment ceux qui ont “rompu les accords de paix sous de faux prétextes”, évoque le rôle du FPR et ajoute : “Quand je vous démontre que c’est le FPR qui a tué le ministre Félicien GATABAZI, il ne faut pas continuer à dire n’importe quoi”. Maître SABADOTTO rappelle l’importance d’employer le terme “génocide des Tutsi” et non “génocide rwandais”.

Questions de l’avocate générale, Mme Aude DURET :

Madame l’avocate générale lui rappelle qu’une décision du TPIR de 2011 a qualifié le discours du président intérimaire SINDIKUBWABO de “discours incendiaire diffusant un message codé compris par le public”, et que les massacres ont commencé dès le lendemain à BUTARE, soit le 20 avril. Le témoin conteste cette chronologie, affirmant que les massacres à BUTARE ont commencé dès le 15, et que ce discours n’en est pas la cause.

Sur la décision KAREMERA de 2006 relative à l’existence du génocide, il indique qu’il s’agit d’un constat judiciaire mais dit qu’aucune preuve n’aurait été trouvée. Madame l’avocate générale relève que son discours ressemble à celui de Charles ONANA, condamné en première instance pour contestation de l’existence du génocide[29], ce à quoi le témoin répond qu’il compte intervenir dans le procès d’ONANA en appel. Madame l’avocate générale indique également que le TPIR a jugé que l’expression “génocide rwandais” constituait une “banalisation outrancière des massacres infligés aux Tutsi”. Elle demande au témoin s’il reconnaît une spécificité génocidaire visant les Tutsi, mais il répond : “Je ne suis pas juriste, Madame”.

« Génocide contre les Tutsi » au Mémorial de Nyakibanda – Photo Alain GAUTHIER. Lire également: « Pourquoi vous ne pourrez plus jamais dire « le génocide rwandais » (France Culture, 20 novembre 2020).

Interrogé sur un rapport de René DEGNI-SEGUI, le témoin indique que celui-ci est centré sur l’attentat contre l’avion du président et la notion de double génocide. Sur la situation à BUTARE en avril-mai 1994, madame l’avocate générale lui décrit le sort des civils tutsi qui se réfugiaient dans des lieux supposément protégés avant d’être attaqués par des autorités communales accompagnées de gendarmes, et lui demande pourquoi ces gendarmes n’ont pas protégé les civils. Augustin NDINDILIYIMANA, étonné de ces évènements et affirmant les découvrir, déclare que des gens ont effectivement manqué à leur devoir et ont tué, mais maintient que certains ont agi pour éviter d’être tués en premier. L’avocate générale conclut : “Ah oui, donc une sorte de légitime défense préventive”.

Questions des avocats de la défense :

À la question de savoir si, dans le cadre de ses fonctions de renseignement, le nom d’Eugène RWAMUCYO lui était parvenu comme celui d’un agitateur ou d’un acteur politique susceptible d’attiser la haine entre Hutu et Tutsi, monsieur NDINDILIYIMANA répond négativement : Eugène RWAMUCYO n’était pas une personnalité connue dans la préfecture de BUTARE et il ne l’avait jamais entendu mentionné par les autorités françaises avec lesquelles il travaillait. Maître HARERIMANA demande au témoin si, selon lui, l’assassinat du président burundais Hutu a eu un impact sur les évènements au Rwanda et a pu attiser la haine contre les Tutsi. Le témoin estime que cet événement a alimenté la peur au Rwanda, les gens craignant de connaître le même sort.

Maître SZTULMAN l’interroge ensuite sur le double jeu du FPR, menant des négociations pour la paix tout en commettant des exactions sur le territoire rwandais. Monsieur NDINDILIYIMANA estime que le FPR ne croyait pas sincèrement à ces accords de paix. Il confirme ensuite que Robert KAJUGA, président des Interahamwe, était Tutsi. Sur l’utilisation de l’expression “génocide rwandais”, plutôt que “génocide des Tutsi”, le témoin affirme : “C’est le génocide des Rwandais, c’est notre génocide, dans lequel le FPR a des responsabilités”. Il précise que c’est le gouvernement actuel du FPR qui a imposé la formulation “génocide des Tutsi”. Maître SZTULMAN observe qu’occulter les Hutu modérés massacrés de la dénomination du génocide, revient à les considérer “comme un simple détail de l’histoire des Tutsi”.

Augustin NDINDILIYIMANA répond qu’il se consacre à la réconciliation des Rwandais par la vérité, estimant que les Tutsi doivent reconnaître avoir massacré des Hutus modérés, et les Hutu avoir massacré les Tutsi.

Le témoin termine de déposer à 13h05 et l’audience est suspendue. Elle reprend à 14h12 avec l’audition de Jean-Baptiste MUGARAGU. Il se présente en visioconférence depuis KIGALI. Il est assisté d’un interprète en kinyarwanda.

 

Audition de monsieur Jean-Baptiste MUGARAGU, en visioconférence de Kigali.

Il est demandé au témoin de décliner son identité (Jean-Baptiste MUGARAGU, 66 ans), sa profession (retraité) et son domicile (District de BUYE, dans le secteur de TUMBA, Rwanda). Le témoin indique n’avoir aucun lien de parenté ni d’alliance avec l’accusé ou les parties civiles. Cité en vertu du pouvoir discrétionnaire du président à la demande de la défense, le témoin ne prête pas serment.

Jean-Baptiste MUGARAGU déclare spontanément : “J’ai d’abord à vous demander une faveur : pour des raisons de sécurité, je vous demanderai d’abord que mon témoignage ne soit pas diffusé dans des journaux. Pour ma sécurité personnelle et la sécurité des miens”. Le président indique au témoin que son témoignage n’est pas diffusé, en revanche des journalistes peuvent être présents et ceux-ci ont le droit de l’être. D’autant qu’il ne peut entraver la liberté de la presse.

Le témoin reprend : “La première chose que je voudrais vous dire c’est que je connais Eugène RWAMUCYO, parce que nous avons travaillé ensemble dans ce que l’on appelait à l’époque QSP ou CUSP. Quand nous travaillions ensemble au CUSP, personnellement j’étais chargé de soigner des patients adultes et enfants. Au sein du CUSP, Eugène RWAMUCYO était chargé du service assainissement et hygiène. Et au même moment il enseignait à l’université dans la faculté de médecine.

En 1994, vers 20h, le 6, après la chute de l’avion présidentiel, quand j’allais au travail à 7h du matin, j’avais l’habitude d’écouter la radio et surtout des communiqués nécrologiques vers 5h45. Alors à cette heure là, j’ai mis mon poste de radio en marche et je suis tombé sur la musique classique. Et à 6h, il y a eu un communiqué à la radio qui s’adressait aux Rwandais et Rwandaises leur demandant de rester à la maison. J’ai rapporté cela à ma femme – je lui ai dit tout ce qu’on vient de dire – et je suis allé demander à mon voisin s’il avait entendu ce que je venais d’entendre. Il m’a répondu que lui aussi l’avait déjà entendu. Il m’a fait comprendre que l’assassinat du président de la République allait être suivi de versement de sang, nécessairement. Je suis revenu chez moi et je suis resté à la maison. Cela a duré environ deux semaines. Au bout de ces deux semaines, les agents qui travaillaient dans les services d’urgence comme les hôpitaux, dans le service d’électricité Electrogaz ont été demandé de regagner leurs services. Nous sommes donc retournés au travail, mais c’était la panique partout. En date du 21 avril, ce jour-là, les massacres ont commencé dans le secteur de TUMBA. Revenons sur RWAMUCYO : comme je vous l’ai dit, on a travaillé ensemble au CUSP. Il était une personne intellectuelle, parce qu’il revenait de ses études en URSS, en Russie. Je ne sais pas de quel pays il venait, mais il revenait d’URSS (sic). Je dirais qu’Eugène RWAMUCYO était une personne dure, comme il venait de la région du Nord, comme toute autre personne originaire du Nord, il était une personne que je dirais leader d’opinion. La haine des Tutsi s’accentuait. Je vais vous en donner un exemple clair : durant l’année dont je ne me souviens pas bien, mais c’était entre 1990 et 1993, il y a eu des élections concernant “le choix des directeurs de ce centre CUSP. À ce moment-là, il y avait deux candidats : le docteur Abel DUSHIMIMANA et le docteur GASANA. Nous avons donc voté, et GASANA a gagné les élections. Après cela nous nous sommes rendus à l’hôtel Faucon pour boire un verre. Durant cette réception à l’hôtel Faucon, le groupe de GASANA où se rangeait RWAMUCYO, qui venait de gagner des élections, s’est vanté contre le groupe d’Abel où je me rangeais moi aussi, en nous insultant et en disant que nous sommes des chiens. Et à cette insulte ils ont ajouté que quelque chose de mauvais allait se passer, en utilisant le terme « kazayenga »”.

À la demande du président de la cour, l’interprète, dans la salle d’audience, traduit kazayenga qui veut dire “ça va fondre” ou “ça va disparaître”. Maître COHEN, avocat de l’accusé, intervient et indique qu’il y a une difficulté sur les traductions, mais le président rappelle qu’il y a 4 interprètes assermentés en notre dans la salle.

Le témoin poursuit : “Il voulait dire que quelque chose de mauvais allait se passer. 90% du groupe d’Abel ont été tués. C’est à partir de ce moment-là que j’ai compris la signification profonde du terme qu’ils ont utilisé durant la réception : KAZAYENGA. Pour dire que les membres de ce groupe qui se rangeaient derrière Abel ont été tués dans le cadre du génocide. Ce sont donc des Tutsi et d’autres Hutu qui étaient leurs amis et en opposition au régime de l’époque. Eux aussi ont été massacrés dans ce génocide perpétré contre les Tutsi. Je précise que je suis en train de parler des travailleurs du CUSP. Avec cela, vous comprenez que le groupe d’Eugène a joué un rôle prépondérant dans le meurtre de ces gens. Sous-entendu que la préparation du génocide, l’incitation des gens au génocide et la mise en place des barrières ne s’est pas fait automatiquement : il y a des gens qui ont joué un rôle. Par là, j’implique donc les fonctionnaires de la commune urbaine de NGOMA, les agents de la préfecture de BUTARE, les officiers militaires et gendarmes, les enseignants de l’université, les médecins de la faculté de médecine à BUTARE, les médecins du CHUB[30], ceux qui travaillaient au CUSP voire ceux qui travaillaient au laboratoire universitaire, et d’autres personnes importantes et influentes comme les commerçants. Ce sont eux qui ont incité. Vous comprenez que RWAMUCYO faisait aussi partie de ce groupe de médecins. Pendant le génocide, vu que RWAMUCYO était chargé du service d’hygiène et d’assainissement, il a été chargé d’évacuer les cadavres, des personnes tuées pendant le génocide – sous-entendu que les corps au milieu des cadavres qui ‘ont pas été achevés n’ont pas été conduits à l’hopital. Tous ont été jetés. Ils n’ont pas été enterrés, ils ont été jetés parce qu’on enterre une personne que l’on aime. Ils ont donc été jetés”.

Le témoin a terminé ses déclarations spontanées et la parole est au président de la cour.

Questions du président de la cour :

Sur son parcours, le témoin confirme avoir été recruté au Centre universitaire de BUTARE de 1981 jusqu’à son départ à la retraite. Il ajoute : “J’ai d’abord fait des études d’assistant médical, et en 2004 j’ai suivi des études en psychologie clinique”. Il précise qu’au CUSP “il y avait le service d’épidémiologie, de nutrition, d’assainissement et hygiène et une partie au dispensaire, qui était chargée de soigner les malades, donc nous travaillions ensemble”.

Le président indique que le témoin avait déclaré devant les gendarmes en 2017 : “Moi j’étais dans le dispensaire de soins curatifs. Lui, il était docteur au service d’assainissement. Je n’ai jamais personnellement travaillé pour lui. Il venait quelques fois superviser les activités du dispensaire.”. Le témoin confirme et précise : “Les interactions étaient rares” avec l’accusé.

Le président souligne que lors de ses précédentes déclarations, le témoin avait décrit Eugène RWAMUCYO comme un “extrémiste” et qu’il a également déclaré : “RWAMUCYO Eugène disait lui-même qu’il était de la CDR[16]. Il portait l’uniforme de la CDR et il disait qu’il était membre de la CDR.”. À la question de savoir s’il l’a constaté personnellement, le témoin explique : “Je vous ai donné un exemple des élections tenues avant le génocide, et je vous ai dit que pendant le génocide, il y a eu un groupe qui a été éliminé. Cela prouve que RWAMUCYO et son groupe détestaient les Tutsi et leurs complices. Et c’était connu qu’il faisait partie dde la CDR”. Le témoin précise : “Il ne portait pas l’uniforme du parti CDR, je ne l‘ai jamais vu porter cet uniforme de la CDR. C’était connu et il se disait qu’il était de la CDR”.

Le témoin est ensuite interrogé sur ses précédentes déclarations, relatives aux élections au CUSP:
Question: RWAMUCYO Eugène proférait-il des menaces pour inciter les membres du personnel à ne pas voter pour Abel? Si oui quelles étaient ces menaces?
Réponse: RWAMUCYO disait que s’ ils votaient pour Abel ils seraient tapés”.

Le témoin explique : “C’est simple de comprendre cela. Le groupe d’Abel était menacé verbalement, et même quand nous étions à l’hôtel pour la réception, ils ont utilisé KAZAYENGA, quelque chose de mauvais va se passer. Et cela s’est produit”. Le président indique ensuite qu’à contrario, l’accusé a déclaré n’être jamais allé à l’hôtel Faucon. Jean-Baptiste MUGARAGU explique : “À cette occasion-là, concernant la présence de RWAMUCYO là-bas je ne sais pas, mais je ne comprends pas pourquoi il ne pouvait pas être là alors que son groupe avait gagné les élections”. Le président demande s’il a constaté personnellement la présence de l’accusé, ce à quoi le témoin répond : “Personnellement j’étais présent à l’hôtel Faucon dans le groupe d’Abel. Le groupe de GASANA où se rangeait RWAMUCYO était aussi présent là-bas mais je ne me souviens pas si je l’avais vu”.

Le président indique que s’agissant de l’enfouissement des cadavres, le témoin n’en avait pas fait état jusqu’ici. Le témoin explique : “Concernant la question des cadavres, les gardiens de barrière étaient très malins, ils ne tuaient pas les Tutsi aux barrières. Ils les tuaient dans les endroits éloignés de la barrière, au point que je n’ai jamais trouvé des cadavres sur la route, dans les rues ni aux barrières. Je n’ai jamais vu de cadavres, ni leur état. Je n’ai jamais été présent à l’endroit où RWAMUCYO les jetait”. À la question de savoir comment il a su que “les cadavres étaient jetés dans les fosses s’il n’y était pas”, le témoin répond : “Je l’ai entendu dans la bouche des autres”.

Sur ses activités de psychologue au début des années 2000, il explique : “J’ai terminé mes études de psychologie clinique en 2009, donc je n’ai pas eu l’occasion d’exercer avec les malades du génocide”.

Sur la CDR, le témoin avait déclaré dans ses précédentes auditions que l’accusé portait un “chapeau de la CDR ou du moins ses couleurs”, ce à quoi Jean-Baptiste MUGARAGU répond : “Personnellement je ne l’ai jamais vu porter ce chapeau de la CDR, ce sont les autres qui le disaient”. Un juré pose la question de savoir ce qu’il faisait durant le génocide, professionnellement : “J’ai précédemment dit qu’au bout de deux semaines, un communiqué appelait les agents de services d’urgence comme les hôpitaux et service d’électricté, et moi aussi je suis allé. Je travaillais et je soignais les enfants et adultes pendant le génocide”.

Questions des avocats des parties civiles :

Maître ZARKA revient sur les “Hutu d’opposition ou dits modérés” qui ont aussi été massacrés. Le témoin explique : “Les choses se faisaient ainsi, tout ceux qui étaient Tutsi, et tout ceux qui étaient considérés comme complices des Tutsi étaient tués”. Sur le manifeste des Bahutu, le témoin confirme le fait qu’il y est dit que les Hutu qui se marieraient avec des Tutsi étaient considérés comme complices. A la question de savoir si le groupe national Hutu a été exterminé de la part des Hutu, le témoin explique : “Il y a des Tutsi qui devaient être tués, il y avait aussi un groupe de Hutu complice de Tutsi, collaborateurs ou amis des Tutsi en opposition avec le gouvernement en place”. Le témoin termine en disant qu’il ne comprend pas la question et maître ZARKA souligne qu’il est en effet incongru de parler du génocide des Hutu par les Hutu.

Sur l’autodéfense civile, et notamment le discours d’Eugène RWAMUCYO du 19 mai 1994, le témoin explique : “Je vous ai précédemment dit que la sensibilisation pour le génocide, la mise en place des barrières, l’incitation aux massacres, cela ne s’est pas fait automatiquement. Il y avait un comité d’organisation qui a préparé tout cela qui était composé d’autorités communales, préfectorales, le groupe d’enseignant de l’université nationale, des médecins qui travaillaient à la faculté de médecine, c’est-à-dire à l’hôpital, ceux qui travaillaient au CUSP et au laboratoire, ensemble avec les leaders d’opinion et notamment les commerçants. C’est eux qui ont préparé le génocide et monsieur RWAMUCYO en faisait partie”.

Questions de madame l’avocat générale, madame Aude DURET :

Sur les tensions régionalistes entre le Nord et le Sud, et le temps qui a précédé le génocide, le témoin confirme que ces tensions se sont transformées en haine des Tutsi et ajoute : “Cette haine s’accentuait fortement”. À la question de savoir ce qu’il a constaté personnellement au sujet l’accusé, il explique : “Comme RWAMUCYO Eugène provenait de la région du Nord, je ne sais pas si c’était de GATONDE, il haïssait fortement les Tutsi”.

Questions des avocats de la défense :

Maître FELLOUS revient sur les élections et demande au témoin de confirmer que le génocide n’était pas encore en cours, ce que le témoin infirme. Maître FELLOUS dément à son tour et demande : “Lorsqu’on est menacé à ce point, il y a des services de gendarmerie et la police, alors pourquoi avec ces insultes et ces menaces de morts, pourquoi Abel ne s’est pas présenté au service de police ?(NDR : Pourquoi ne pas avoir posé la question à Abel quand il est venu témoigner?). Il répond : “Tout cela se faisait pendant la campagne électorale pour ce poste! Il ajoute : “Peut-être parce que vous êtes Européens, vous ne pouvez pas comprendre la teneur de ce qu’ils ont dit : “Quelque chose de mauvais va se passer”. Ça a été dit et ça a eu lieu”. Après s’être pris une remarque de la défense sur les “disputations politiques africaines”, le témoin présente ses excuses et ajoute : “Ces menaces ont eu lieu pendant la campagne électorale et après les élections tout le staff devait se présenter à la réception ensemble”. Maître FELLOUS insiste en disant “qu’en Afrique, les joutes verbales se passent comme ça (NDR : Pour rappel, l’Afrique n’est pas un pays mais bien un continent, composé de plusieurs pays, avec plusieurs cultures différentes notamment). Maître FELLOUS réplique ensuite sur le fait que l’accusé est médecin, et pas le témoin.

Maître COHEN revient sur la question du huis clos demandé par le témoin, et demande si ses déclarations auraient été différentes lors d’un huis clos. Le témoin indique que dans tous les cas, ses déclarations auraient été les mêmes et ajoute : “Je tiens à vous préciser que si les gens apprennent aujourd’hui que j’ai été dans cette audience, je risque de subir des menaces”. Interrogé par maître COHEN, Il précise : “Par le groupe de RWAMUCYO qui vit ici au Rwanda”. Maître COHEN revient ensuite sur un ouvrage d’African Right Watch selon lequel le témoin aurait déclaré que des femmes se seraient fait entraîner “par le redoutable RWAMUCYO”, mais le témoin explique ne pas s’en souvenir. Maître COHEN revient sur les Gacaca d’Eugène RWAMUCYO. Il explique : “Personnellement je n’ai pas participé à la Gacaca de RWAMUCYO”. Puis maître COHEN s’étonne du fait que les traductions fassent état d’un tutoiement. Interrogé sur les armes, le témoin explique ensuite : “En 1995, les ouvriers du CUSP chargés du nettoyage sont allés nettoyer, et ils nous ont dit qu’ils avaient vu des armes dans le bureau occupé par Eugène RWAMUCYO. Mais personnellement, je ne les ai pas vues”.

Maître SZTULMAN revient sur les menaces dont il a fait état et affirme que celles-ci “ne viendront jamais de monsieur RWAMUCYO mais de la dictature dans laquelle vous vivez”. À la question de savoir s’il confirme n’avoir jamais participé à une Gacaca de RWAMUCYO, le témoin confirme.

Le témoin a terminé de déposer à 16h00 et l’audience est suspendue. Elle reprend à 16h10.

 

Audition de monsieur Michel MURENZI, prêtre au grand séminaire de NYAKIBANDA, en visioconférence de FLORENCE, Italie.

Après plusieurs tentatives pour entrer en contact avec FLORENCE, nous apprendrons que le témoin a décidé de ne pas se présenter à l’audience, malade. Il est demandé aux responsables du parquet de faire parvenir un véritable certificat médical.

 

Jules COSQUERIC

Jeanne BEAUJEAN

Jade KOTTO EKAMBI

Alain GAUTHIER, président du CPCR, pour la relecture

Jacques BIGOT pour la relecture et les notes.

 

  1. Voir le  procès de Sosthène MUNYEMANA[]
  2. Voir l’audition d’Alphonse KAREMERA, le 16 juin 2026.[][]
  3. Voir l’audition d’Emmanuel MUTIRENDE, le 24 juin 2026.[][]
  4. Voir l’audition d’Alain VERHAAGEN, le 10 juin 2026.[]
  5. « Appel à la conscience des Bahutu » avec les 10 commandements » en page 8 du n°6 de Kangura, publié en décembre 1990.[]
  6. Voir l’audition de Régine WAINTRATER, le 11 juin 2026.[]
  7. Voir l’audition de Rony ZACHARIAH, le 11 juin 2026.[]
  8. Voir l’audition de Mamérique MUKAMUNANA, femme d’Eugène RWAMUCYO, 15 juin 2026.[][]
  9. Voir l’audition de Laetitia HUSSON, ancienne juriste du TPIR, le 11 juin 2026.[]
  10. TPIR : Tribunal Pénal International pour le Rwanda, créé à Arusha (Tanzanie) par la résolution 955 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, le 8 novembre 1994 (en anglais ICTR).[]
  11. Aucun témoin ne doit survivre. Le génocide au Rwanda, Human Rights Watch, FIDH, rédigé par Alison Des Forges, Éditions Karthala, 1999[]
  12. Voir l’audition de Jean-François DUPAQUIER, le 12 juin 2026.[]
  13. Voir l’audition de Jessica MWIZA, le 15 juin 2026.[]
  14. UNR : Université nationale du Rwanda[]
  15. Voir l’audition de Faustin MUNYERAGWE, le 23 juin 2026.[]
  16. CDR : Coalition pour la défense de la République, parti Hutu extrémiste, créé en mars 1992, au moment des massacres de Tutsi dans le Bugesera. La CDR a également une milice, les Impuzamugambi., cf. glossaire[][]
  17. FPR : Front Patriotique Rwandais[]
  18. Voir l’audition de Faustin KIGABO, le 17 juin 2026.[]
  19. Voir l’audition d’Abel DUSHIMIMANA, le 17 juin 2026.[]
  20. PSD : Parti Social Démocrate, créé en juillet 1991. C’est un parti d’opposition surtout implanté dans le Sud, voir glossaire[]
  21. CUSP: Centre Universitaire de Santé publique de Butare[]
  22. Voir l’audition de Dominique MUGENZI, le 18 juin 2026.[]
  23. Gacaca : (se prononce « gatchatcha ») Tribunaux traditionnels au Rwanda, réactivés en 2001 et opérationnels à partir de 2005, en raison de la saturation des institutions judiciaires pour juger des personnes suspectées de meurtre pendant le génocide. Composées de personnes élues pour leur bonne réputation, les Gacaca avaient une vocation judiciaire et réconciliatrice, favorisant le plaider coupable en contrepartie de réduction de peines. Près de 2 millions de dossiers ont été examinés par 12000 tribunaux gacaca avant leur clôture officielle le 18 juin 2012, cf. glossaire.[]
  24. Voir l’audition d’Emmanuel BIRASA, le 23 juin 2026.[]
  25. Interahamwe : « Ceux qui combattent ensemble » ou « qui s’entendent », mouvement de jeunesse et milice recevant une formation militaire, créé en 1992 par le MRND, le parti du président HABYARIMANA, désignation souvent étendue aux milices d’autres partis. Voir FOCUS – Les Interahamwe.[]
  26. MDR : Mouvement Démocratique Républicain. À partir de 1993, la plupart des partis politiques se sont disloqués en deux tendances : une extrémiste dite « power » (ex. MDR-POWER; MRND-POWER; PL-POWER, etc), et dite « modérée », rapidement mise à mal, cf. glossaire. []
  27. Juvenal HABYARIMANA : Président de la République rwandaise de 1973 jusqu’à son assassinat le 6 avril 1994. Juvénal HABYARIMANA a instauré un régime à parti unique, le MRND, discriminatoire à l’encontre des Tutsi et marqué par un favoritisme à l’égard des Hutu originaires de la préfecture de Gisenyi (Nord), région dont il était originaire. Il a introduit des quotas ethniques dans l’administration et l’enseignement pour limiter le poids des Tutsi et laissa la propagande et la haine anti-Tutsi se développer massivement sous son pouvoir, cf. glossaire.[]
  28. Théodore SINDIKUBWABO, président du GIR (Gouvernement Intérimaire Rwandais) pendant le génocide (voir Focus – L’État au service du génocide): discours prononcé le 19 avril à Butare et diffusé le 21 avril 1994 sur Radio Rwanda. (voir  résumé et transcription sur le site francegenocidetutsi.org).[]
  29. Voir sur le site de Survie : Charles Onana et son éditeur condamnés pour contestation du génocide des Tutsis au Rwanda : le tribunal de Paris condamne un « déploiement sans frein de l’idéologie négationniste », article publié le 11 décembre 2024. Son procès en appel est prévu en septembre 2026.[]
  30. CHUB: Centre hospitalier universitaire de Butare[]

Lire aussi

Procès en appel de Eugène RWAMUCYO. Mercredi 24 juin 2026. J12

Massacre de l’église de NYUMBA: auditions de Joseph RWANDANGA, Emmanuel MUTIRENDE et Jean-Damascène RUZIBIZA. Audition de Sosthène MUNYEMANA.